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Congrès SFTS/SFMES/EFSMA : tour d’horizon des communications

Thibaut Boitel (Interne en Médecine physique et réadaptation, CHU Rennes), Dr Romain Rousseau (Service de Chirurgie orthopédique et traumatologie du Sport, CHU La Pitié-Salpêtrière, Paris)

Les 26, 27 et 28 septembre derniers, le 6e congrès commun de la Société française de Médecine du Sport (SFMES) et de la Société française de Traumatologie du Sport (SFTS) s’est tenu au Palais des Congrès de Strasbourg. Cette année, la réunion annuelle des deux sociétés était co-organisée par l’European Federation of Sport Medicine Association (EFSMA). L’occasion d’élargir nos champs de réflexion avec nos collègues européens et de s’enrichir de diverses expériences autour de notre passion commune. C’est par le regard d’un de nos jeunes collègues en formation que nous avons choisi de rapporter quelques informations glanées au gré des différentes communications.

PRÉVENIR Les blessures

Après avoir progressé dans le démembrement lésionnel et la thérapeutique, la médecine du sport moderne consacre une part importante de ses réflexions à la prévention. Ainsi, une grande partie du congrès est dédiée à l’analyse des mécanismes lésionnels et des circonstances de survenue des différentes blessures. Pour différents sports, il était proposé une stratégie préventive adaptée. Dans une session sur la prévention des traumatismes, une étude prospective de prévention des microtraumatismes de l’épaule (pathologies de conflit ou de la coiffe des rotateurs) dans le handball était présentée.

Elle proposait un programme de préparation physique axé sur trois points et réduisant significativement les lésions de “dérangement” intra-articulaires de l’épaule :

• effectuer des étirements ayant pour but de limiter la diminution d’amplitude en rotation interne ;

• renforcer les muscles stabilisateurs de l’épaule et rétablir un équilibre entre rotateurs médiaux et latéraux ;

• réaliser des exercices pliométriques proches du mouvement de lancer.

L’équipe marseillaise du Dr Coudreuse présentait un travail sur la cheville instable du volleyeur. L’information des joueurs, visant à leur faire adopter une stratégie de saut verticale plutôt que latérale, associée à un programme de rééducation proprioceptive, a permis de réduire de façon significative le nombre d’entorses latérales récidivantes.

La session plénière SFTS/SFMES était consacrée aux mesures de prévention des ruptures du ligament croisé antérieur (LCA). Le Dr Rodineau a rappelé les mécanismes lésionnels, les deux principaux étant représentés par une torsion en rotation médiale, pied bloqué au sol, ou par une hyperextension en décharge complète (échec de shoot au football). La rupture du LCA est une lésion fréquente et entraîne une indisponibilité relativement longue pour le sportif. Il est important d’identifier des facteurs de risque de rupture pour développer des stratégies préventives efficaces dans les populations à risque. Les facteurs de risque identifiés peuvent être séparés entre intrinsèques et extrinsèques.

• Parmi les facteurs intrinsèques de prédisposition, sont retrouvés :

– le sexe féminin par le biais des facteurs hormonaux ;

– des facteurs génétiques avec une probable prédisposition familiale ;

– des facteurs anatomiques : une laxité antéropostérieure constitutionnelle, une échancrure intercondylienne étroite, une pente tibiale importante, une surcharge pondérale, un état neuromusculaire déficient (altération de la proprioception).

• Parmi les facteurs extrinsèques, sont retrouvés :

– une période de compétition ; – un temps pluvieux avec un terrain gras ;

– le type de chaussures (type et nombre de crampons) ;

– le type de terrain : synthétique, pelouse artificielle, stabilisé…

Parmi les facteurs de risque intrinsèques identifiés, certains sont modifiables. Ainsi, le dépistage d’un déficit proprioceptif lors d’exercice de saut ou d’un déficit musculaire lors d’une évaluation isocinétique permet de cibler une population à risque et de lui proposer de suivre un programme de prévention spécifique. Les différents programmes de prévention ont montré leur efficacité dans différents sports, comportant, pour la plupart, travail proprioceptif, travail pliométrique et renforcement musculaire, notamment des muscles ischiojambiers après évaluation isocinétique. Les programmes de prévention doivent être coordonnés entre les équipes médicales et le staff sportif. Il est difficile de démontrer scientifiquement l’efficacité d’un programme de prévention compte tenu d’une étiopathogénie multifactorielle. Toutefois, les résultats préliminaires, et notamment ceux de Mykeblust en Norvège, sont très encourageants et nécessitent d’être confirmés.

critères de reprise du sport après ligamentoplastie du LCA

Cette année, le symposium de la SFTS était particulièrement intéressant. Plusieurs centres ont réuni leurs données pour réaliser une étude rétrospective multicentrique d’un excellent niveau scientifique, coordonnée par le bureau de la SFTS. La session débutait par l’intervention du Dr Djian sur la ligamentisation des greffes de LCA. Il rappelait un élément évident, mais parfois négligé : la transformation progressive d’un greffon tendineux en un ligament mécaniquement fonctionnel. Cette notion de base impose de considérer la reprise du sport avec des délais biologiques incompressibles. L’utilisation des tendons ischiojambiers demande une prudence en rééducation plus longue que pour l’utilisation d’une greffe de tendon patellaire du fait de la fixation dans les tunnels osseux.

