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Dossier : Activités physiques et pathologies chroniques

Activité physique et prévention primaire du cancer du sein et du côlon

Les cancers les plus fréquents chez l’homme et la femme sont, respectivement, le cancer de la prostate et le cancer du sein : ils représentent à eux seuls plus de 80 000 nouveaux cas estimés en 2000 en France. Ils sont suivis en termes de fréquence par le cancer du poumon et du côlon.

La prévention de la survenue de ces différents types de cancers représente donc un véritable enjeu de santé publique pour lequel l’activité physique pourrait jouer un rôle important. En effet, de nombreuses études montrant une association entre prévention de certains cancers (sein et côlon, principalement) et activité physique ont été publiées ces dernières années. Le nombre de “survivants” après traitement d’un cancer (“cancer survivors”) est aussi en augmentation. En France, pour le cancer du sein, on compte 30 000 nouvelles “cancer survivors” par an, et au total, deux millions de femmes sont concernées. En 2006, la Société Américaine de Cancérologie a publié, pour la première fois, des recommandations sur activité physique et prévention tertiaire des cancers. Les cancers du côlon et du sein étant les cancers les plus fréquents et ceux pour lesquels les publications sur les relations avec l’activité physique sont les plus nombreuses, cet article s’attachera à développer les relations entre activité physique et cancer du côlon et cancer du sein, en prévention primaire et en prévention tertiaire.

A – Cancer du côlon

C’est le cancer pour lequel il existe le plus grand nombre d’évidences sur l’effet bénéfique de l’activité physique. L’évidence scientifique sur l’effet bénéfique de l’activité physique sur la prévention du cancer du côlon est de type “convaincante” (1). Cette caractérisation repose sur les définitions développées par le Fond de Recherche Mondial sur le Cancer et l’Institut Américain de Recherche sur le Cancer (niveau d’évidence scientifique allant de “convaincant” à “probable”, “possible” puis “insuffisant”). En effet, sur les 51 études portant sur le cancer du côlon et le cancer colorectal, 43 ont démontré une diminution du risque chez les sujets ayant l’activité physique la plus intense avec une réduction moyenne de 40 à 50 %. Sur les 29 études ayant recherché un effet dose-réponse, 25 ont démontré qu’une augmentation du niveau d’activité physique était associée à une diminution du risque. Cet effet protecteur de l’activité physique pour le cancer du côlon n’est en revanche pas retrouvé pour le cancer du rectum. Enfin, l’effet protecteur de l’activité physique est indépendant de la nutrition.

Quelle activité physique et à quelle période de la vie cette activité physique pourrait être la plus efficace sur la prévention du cancer du côlon ?

Concernant la période optimale de pratique de l’activité physique pour maximaliser l’effet protecteur, les auteurs préconisent une pratique régulière de l’activité physique tout au long de la vie, 30 à 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à élevée apparaissant suffisantes pour réduire le risque de cancer du côlon (2, 3). 

B – Cancer du sein

Plus d’une douzaine d’études prospectives et un nombre encore plus important d’études cas-contrôles ont examiné les relations entre activité physique et risque de cancer du sein (4). Les résultats mettent en évidence une association inverse entre activité physique et cancer du sein chez la femme ménopausée avec une réduction des risques allant de 20 à 80 % selon les études. Pour les femmes non ménopausées l’association est moins forte (15-20 % de réduction). Près de la moitié de ces études rapportent une relation dose-effet, une augmentation du niveau d’activité physique étant associée à une diminution du risque.

 

A quelle période de la vie cette activité physique pourrait être la plus efficace sur la prévention du cancer du sein ?

Plusieurs études ont tenté de déterminer l’existence d’une période de la vie au cours de laquelle les effets protecteurs de l’activité physique seraient maximaux. En l’absence d’études concluantes (période pubertaire pour certains, pratique à l’âge adulte pour d’autres), un continuum de la pratique d’une activité physique tout au long de la vie apparaît comme le moyen préventif le plus adapté (5).

 

Quelle activité physique ?

Si les études épidémiologiques font état d’une relation négative entre l’activité physique et le développement du cancer du sein, les caractéristiques de l’activité physique sont loin de faire l’unanimité. Ces discordances s’expliquent probablement par le fait que la plupart des études ont analysé l’association entre cancer du sein et activité physique de loisirs (marche, vélo, natation, gymnastique) mais peu d’études ont inclus dans le calcul de l’activité physique de loisirs les effets d’autres activités physiques de faible intensité telles que le jardinage, le ménage ou les courses, ce qui a probablement conduit à une sousestimation de la dépense énergétique totale, surtout chez les femmes qui n’ont pas accès à une activité sportive. L’inclusion dans les questionnaires d’activité physique de l’activité domestique de ménage est très importante car c’est celle qui est la plus pratiquée par la plupart des femmes. Ceci est mis en évidence dans la cohorte européenne EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition study, étude sur le cancer du sein et du côlon ayant inclus 500 000 sujets dans 10 pays) qui a montré que le risque de cancer du sein était diminué chez les femmes situées dans le quartile d’activité domestique le plus élevé vs celles qui étaient dans le quartile le plus faible :

  • 19 % chez les femmes ménopausées ;
  • 29 % chez les femmes non ménopausées (6).

De même, l’étude française E3N, qui est la partie française de l’EPIC, fait état d’une baisse du risque relatif de 18 % lorsque les activités ménagères sont d’intensité légère alors que cette diminution est de 38 % lorsque l’activité est d’intensité élevée (7), un effet dose-réponse étant aussi démontré pour ces activités ménagères. Cet effet dose-réponse est observé dans 50 % des études qui ont rapporté une diminution du risque (8). Dans la Nurses’ Health Study, la comparaison de l’intensité la plus faible à la plus élevée montre qu’il n’existe pas d’intérêt supplémentaire à augmenter l’intensité de l’activité physique au-dessus de la catégorie 9-14 METs/h/semaine (9). La récente revue de littérature de Monninkhof et al. (10) confirme ces résultats. De plus, dans cette étude, une analyse de tendance montre que le risque de développer un cancer du sein diminue de 6 % chaque fois que l’on ajoute une heure d’activité par semaine, montrant que le niveau d’activité physique total est essentiel. Au final, l’analyse de la littérature montre qu’au moins 3 à 4 h par semaine d’activité physique d’intensité modérée à intense seraient nécessaires pour produire une diminution statistiquement significative du risque de cancer du sein.