Dossier : Troubles digestifs : quelles spécificités chez le sportif ?

Atteintes coliques

Clinique

Les troubles digestifs bas sont plus fréquemment rencontrés que les troubles digestifs hauts. Ils surviennent plus volontiers chez les femmes et les jeunes coureurs.
Par ordre d’importance, on retrouve les douleurs abdominales, les envies impérieuses de défécation et la diarrhée du coureur à pied plus communément baptisée « runner’s trot » par les Anglo-Saxons.

Physiopathologie

Le facteur déterminant à l’origine de ces manifestations cliniques est l’ischémie mésentérique. L’effort physique entraîne une augmentation de l’activité sympathique et une diminution de l’activité parasympathique.
La stimulation des récepteurs alpha adrénergiques par augmentation de l’activité sympathique induit une vasoconstriction splanchnique. Il existe alors une redistribution des flux privilégiant la vascularisation musculaire aux dépens, en particulier, des organes digestifs. Ainsi, le débit sanguin splanchnique peut passer de 25 % du débit cardiaque à l’état physiologique et au repos à 3 % à l’effort (phénomène de « vol vasculaire »).
L’intensité de l’exercice effectué déterminera l’importance de la réduction du flux splanchnique : pour un effort modéré inférieur à 60 % de la VO2 max, il diminuera de 45 %.
Ces manifestations peuvent être à l’origine de phénomènes ischémiques pouvant perdurer quelques heures au décours de la phase de récupération.
Cette ischémie est reconnue comme un des facteurs étiologiques de survenue d’anomalie motrice. Cependant, les analyses des modifications de la motricité intestinale induites par l’effort ont donné des résultats discordants :

  • aucune modification (6) ;
  • une accélération du transit colique;
  • un ralentissement du transit.

Ces contradictions pourraient s’expliquer par des variations de la motricité pour un même individu se résumant à un ralentissement dans le côlon droit et une légère accélération dans le côlon gauche et le sigmoïde. Ces modifications constatées lors d’efforts intenses seraient induites par des contractions phasiques plus fréquentes et plus propagées du côlon gauche. Le ralentissement constaté au niveau du côlon droit ferait alors intervenir un double facteur mécanique :

  • d’une part, une compression extrinsèque colique par hypertrophie du muscle psoas droit lors de la flexion de la hanche (fréquemment rencontrée chez les coureurs et les footballeurs) ;
  • d’autre part, la survenue de traumatismes répétés entre le bas fond cæcal, libre dans la cavité abdominale, et la paroi antérieure mise en tension à chaque contact entre le pied et le sol. Ce phénomène décrit en 1982 par Porter est plus connu sous le nom de « caecal slap syndrom ». La description dans la littérature de volvulus du cæcum survenant spontanément chez deux marathoniens sans facteur de risque retrouvé ne peut que corroborer l’hypothèse mécanique. Les envies impérieuses seraient dues au même phénomène d’hypertrophie du psoas comprimant à gauche le côlon sigmoïde.

L’augmentation de la perméabilité intestinale a aussi été incriminée dans la genèse des manifestations coliques (douleur, diarrhée, hémorragie) (7). Au repos, la muqueuse intestinale constitue une barrière efficace contre les bactéries et les antigènes alimentaires. La défaillance de celle-ci, à l’origine de réponses inflammatoires locales et systémiques, voire de phénomènes anaphylactiques, a été retrouvée lors d’efforts survenant au-delà de 80 % de la VO2 max. Il était alors mis en évidence au niveau sanguin une endotoxine, le lipopolysaccharide, composant de la membrane externe des bacilles Gram négatifs, dont le taux paraissait corrélé à la survenue de nausées et vomissements, mais sans relation linéaire avec la gravité des troubles (8).

Traitement

Une prise médicamenteuse sous forme d’anti-inflammatoire non stéroïdien ou d’aspirine ne peut qu’aggraver les signes fonctionnels digestifs (9). Les probiotiques semblent bénéfiques.