Les critères de reprise actuels considérés sont multiples : délai postopératoire, examen clinique (douleurs, épanchements, mobilité…), questionnaire d’autoévaluation (IKDC subjectif, KOOS), étude de la force musculaire (isocinétisme), tests fonctionnels (hop test, test de dextérité modifié). La gestion de cette reprise est d’autant plus difficile qu’il n’existe pas de consensus et que ces critères sont différemment utilisés en fonction des praticiens.

De nombreuses études ont montré que beaucoup de sportifs ne reprenaient pas leurs activités à l’identique après une intervention chirurgicale du LCA. En effet, même si la majorité des patients opérés reprendront le sport, environ la moitié des patients seulement pratiquant le sport en compétition reprendront le même sport à un niveau identique à celui précédant la blessure.

Il existe aussi des paramètres psychologiques entrant en compte dans cette reprise du sport “comme avant”. Le questionnaire ACL-RSI, traduit de l’anglais au français, permettrait d’évaluer cette composante psychologique, et peut être utilisée comme facteur prédictif de reprise du sport à un niveau de performance prélésionnel.

On peut donc se poser la question du contenu de l’information à donner au patient sur le pronostic : malgré des résultats cliniques objectifs bons, seul un patient compétiteur sur deux reprendra le même sport au même niveau. Il convient de bien différencier les sportifs amateurs des sportifs professionnels. Par ailleurs, le délai de reprise est relativement long et il faut l’expliquer au patient. Plusieurs études récentes montrent que la moyenne du délai de reprise est de 7,6 mois pour les sports en ligne et de 10 mois (soit environ une saison après l’opération) pour les sports de pivot. L’étude de la SFTS n’a pas montré une différence significative entre les résultats et les délais de reprise en fonction des différents transplants utilisés (greffe aux tendons ischio-jambiers, greffe de tendon patellaire, greffe de fascia lata).

Imagerie en médecine et traumatologie du sport

Une session SFTS/SFMES concernait l’imagerie en médecine du sport. Dans les lésions musculaires, l’intérêt de l’échographie pour évaluer la sévérité et l’étendue des lésions était confirmé. Ce type d’examen, réalisé par un opérateur entraîné, permet de préciser la lésion et d’évaluer l’indisponibilité du sportif. L’IRM permettrait un diagnostic plus fin et plus précis, mais l’échographie semble rester indiquée du fait de sa simplicité de réalisation et de son accessibilité, notamment chez le sportif amateur. L’IRM est proposée chez les sportifs de haut niveau du fait d’une accessibilité souvent plus rapide et de la possibilité de discuter collégialement la prise en charge en partageant les images.

Urgence en médecine du sport

Une session SFMES/EFSMA était consacrée aux urgences. Les commotions cérébrales et les morts subites étaient notamment traitées. Même si elles sont rares, les morts subites restent toujours un événement tragique. Elles doivent donc faire l’objet de mesures préventives simples mais indispensables. Pour le Dr Löllgen, trois éléments permettent de diminuer le risque :

• l’examen de non contre-indication doit être systématique ;

• les personnes travaillant dans des structures sportives doivent être sensibilisées aux situations d’urgence et à l’utilisation du matériel de défibrillation ;

• il doit en être de même pour les sportifs eux-mêmes qui doivent connaître les situations d’urgence pour alerter au plus vite le staff médical.

Impact psychologique

En parallèle des sessions plénières se sont déroulées des sessions orales libres. Une étude avait pour but de valider une échelle de l’impact psychologique de reprise du sport après ligamentoplastie du LCA, l’ACL-RSI. Cette étude montrait que ce questionnaire était corrélé de façon significative aux questionnaires KOOS et IKDC subjectifs. Cette étude mettait en lumière l’importance des facteurs psychologiques tels que la motivation ou la peur d’une nouvelle blessure comme facteur prédictif de retour au sport après une opération chirurgicale de LCA.

Conclusion

Ce congrès a été l’occasion de discussions et de débats parfois houleux mais toujours dans une convivialité confraternelle. La médecine du sport s’oriente de manière indiscutable vers une évaluation scientifique de nos pratiques avec un glissement notable vers la notion permanente de prévention. De nombreux progrès restent à faire pour la validation de nos pratiques et des moyens mis en place dans les différents programmes de prévention en fonction des sports et des niveaux de pratique. De la confrontation des expériences naît le savoir et c’est ainsi que nous nous retrouverons l’année prochaine, au Beffroi de Montrouge, pour le 7e congrès commun annuel SFTS/SFMES, toujours plus nombreux et avec, nous le souhaitons, une communication de notre jeune collègue reporter…