Dossier : Évaluation de l'épaule du sportif

Discussion

Le déséquilibre musculaire

La faiblesse des antagonistes

Qu’a-t-on découvert ? Que le muscle effecteur du mouvement ou muscle agoniste qui travaille en concentrique se renforce, ce qui n’est pas le cas de l’antagoniste. Chez le sportif, les muscles ischiojambiers, comme les rotateurs externes d’épaule, sont faibles. C’est tout, sauf une surprise. Ce qui est plus surprenant, ce sont les interprétations des résultats qui en ont été faites avec, comme seule justification, la validation statistique (23). De la même façon, on pourrait mettre en cause l’insuffisance des rotateurs externes d’épaule dans toute la pathologie de l’épaule du sportif et pourquoi pas dans l’ensemble de la pathologie du membre supérieur ?

L’hyper-sollicitation et la sous-utilisation

Il a également été dit tout et son contraire.
D’un côté, la tendinopathie rotulienne touche le quadriceps, qui est le muscle hyper-sollicité, donc fort, du genou. On peut dans ce cas parler de pathologie d’hyper-sollicitation musculaire. Pourquoi pas ? De l’autre côté, la pathologie de la coiffe des rotateurs touche les muscles de la coiffe des rotateurs : infra-épineux, supra-épineux et longue portion du biceps, qui sont les muscles antagonistes du mouvement, donc faibles. On parlera alors de pathologie de sous-utilisation ?

Comparaison des forces

Si on parle de déséquilibre musculaire, encore faut-il comparer la force concentrique de l’agoniste et la force excentrique de l’antagoniste ou ratio fonctionnel, le muscle antagoniste ayant pour rôle de participer à la décélération finale du mouvement. S’il n’est pas capable de réaliser cette activité frénatrice, cela explique la lésion lors du mouvement.

Évaluation des rotateurs d’épaule

Aujourd’hui, seule l’évaluation des rotateurs d’épaule paraît scientifiquement correcte. Cela ne permet pourtant que d’explorer une petite partie du fonctionnement de l’épaule.

La faiblesse des rotateurs externes

Les résultats obtenus ont permis de montrer, notamment chez les sportifs, que ceux-ci développaient des rotateurs internes forts et que, de ce fait, ils présentaient une faiblesse des rotateurs externes pouvant expliquer indifféremment l’instabilité et la tendinopathie d’épaule, analyse statistique comprise.

Évaluation de l’épaule

Comment peut-on expliquer l’atteinte du supra-épineux ou du long biceps par une insuffisance des rotateurs externes ?

L’évaluation articulaire et musculaire d’une articulation, comme l’épaule, ne peut se contenter de résultats aussi caricaturaux que ceux obtenus par l’évaluation isolée des rotateurs.
Il est important d’évaluer l’épaule dans les trois plans de l’espace et de tenir compte du rôle frénateur du mouvement joué par les muscles de la coiffe des rotateurs.

Une évaluation excentrique

La réalisation de l’évaluation excentrique est aujourd’hui proposée au niveau de l’épaule afin d’établir le ratio antagoniste excentrique/ agoniste concentrique ou ratio fonctionnel.

Les vitesses d’évaluation

Les vitesses demandées pour l’évaluation excentrique sont de 60°/s pour Alfredson (24) et 90°/s pour Yildiz (25) et Scoville (26). Les valeurs obtenues sont approximativement de :
• 1 pour le ratio rotation interne concentrique/rotation externe excentrique ;
• de 2 pour le ratio rotation interne excentrique/rotation externe concentrique. Ce dernier ratio ayant, à mon sens, un intérêt limité pour ne pas dire plus. L’évaluation excentrique est réalisée à vitesse lente 60 ou 90°/sec, ce qui permet de connaître la résistance maximale à l’étirement du complexe musculo-tendineux. La réalisation d’une évaluation excentrique à haute vitesse n’a pas d’intérêt puisque l’on arrive rapidement à un plateau lorsque l’on étudie la courbe force-vitesse (Fig. 3) pour les vitesses dites négatives (travail excentrique).

La capacité à résister

Il est également fondamental en pathologie ligamentaire et tendineuse de connaître la capacité à résister du ou des complexes musculo- tendineux mis à contribution. Dans le cadre de la pathologie tendineuse, la capacité du tendon à résister à l’étirement est un excellent témoin de l’intégrité et des capacités tendineuses. L’évaluation excentrique, la plus analytique possible, doit faire partie du bilan du complexe musculo-tendineux.

Évaluation du tissu musculaire

L’évaluation concentrique évalue préférentiellement le tissu musculaire contractile. Chez le sportif, elle permet d’évaluer le muscle effecteur du mouvement qui travaille en concentrique.
Le muscle antagoniste a une activité frénatrice lors du geste du lancer. Le supra et l’infra-épineux ainsi que la longue portion du biceps freinent le mouvement d’adduction et la rotation interne d’épaule, ainsi que le mouvement d’extension du coude. Il en va de même lors du service et du smash au tennis, lors de la pratique du volley et du handball. Il y a certes contraction musculaire, mais la force développée dépend essentiellement de la mise en tension du tissu non contractile.

Intérêt des ratios

Dans ce contexte, les ratios rotation externe excentrique/rotation interne concentrique, abduction excentrique/ adduction concentrique et flexion du coude excentrique/ extension du coude concentrique peuvent avoir un intérêt.
L’objectif est d’obtenir un muscle antagoniste capable de résister aux contraintes imposées par le muscle agoniste, effecteur du mouvement.
La pratique sportive renforçant le muscle agoniste, il faut s’assurer que le muscle antagoniste s’adapte également aux modifications induites par la préparation physique. La valeur de 1 pour le ratio rotation externe excentrique/ rotation interne concentrique est une donnée intéressante pour le suivi de nos sportifs, mais elle ne permet d’évaluer que les rotateurs. L’étude des autres ratios est également nécessaire.