Dossier : La santé bucco-dentaire du sportif

Examen bucco-dentaire

Auparavant, l’examen bucco-dentaire faisait partie des examens médicaux obligatoires dans le cadre de la surveillance médicale réglementaire des sportifs de haut niveau, Espoirs et des collectifs nationaux. Sa réalisation est désormais laissée à l’appréciation des fédérations. Cependant, il est encore largement méconnu que des contre-performances sportives puissent avoir une origine bucco-dentaire. Pourtant, cela s’est vu, même au plus haut niveau. On ne peut donc plus ignorer la nécessité d’une bonne santé bucco-dentaire pour la pratique du sport, même amateur.

Prévention et examen clinique

Prévention

La carie dentaire est un problème majeur de santé publique. C’est une maladie infectieuse d’origine bactérienne qui détruit progressivement la dent par déminéralisation de ses tissus durs. Elle se développe via l’interaction de quatre facteurs :

  • La plaque bactérienne : il s’agit d’un enduit mou collant qui se forme à la surface de la dent à la suite des repas. Les bactéries de la plaque dentaire (Streptococcus mutans, Lactobacillus) utilisent les glucides contenus dans les aliments. Ils les dégradent et produisent des acides qui agressent l’émail des dents. Ainsi, un milieu buccal riche en bactéries est plus à risque de développer des caries.
  • Un terrain propice au développement des caries : des dents usées à l’émail mince, mal minéralisé, seront moins résistantes aux acides de la plaque. Des dents aux reliefs accentués ou mal positionnées favoriseront l’accumulation de la plaque.
  • Une alimentation riche en acides : elle favorise la déminéralisation de l’émail. Une alimentation riche en sucres favorise quant à elle le développement de la plaque bactérienne.
  • La répétition : à chaque prise alimentaire se produit un pic acide qui fragilise l’émail des dents et augmente le risque de carie.

Une bonne santé bucco-dentaire passe avant tout par une bonne hygiène bucco-dentaire et une bonne hygiène alimentaire. Les sportifs constituent une population à risque dentaire majoré. L’entraînement quotidien ou biquotidien induit une dépense énergétique importante qui doit être compensée par des apports énergétiques réguliers. Ils sont indispensables au maintien de la performance. Les compléments alimentaires tels que les barres, les pâtes énergétiques ou les boissons de l’effort sont sucrés, acides et quelquefois collants. Ils sont souvent très cariogènes.

La xérostomie est souvent constatée chez les sportifs. L’intensité de l’effort, mais aussi parfois le stress, provoquent cette diminution du flux salivaire. Une déshydratation non compensée, mais également un essoufflement dû à un effort prolongé avec une respiration buccale, peuvent induire une inhibition salivaire. Or la salive, de part son pouvoir tampon, a un rôle protecteur essentiel. Elle permet de rétablir le pH salivaire et a aussi un pouvoir nettoyant.

Les conseils de base à donner aux sportifs sont (Fig 1) :

  • Se brosser les dents 2 fois par jour, matin et soir, pendant 2 minutes avec une brosse à dents à poils souples et un dentifrice fluoré.
  • Le brossage du soir doit être complété par le passage du fil dentaire ou de la brossette inter-dentaire pour bien nettoyer les espaces inter-dentaires.
  • Utiliser du dentifrice fluoré.
  • Se rincer la bouche avec de l’eau après chaque prise alimentaire.
  • Mâcher du chewing-gum sans sucre (1 à 2 minutes) après la prise alimentaire pour rétablir le pH salivaire le plus rapidement possible en activant la salivation.
  • Réduire la consommation d’aliments et de boissons acides.
  • Préférer le fructose aux glucose et saccharose.
  • Consommer régulièrement des aliments alcalins (fibres noix).
  • Terminer son repas avec du fromage.
  • Diluer si possible les boissons en ajoutant de l’eau. Utiliser les boissons de récupération alcalines. Ces eaux pétillantes permettent de retrouver un pH normal.
  • Utiliser une paille ou une gourde à bouchon avec une paille intégrée. Il est intéressant avec des gourdes souples d’appuyer sur la gourde plutôt que d’aspirer de façon à projeter la boisson directement vers la gorge et éviter ainsi au maximum le contact avec les dents.
  • S’hydrater régulièrement avec de l’eau.
  • Prendre rendez-vous chez son chirurgien-dentiste une à deux fois par an.

Figure 1 – Fiche Insep « Sport et risques dentaires ».

Examen clinique

L’examen clinique doit se faire à l’aide d’une radiographie panoramique récente.

Examen exobuccal

On évalue la dimension verticale, le trajet d’ouverture-fermeture buccal, les mouvements de latéralités, et on examine les articulations temporomandibulaires (ATM) avec recherche de bruits articulaires.

