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Congrès Médecine et tennis 2018 – Stratégie d’imagerie chez le jeune sportif

Dr Jean-Louis Brasseur (radiologue, La Pitié-Salpêtrière, Paris)

Les spécificités de la prise en charge chez lenfant et ladolescent

Le développement des activités sportives génère des atteintes de lappareil locomoteur souvent investiguées par limagerie qui précise le diagnostic et oriente le traitement. La gestion des atteintes de lenfant et de ladolescent doit être fondamentalement différente de celle de ladulte pour deux raisons essentielles : dune part, les pathologies sont différentes,mais dautre part les techniques dimagerie à mettre en œuvre doivent, chez lenfant et ladolescent, tenir compte, encore plus que chez ladulte, de la notion dirradiation.

La notion dirradiation

Nous sommes tous, en permanence, soumis à cette irradiation qui est un phénomène naturel ; son importance est très variable en fonction des régions ce qui na, à notre connaissance, aucune implication sur le devenir de lêtre humain. Par contre, cette irradiation est majorée dans des proportions non négligeables par certaines explorations diagnostiques, essentiellement la scintigraphie et le scanner. On sait que les organes en développement y sont plus sensibles et, pour cette raison, il est impératif deffectuer chez les jeunes les examens les moins irradiants possibles. Il faut bien entendu connaitre les zones à éviter et utiliser des sources de rayonnements à faible diffusion car tous les examens nont pas la même nocivité. Ainsi, une radiographie de la cheville na aucune conséquence, alors quun scanner du bassin.

Les techniques à privilégier

Deux techniques non-irradiantes doivent donc être privilégiées : léchographie et lIRM.

Léchographie

Léchographie a comme avantages principaux détudier systématiquement les deux côtés, ce qui est fondamental chez le jeune, et de permettre dauthentifier le siège exact de la structure lésée grâce à sa spécificité dynamique.

LIRM

LIRM a lavantage deffectuer une étude globale et en particulier de visualiser le spongieux de los. Vu limportante différence de prix et de disponibilité, il est logique de débuter les investigations par léchographie (ou le couple radio/écho en périphérie) pour réserver lIRM première aux pathologies du rachis et aux examens de seconde intention.

LEOS

Pour les études statiques du rachis, une nouvelle technique doit être impérativement utilisée : lEOS. Le suivi des déviations par les clichés statiques grand format est très irradiant ; ces clichés doivent être souvent répétés en particulier durant la période pubertaire pendant laquelle les déviations se majorent ce qui justifie lutilisation de cette nouvelle technique encore peu répandue qui divise lirradiation par 10 au minimum !! Elle permet de plus danalyser la déviation dans le plan axial ce qui capital pour lévaluation des conséquences de ces anomalies statiques et lorientation du traitement.

Une prise en charge orientée

En fonction du sport pratiqué

Sur le plan des pathologies, les cartilages de croissance et surtout ceux des noyaux apophysaires sont très sollicités chez le jeune sportif et la mise en évidence dune pathologie àleur niveau nest pas aisée. En fonction du sport pratiqué, certains sites sont atteints de manière préférentielle : ainsi, un jeune footballeur de 13 ans qui se plaint du creux inguinal a neuf chances sur dix davoir une lésion du noyau de lépine iliaque antéro-inférieure : arrachement en cas de lésion à début brutal (Fig. 1) et une apophysose en cas datteinte chronique (Fig. 2).

En cas dentorse, les ruptures ligamentaires existent, mais il existe surtout des décollements aux zones dinsertion (Fig. 3). De même, les os sont plus “plastiques” et génèrent des décollements périostés (Fig. 4).

Il ny a pas que les pathologies sportives

De plus, on noubliera jamais quil ny a pas que les pathologies sportives. Ainsi un hématome qui ne se modifie pas à 8 jours dintervalle a toutes les chances dêtre une tumeur ayant généré un saignement !!

La prise en charge du jeune sportif doit donc être orientée en fonction des sites de croissance, utiliser les techniques les moins irradiantes et ne pas occulter une autre pathologie sous-jacente.

Figure 1 – Après un shoot, cet adolescent présente un arrachement du noyau apophysaire de l’épine iliaque antéro-inférieure.

Figure 2 – Apophysose d’insertion chez un joueur de football présentant une douleur chronique du creux inguinal.

Figure 3 – Décollement sans rupture de l’insertion malléolaire du ligament talofibulaireantérieur.

Figure 4 –  Décollement périosté accompagnant une petite fissuration jouxtant le cartilage de conjugaison.