Dossier : Troubles digestifs : quelles spécificités chez le sportif ?

Atteintes œsogastriques

Manifestations œsogastriques

Clinique

Le pyrosis, les éructations et les régurgitations sont les symptômes les plus fréquents, essentiellement chez les hommes. Toute précordialgie devra logiquement faire éliminer en priorité une cause cardiaque.
Le dénominateur commun est le reflux gastro-oesophagien (RGO) confirmé par pH-métrie ambulatoire en continu.
La plupart du temps asymptomatiques, ces reflux varient en fonction de l’intensité et du type de travail effectué et s’observent surtout pour des efforts se situant à 90 % de la consommation maximale en oxygène (VO2 max) ou au-delà de 70 % de la fréquence cardiaque maximale (2).
Les sports les plus reconnus pour favoriser ces troubles sont la course à pied et le cyclisme, mais l’haltérophilie et l’aviron sont aussi des disciplines à risque (3).
La durée de l’exercice n’influence pas son apparition. L’alimentation prise avant l’effort ne peut que majorer sa survenue ainsi que la prise de boisson sucrée pendant l’exercice.

Physiopathologie

À l’effort, la déglutition de la salive est moindre. Son rôle de tampon sur l’acidité gastrique en est d’autant plus réduit.
Dans le même temps, il existe une diminution de la fréquence des contractions oesophagiennes associée à une augmentation de la vitesse de propagation des ondes péristaltiques, objectivée par manométrie oesophagienne (2). En revanche, la diminution de l’amplitude et/ou de la durée des ondes contractiles, toujours objectivée par manométrie, serait induite par une ischémie oesophagienne, conséquence d’une dérivation du flux sanguin vers d’autres organes. Proportionnelles à l’intensité de l’effort, ces anomalies sont rapidement réversibles à l’arrêt de l’exercice. Le sphincter inférieur de l’oesophage voit, quant à lui, son tonus renforcé pour des effortsmodérés (inférieur à 50 % de la VO2 max) et diminué au-delà de 75 % avec un retour aux normes une heure après l’arrêt de l’effort.

Traitement

La prévalence du RGO n’apparaît pas modifiée par l’entraînement. En termes de prévention, seul le respect d’une alimentation appropriée, permettant d’obtenir une vacuité gastrique dès le début de l’exercice, semble être efficace. Si la prise d’antihistaminique (le jour même de l’exercice) ou d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP ; à prendre dans les 48 heures qui précèdent l’exercice) permet de réduire le reflux acide à l’effort (constaté par PH-métrie), certaines études ne montrent cependant pas d’amélioration clinique par rapport à la prise de placebo, ce qui sous-entend que l’effort induirait un reflux acide qui appartiendrait à un cortège d’autres manifestations non sensibles aux IPP.

Manifestations gastriques

Clinique

Les douleurs à type de crampe, les nausées et les vomissements sont les manifestations les plus rapportées par les sportifs.

Physiopathologie

Ces symptômes sont la conséquence d’une modification de la vidange gastrique sous l’influence de différents paramètres liés à l’organisme et à l’environnement (essentiellement la chaleur) (4).
Comme pour l’oesophage, la vidange gastrique est dépendantede l’effort fourni, mais avec des valeurs de seuil moindres en termes de consommation maximale d’oxygène : non modifiée ou accélérée pour des efforts se situant entre 50 et 70 % de la VO2 max, elle se ralentit au-delà (5). La répétition d’efforts modérés (d’intensité inférieure à 70 % de la VO2 max) suffit à engendrer un ralentissement de la vidange gastrique. Mais le facteur primordial reste la quantité et le type de breuvage absorbé durant l’effort. S’il a longtemps été admis que l’eau et les solutions diluées quittaient plus rapidement l’estomac, le rôle de l’osmolarité semble actuellement plus modeste en regard du volume ingéré et de la teneur en hydrates de carbone avec une vitesse de vidange gastrique d’autant plus rapide que la concentration est moindre.

Traitement

En termes de prévention, l’entraînement peut s’avérer bénéfique : la vidange gastrique pour des efforts modérés serait la même qu’au repos chez des athlètes entraînés (4). Si l’acclimatation à des températures élevées ne modifie pas la motricité gastrique, la prévention de la déshydratation apparaît comme un des facteurs prépondérants pour éviter la survenue de crampes épigastriques ou de nausées : une déshydratation inférieure à 3 % du poids du corps ne devrait pas occasionner de symptômes digestifs si elle est correctement compensée par une solution aqueuse. L’idéal serait d’absorber initialement un volume important (400 ml) avant l’épreuve, puis d’assurer une vidange régulière en absorbant de petites quantités (100 ml toutes les 20 minutes) d’eau avec des sels minéraux et des calories glucidiques n’excédant pas 10 % de concentration en hydrates de carbone.

L’essentiel…

• Les troubles digestifs du sportif sont des événements très fréquemment rencontrés dans les activités d’endurance. Ils engendrent une automédication non négligeable.

• Les mécanismes physiopathologiques sont complexes, car intriqués les uns aux autres en faisant intervenir trois principaux facteurs (ischémique, moteur et mécanique) ainsi que de nombreux paramètres personnels et/ou environnementaux.

• L’ischémie est considérée comme le facteur le plus grave. Les cas publiés à ce jour sont cependant limités avec un pronostic favorable lorsqu’ils sont pris en charge rapidement.

• La prévention de ces troubles digestifs doit être personnalisée. Elle repose essentiellement sur un entraînement adapté à l’effort attendu et des mesures nutritionnelles. Le recours à la pharmacopée est possible, mais limité et se base principalement sur les pansements digestifs et les protecteurs gastriques.