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CrossFit : les effets cardiovasculaires

Interview du Dr Nima Endjah (cardiologue du sport, Templemars) réalisée le 13 juin 2017
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Le CrossFit est une méthode de conditionnement physique, inspiré des camps d’entraînement militaire, à la mode. Il fait partie des activités en plein développement à l’image du cross-training, du circuit-training… Il combine des activités d’exercices fractionnés à haute intensité. Une telle pratique qui fait de nouveaux adeptes, souvent jusqu’alors, sédentaires est-elle sans risque sur plan cardiovasculaire ? 

En pratique, le CrossFit, qu’est-ce que c’est ?
Il s’agit de multiplier les combinaisons d’exercices (sauts, montées de corde, courses…) appelées WorkOut of the Day (WOD), en petits groupes, sur différents modules (haltères, pneus de camions, sacs, corde, poids du corps, anneaux…) dans une salle dédiée ou Box. Le CrossFit s’articule autour de nombreuses séquences répétitives s’étalant de quelques secondes à plusieurs dizaines de minutes : pompes (pushup), fentes avants (lunges), squats, abdominaux (crunches) ou encore burpees (départ debout, une pompe complète puis saut vertical, retour debout). Au total, une séance complète peut durer de 20 minutes à 1 heure.

Quels sont les bénéfices ?
En termes cardiovasculaires, comme pour toute activité physique, les bénéfices ne sont plus à démontrer. Selon la classification de Mitchell*, on peut considérer le CrossFit comme une activité de haute intensité dynamique (consommation d’oxygène VO2 > 70 %) et de haute intensité statique, soit l’équivalent d’une combinaison de plusieurs sports type course à pied, boxe, haltérophilie/bodybuilding.

La sollicitation cardiovasculaire et l’usage de la filière aérobie sont donc équivalents aux sports de type canoë-kayak, biathlon, décathlon, triathlon… L’impact sur les performances et la capacité aérobie semble évident. La pratique régulière du CrossFit, indépendamment d’autres sports, améliore significativement la consommation d’oxygène maximale (VO2). Globalement, l’ensemble des filières énergétiques est mis à contribution.

Sur un cœur sain et/ou en l’absence de risque cardiovasculaire, le CrossFit, en plus d’améliorer les capacités physiques, a un effet préventif sur le plan cardiovasculaire, mais a également des bénéfices sur le plan psychologique (bien-être global, estime de soi…).

À noter que les centres de réadaptations cardiaques utilisent ces exercices, en les adaptant, depuis déjà quelques années, alliant endurance fondamentale et fractionné, pour des patients coronariens ou en attente de greffe cardiaque notamment.

Et les risques ?
Nombre d’exercices, surtout chez le novice, se réalisent quasiment en apnée, engendrant une contrainte vasculaire marquée. La visite d’absence de contre-indication à la pratique du sport est essentielle pour dépister en amont une éventuelle pathologie cardiovasculaire.

Avant de se lancer, il est aussi indispensable d’avoir été conseillé sur la bonne pratique de l’activité. En effet, le risque principal est de se mettre à ce type de pratique intense sans préparation ni évaluation préalable, en particulier chez le sédentaire ou inactif pouvant cumuler des facteurs de risque cardiovasculaires.

La question d’équiper les salles d’un défibrillateur automatique externe se pose réellement. Il existe également des risques de blessures musculaires et rhabdomyolyse.

*Classification des sports en fonction de leur intensité et de leur composante statique ou dynamique