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Dossier : Activités physiques et pathologies chroniques

Activité physique et obésité

En 2000, l’OMS a déclaré l’obésité « première épidémie mondiale non infectieuse ». La récente étude française, Etude Nationale Nutrition Santé de 2006, réalisée sur 1 700 enfants français âgés de 3 à 17 ans fait état d’une prévalence de l’obésité de 3,5 % et du surpoids (obésité exclue) de 14,3 %. Sachant qu’une surcharge pondérale chez l’enfant est prédictive d’une obésité à l’âge adulte dans près de 70 % des cas, cela signifie qu’il faut craindre une aggravation de la prévalence de l’obésité dans la population adulte dans les années à venir. Chez l’adulte, la prévalence de la surcharge pondérale et de l’obésité en France en 2006 est de 47,4 % pour les hommes et 36,3 % pour les femmes. Elle est aussi en augmentation chez les sujets âgés : 56,9 % de surcharge pondérale et d’obésité chez les plus de 65 ans.

L’obésité est un facteur de risque cardiovasculaire à part entière. Par rapport aux sujets de poids normal, les obèses ont 3 fois plus de risques de mortalité par maladie cardiovasculaire et 2 fois plus de risques de mortalité toute cause confondue. De façon préoccupante, les résultats d’une étude danoise montrent que l’IMC chez l’enfant est fortement corrélé au risque cardiovasculaire chez l’adulte.

Ainsi même un petit surpoids majore le risque cardiovasculaire (un excès de poids de 3,9 kg chez un garçon de 7 ans majore le risque d’évènements cardiovasculaires à l’âge adulte de 10 %). Cette corrélation est observée dans les deux sexes à tous les âges et après ajustement sur le poids de naissance (3).

A – Effets de l’activité physique régulière

Les relations entre activité physique régulière et obésité peuvent être résumées en 4 points (2, 4, 5). Ils sont rapportés dans le tableau 1.

Ce tableau nécessite quelques commentaires. En premier lieu, chez l’enfant, l’adolescent et chez l’adulte, l’activité physique ne fait pas maigrir. Seul le régime hypocalorique peut induire une perte de poids significative chez le sujet obèse ou en surpoids. L’adjonction à un régime hypocalorique d’une activité physique régulière ne majore pas la perte de poids induite par le régime (6). En second lieu, l’activité physique régulière peut réduire significativement les co-morbidités associées à l’obésité.

En effet, chez les sujets obèses, la sédentarité s’ajoute aux facteurs de risque liés au surpoids et à l’obésité pour influencer la morbidité cardiovasculaire et la mortalité de façon péjorative. Par contre, un sujet obèse ayant une activité physique régulière a un risque cardiovasculaire qui diminue significativement (7). Ainsi, la Nurses’ Health Study (88 393 femmes âgées de 34 à 59 ans, sans diabète, pathologie cardiovasculaire ou cancer à l’inclusion, suivies pendant 20 ans) montre que l’obésité et la sédentarité sont deux facteurs de risque de coronaropathie indépendants (Tableau 2).

Deux idées fortes se dégagent de cette étude : 

  • avoir une activité physique élevée diminue le risque de coronaropathie mais ne fait pas disparaître le risque augmenté lié à l’obésité ; 
  • avoir un poids normal ne fait pas disparaître le risque de coronaropathie augmenté lié à la sédentarité. Parmi les facteurs impliqués dans cet effet protecteur de l’activité physique chez le sujet obèse, il faut citer une diminution significative des facteurs de risque cardiovasculaire.Ces effets protecteurs de l’activité physique régulière s’expliquent, entre autres, par l’amélioration du profil lipidique dans un sens moins athérogène, l’augmentation de la sensibilité à l’insuline et la baisse des chiffres tensionnels. Chez l’enfant, l’obésité s’accompagne aussi de facteurs de risque cardiovasculaire (insulinorésistance, hypertension…) présents dès l’enfance. Des travaux récents ont aussi montré le rôle bénéfique de l’activité physique régulière chez l’enfant obèse avec une diminution de l’insulinorésistance indépendamment d’effets sur la perte de poids (8, 9).

B – Quel type d’activité physique ?

Au moins 30 minutes par jour, à une intensité modérée

Les nouvelles recommandations (1) mentionnent le fait que la prévention du gain de poids excessif représente un cas particulier pour lequel un niveau d’activité physique dépassant le niveau minimum peut être requis. Ainsi, la prévention du gain de poids et la prévention de la reprise de poids après amaigrissement nécessiteraient chez l’adulte une durée d’activité physique d’intensité modérée équivalent respectivement à 45-60 minutes/jour et 60-90 minutes/jour en accord avec d’autres documents (10). Dans tous les cas, pour le contrôle du poids, le contexte nutritionnel doit être pris en compte pour intégrer les apports et les dépenses énergétiques dans le raisonnement. Il faut souligner d’autre part, que le niveau minimum d’activité recommandé, par exemple 30 minutes par jour d’activité d’intensité modérée 5 jours/semaine, est déjà susceptible d’apporter des bénéfices même chez les sujets en surpoids. Enfin, la pratique d’une activité physique même modérée peut apporter des bénéfices majeurs sur l’état de santé chez les personnes en surpoids, indépendamment des effets de l’activité sur le poids (10). 

 

C – Des recommandations différentes chez l’enfant ?

Chez l’enfant, en l’absence d’études prospectives ou d’études d’intervention randomisées bien conduites et suffisamment longues, nous ne disposons pas, contrairement à l’adulte, de données permettant d’établir avec précision la quantité et le type d’activité physique nécessaires à un effet positif sur la santé immédiate et future des jeunes.

Il avait été initialement proposé d’utiliser chez l’enfant les mêmes recommandations que celles destinées aux adultes (au moins 30 minutes par jour d’activité d’intensité modérée). Cependant, les conclusions de conférences de consensus récentes s’accordent aujourd’hui pour dire que ceci n’est probablement pas suffisant. Un minimum de 60 minutes (et non 30 minutes) par jour d’activité physique d’intensité modérée à élevée est souhaitable chez les jeunes, sous forme de sports, de jeux ou d’activités de la vie quotidienne (11). Les recommandations récentes du Department of Health du Royaume- Uni (2004) ajoutent que « au moins deux fois par semaine, ceci devrait inclure des activités permettant d’améliorer la santé osseuse (activités qui induisent une forte contrainte physique au niveau osseux), la force musculaire et la souplesse ». Il faut insister sur le fait que ces recommandations reposent sur le concept d’un seuil minimal ou d’un ensemble de recommandations supposées optimales pour la santé, concept pour lequel il n’existe pas à l’heure actuelle d’évidence épidémiologique ou expérimentale chez l’enfant (11).

 

D – Conclusion

L’activité physique joue un rôle majeur dans la prévention et la prise en charge du sujet obèse, en association avec la diététique. Cependant, si dans la population générale on considère que seulement un tiers des sujets respecte les recommandations d’activité physique, cette fréquence est encore plus faible chez les sujets obèses. Ce qui montre l’importance de déterminer les facteurs qui contribuent à cette diminution de l’activité physique (augmentation significative de la masse corporelle et surtout de la masse grasse, facteurs musculo-squelettiques, métaboliques, psychologiques, sociaux, environnementaux…).