Dossier : L'examen clinique de l'épaule du sportif

2. L’inspection

L’épaule est l’une des articulations les plus sollicitées chez le sportif.

L’examen physique débute par l’inspection du patient torse nu en ayant pris soin auparavant d’observer la manière dont il se déshabille afin d’évaluer la gêne fonctionnelle (Fig. 1 et 2). La salle d’examen doit être adaptée pour permettre un examen de face et de dos, assis, debout voire en décubitus dorsal sur une table d’examen pour certaines manoeuvres.

Figure 1 – Examen torse nu de dos.

Figure 2 – Examen torse nu de face.

L’examen est bilatéral et comparatif. Un examen systématique et effectué selon un plan toujours constant permet de ne pas omettre d’étapes.

L’inspection s’attachera donc à la recherche de plusieurs signes.

Asymétrie des 2 épaules : se méfier des sports qui sollicitent de manière plus intense l’une des deux épaules pouvant être à l’origine d’une asymétrie «physiologique» (tennis, squash, lancers…).

Position du membre supérieur et attitude spontanée du patient :

– bras pendant dégageant l’espace sous-acromial évoquant un conflit postéro-latéral ;

– attitude des “traumatisés du membre supérieur“, le patient soutenant son membre traumatisé avec son autre main évoquant une fracture ou une luxation antéro-médiale.

• Déformation évoquant une fracture, une luxation, une disjonction (cf infra).

• Lésion cutanée traumatique, hématome, cicatrices.

• Augmentation du volume de l’articulation évoquant un épanchement intra-articulaire.

• Reliefs musculaires : deltoïde, trapèze, biceps (recherche d’une augmentation de volume et rétraction au coude appelé biceps de “Popeye“ dans les ruptures du chef long du biceps).

• Trophicité des fosses supra et infra épineuses de dos, en appui contre le mur, et “à jour frisant“ (Fig. 3 et 4) : atrophie lors de pathologie neurologique micro-traumatique ou en cas de dégénérescence ou de rupture à un stade tardif.

Figure 3 – Examen des fosses supra et infra épineuses à jour frisant.

Figure 4 – Examen en appui contre le mur.

• Alignement des scapula avec comme repères :

– angle scapulaire inférieur à hauteur de l’apophyse épineuse de la 7<supe vertèbre thoracique ;

– bord médial éloigné de 5 à 9 cm des apophyses épineuses des vertèbres thoraciques (Fig. 5).

Figure 5 – Position des scapula.

On demande enfin au patient de réaliser les mouvements qui ne lui sont pas douloureux afin d’observer notamment une compensation scapulo-thoracique lors de l’abduction en cas de rupture de tendon de la coiffe des rotateurs ou encore la mobilité physiologique de la pointe de la scapula en abduction au-delà de 90° (Fig. 6).

Figure 6 – Mobilité scapulo-thoracique.

A ce stade de l’examen clinique, il convient d’avoir éliminé les diagnostics différentiels notamment les pathologies du rachis cervical. Il est donc nécessaire d’examiner les mobilités active et passive de la colonne cervicale et de rechercher une douleur provoquée à la palpation des apophyses épineuses. Une contracture paravertébrale sera également évocatrice d’une origine cervicale.

 

La majorité des “urgences“ pathologiques de l’épaule peut se diagnostiquer à ce stade après un ininterrogatoire précis et une inspection attentive.

• Luxation gléno-humérale antéromédiale (Fig. 7) :

– membre supérieur écarté du tronc en abduction et rotation latérale,

– aspect en “coup de hache“ externe,

– perte du galbe de l’épaule,

– saillie de l’acromion : signe de l’épaulette,

– comblement du sillon delto-pectoral,

– de profil, élargissement antéropostérieur de l’épaule.

Figure 7 – Luxation antéro-médiale de l’épaule droite.

• Fracture de l’extrémité supérieure de l’humérus :

– déformation en abduction,

– aspect en “coup de hache“ externe,

– raccourcissement du bras par rapport au bras controlatéral,

– hématome brachio-thoracique de Hennequin à 48-72 heures du traumatisme.

• Fracture de clavicule :

– angulation apparente faisant saillie sous la peau,

– abaissement et antépulsion de l’épaule,

– diminution de la distance acromiosternale.

• Disjonction acromio-claviculaire :

– déformation en marche d’escalier dans les stades 3 (cf infra) de l’articulation acromio-claviculaire (Fig. 8).

Figure 8 – Disjonction acromio-claviculaire stade III.

Disjonction sterno-claviculaire :

– œdème ou voussure de l’articulation sterno-claviculaire,

– diminution de la distance acromiosternale.