Dossier : Le syndrome de loge chronique

Épidémiologie

Cette épidémiologie est sous-estimée, aussi bien lors des syndromes de loge de jambes que lors des syndromes de loge de l’avant-bras (4).

Syndrome de Loge des membres inférieurs

La course à pied On retrouve au premier chef des sports la course à pied (fond ou demi-fond) avec dans la série de 209 cas de Turnispeed (5) 89 % d’athlètes. La répartition topographique se situe au niveau :

  • de la loge antéro-externe dans 48 % des cas,
  • de la loge postérieure profonde dans 40 % des cas,
  • de la loge postérieure superficielle dans 12 % des cas (Fig. 1).

Figure 1 – Plan de coupe anatomique au tiers supérieur de jambe.

Le roller

Au deuxième rang des sports incriminés se trouve le roller qui touche principalement la loge antérieure. La raison topographique repose essentiellement sur des notions ergonométriques inhérentes à la position antérieure de la bande de roulement, a fortiori lorsqu’il s’agit de patins de vitesse à 5 roues surchargeant le travail des releveurs et donc de la loge antérieure.

Le football

Enfin, lors de la pratique du football, il semble que l’on retrouve 2 pics de fréquence :

  • le premier, jeune, lors du passage en centre de formation incriminant vraisemblablement le changement de volume d’entraînement physique entre amateurs et stagiaires professionnels ;
  • le second, plus âgé, en fin de carrière, incriminant alors une rigidité acquise de l’aponévrose du fait de multiples micro-traumatismes (tacles)

Nous avons retrouvé 5 cas de footballeurs professionnels, dont 2 internationaux.

Syndrome de Loge au niveau de l’avant-bras

Les sports en cause

D’un point de vue épidémiologique, les sports en cause sont très spécifiques :

  • les sports nautiques : windsurf, ski nautique, wakeboard, kitesurf avec d’importantes données technopatiques comme le port de harnais, son réglage ainsi que l’utilisation préférentielle de shorty ;
  • les sports mécaniques incluant le VTT allant jusqu’à la compétition motocycliste où le syndrome de loge est un classique du haut niveau moto et représente environ 10 % des compétiteurs Arm pump (6)
  • classiquement, les sports de montagne et nous sommes surpris d’une relative faible fréquence, ceci tenant vraisemblablement à l’alternance de tractions bras droit – bras gauche en même temps et par la qualité des étirements dans ces disciplines.

Anatomie

Il est important d’apprécier la spécificité des loges de l’avant-bras par un bref rappel anatomique. (Fig. 2)

Figure 2 – Anatomie des trois loges de l’avant-bras.

Classiquement, on distingue trois loges :

  • la loge antérieure
  • la loge externe
  • la loge postérieure

Cette segmentarisation nous semble discutable au niveau des syndromes de loge, les publications de la littérature étant rares au niveau des loges externes et des loges postérieures, et nous n’en avons observé que deux chez des pianistes professionnels.

La loge antérieure

Il en est tout à fait différemment de la loge antérieure qui doit être, à notre sens, segmentarisée en deux sousloges (Fig. 3).

Figure 3 – Schéma des loges antérieures de l’avant-bras.

La loge superficielle

Cette loge superficielle contient le flexor carpi ulnaris, le palmarus longus et les flexor radiali carpi ainsi que le pronator teres avec au-dessous le fléchisseur commun superficiel.
Le nerf médian est posé sur l’aponévrose profonde contre-indiquant, pour notre part, du fait du risque potentiel, toute décompression percutanée au niveau de cette aponévrose profonde.

La loge profonde

La loge profonde contient le fléchisseur propre du cinquième doigt, le fléchisseur commun profond et le long fléchisseur du pouce. Le nerf ulnaire se trouve dans cette loge.

Cette notion de deux loges antérieures distinctes nous semble d’une telle importance que nous avons systématisé la prise de pression de la loge superficielle et de la loge profonde et constaté dans de rares cas une dissociation entre une augmentation de pression de la loge profonde sans augmentation de la loge superficielle.
Ces notions ont une implication thérapeutique, car persiste une discussion entre anatomistes sur la réalité de ces sous-loges, certaines équipes n’effectuant alors qu’une aponévrectomie de la partie toute antérieure de la loge sans aucune action au niveau de l’aponévrose d’interface entre loge antérieure superficielle et loge antérieure profonde, ce qui leur permet alors d’agir par voie percutanée sans risque neurologique (7).