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Réglementation : dis-moi où tu es et je te dirai si tu joues !

Dr Philippe Le Van (Insep, Paris)
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Dr Philippe Le Van

A la veille des Jeux Olympiques d’hiver, un jeune athlète a été sélectionné au dernier moment du fait d’une dernière compétition réussie et de la “petite forme” du sportif présélectionné.

Historique

A la veille des Jeux Olympiques d’hiver un jeune athlète a été sélectionné au dernier moment du fait d’une dernière compétition réussie et de la “petite forme” du sportif présélectionné. Il a donc obtenu son billet pour Vancouver, gagnant ainsi le paquetage des équipes de France olympiques, mais aussi les devoirs inhérents aux sportifs de haut niveau. Ce sportif part donc en stage avec ses camarades de l’équipe de France en Amérique du nord afin de gérer le décalage horaire et de s’entraîner pour être le plus performant possible le jour J. Il reçoit un mail en Anglais de sa fédération internationale, qu’il ne comprend pas très bien, contenant le prénom ADAMS, un login et un password. Il continue donc de s’entraîner avec les autres. Trois jours avant son arrivée au village olympique, nous recevons à la délégation française dans le village de Vancouver, vers 16 heures un mail nous indiquant qu’un sportif français sélectionné pour les JO n’a pas donné sa localisation et que s’il ne la donne pas dans les heures qui suivent il se verra sanctionné et qu’à la deuxième sanction il sera exclu des Jeux. L’heure limite étant 22h nous avons essayé de contacter ce sportif et son encadrement mais ils étaient sur une journée de repos et n’étaient pas joignables.

RAPPEL DES OBLIGATIONS

Les sportifs de très haut niveau sont soumis, lorsqu’ils appartiennent à un groupe cible à un devoir de localisation qui se fait sur un logiciel appelé ADAMS (Anti Doping Administration and Management System) qui est fourni par l’AMA (Agence Mondiale Antidopage). Ce logiciel auquel on accède par Internet avec une sécurité par login et mot de passe permet plusieurs choses.

 

Le sportif est tenu d’indiquer sur une période d’au moins 15 jours les endroits où il vit, s’entraîne, ou a des compétitions, dans le but de pouvoir être contrôlé (urine et/ou sang) à tout moment. Il doit également donner une heure/jour où il peut être contrôlé dans un lieu précis. Tout changement de programme doit être signalé dans les 24 heures. L’athlète peut connaître le résultat des contrôles antidopage auxquels il a été soumis, voir les AUT (Autorisation d’Usage à des fins Thérapeutiques), et les différentes infractions qu’il a pu commettre, comme une non-présentation par changement de programme non signalée.

 

Le logiciel est accessible également aux organisations antidopage nationales, AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) en France et/ou aux fédérations internationales et permet donc de coordonner les contrôles pour un même athlète, en particulier en sachant s’il a été contrôlé récemment lors d’un entraînement ou d’une compétition à l’étranger.

 

CONCLUSION

Ce sportif, qui n’était pas sur un groupe cible soumis à la localisation avec le logiciel ADAMS, s’est vu du fait de sa participation aux JO automatiquement mis dans un groupe cible. En l’occurrence, il s’agissait de celui de la fédération internationale, mais cela aurait pu être le groupe cible de l’AFLD ou celui créé spécialement par le CIO pour les JO. Il devait donc s’inscrire sur le logiciel ADAMS et indiquer sa localisation et une heure par jour pour pouvoir être contrôlé. Ne l’ayant pas fait il risquait de ne pas participer à ses premiers Jeux. Nous nous sommes substitués à lui comme le permet le code mondial anti-dopage. En réveillant des personnes en France (9 heures de décalage horaire) et en contactant des entraîneurs de la fédération nous avons rempli et donné le formulaire à temps.

 

Etre sportif de haut niveau de nos jours ne donne pas accès à la gloire et à l’argent uniquement mais entraîne aussi des contraintes dont la localisation fait partie.