Examen endobuccal

L’examen endobuccal consiste à :

  • rechercher les lésions carieuses et les atteintes parodontales,
  • repérer les dents absentes,
  • rechercher la présence d’érosions ou d’usures anormales,
  • évaluer les restaurations pour vérifier leur étanchéité,
  • procéder à une radiographie panoramique pour vérifier la position des dents de sagesse et ainsi anticiper d’éventuelles perturbations, mais également pour détecter des foyers dentaires,
  • analyser l’occlusion statique à l’aide de la classification d’Angle, les points d’occlusion ou la présence d’abrasions (il est très important de vérifier l’existence ou non d’articulés croisés),
  • analyser l’occlusion dynamique pour vérifier l’intégrité des fonctions et l’absence d’interférences occlusales,
  • analyser la déglutition pour détecter une éventuelle interposition linguale.

Les points de vigilance sont les suivants : soins précoces, foyers infectieux, problèmes parodontaux, fissures et fêlures dentaires, occlusion. Nous ne devons pas hésiter à rectifier toute obturation à l’étanchéité défaillante. Des scellements de sillons profonds seront effectués même sur les prémolaires. Tout foyer dentaire devra être traité rapidement. L’examen de fissures ou de fêlures de l’émail, avec parfois un changement de teinte sur des incisives par exemple, indiquera une nécrose dentaire avec foyer apical souvent asymptomatique. Les perturbations occlusales peuvent être à l’origine de troubles de fonctionnement des ATM, avec des perturbations à distance.

L’examen des dents de sagesse est important. Il permet d’anticiper un problème éventuel lié à leur évolution ou à leur position dans les maxillaires.

En cas de risque carieux important :

  • Utiliser un topique pour une reminéralisation des dents. Ces topiques sont des complexes de phosphopeptides de caséine (CPP) et de phophate de calcium amorphe (ACP). Le complexe CPP-ACP délivre des ions calcium et phosphate à la surface de la dent et dans la plaque dentaire. Ainsi, il réduit la déminéralisation de l’émail, mais surtout permet sa reminéralisation, jouant un rôle protecteur important.
  • Pour des populations à risque, comme les nageurs exposés à la chloramine (acide), des gouttières permettant l’application de gel fluoré peuvent être préconisées.
  • L’application de vernis fluorés constitue une bonne protection pour des sportifs exposés.

Les protections intra-buccales ou protège-dents

L’activité sportive est une des principales causes de traumatismes dentaires. Les incisives supérieures représentent environ 65 % des dents lésées. Le protège-dents est indispensable dans les disciplines où le contact physique ou des chocs violents sont possibles, à savoir les sports de combat ou de contact. Il réduit considérablement le risque de traumatismes (fractures, déplacements, expulsions) au niveau des dents antérieures, et particulièrement à l’arcade supérieure (maxillaire). Il isole les dents des muqueuses, des lèvres, des joues ou de la langue et permet ainsi d’éviter les plaies des tissus mous et les morsures de la langue. Il prévient le choc des dents de l’arcade inférieure (mandibulaire) contre les dents de l’arcade supérieure, limite le risque de fracture mandibulaire et réduit le risque de commotion cérébrale et d’atteinte cervicale.

Seul le protège-dents sur mesure réalisé au cabinet dentaire par un chirurgien-dentiste permet de répondre de façon satisfaisante aux critères de protection, de stabilité, de rétention et de confort (Fig. 2).

Figure 2 – Protège-dents.

Les techniques de fabrication permettent de l’adapter en fonction du sport pratiqué afin de mieux protéger des chocs. Il est important de préciser que les sportifs porteurs de prothèses dentaires doivent les retirer pour la pratique de leur discipline (il y a danger en cas de bris). Le protège-dents comblera les espaces correspondant aux dents absentes.

Un protège-dents individuel sur mesure de qualité doit :

  • permettre l’amortissement des énergies provoquées par les chocs sur l’arcade maxillaire et stabiliser la mandibule,
  • être élastique et retrouver sa forme après le choc (ses qualités mécaniques de résistance sont liées à l’épaisseur du matériau qui doit être de 4 mm au moins du côté vestibulaire),
  • être parfaitement adapté et ne pas se déformer à température buccale,
  • résister à l’usure et à la dégradation hydrique (le nettoyage et la désinfection doivent être aisés).
  • être confortable, rétentif et stable (il doit permettre de respirer, de déglutir, de parler et donc de communiquer, et même de cracher).

Lorsque le patient est jeune et que sa croissance n’est pas terminée, un protège-dents du commerce de type “boil and bite”, donc semi-adaptable, adapté au cabinet par un chirurgien-dentiste sera indiqué. Moins coûteux, il pourra être changé très régulièrement. Seul l’EVA (éthylène acétate de vinyle) répond à ces différents critères. Les protège-dents de type III ou IV doivent être privilégiés.

Dents et posture, les infections focales

Les infections focales

La santé bucco-dentaire est indissociable de la santé générale. Des dents cariées ou a fortiori infectées ou encore des maladies des gencives sont des atteintes buccales qui, à distance, pourront aggraver et parfois déclencher des pathologies allant au-delà de la sphère buccale (Fig. 3).

Figure 3 – Sportif de haut niveau médaillé européen, blessé avant un grand championnat. Les soins ont depuis été effectués, il est maintenant guéri et s’entraîne normalement.

On connaît bien les transmissions bactériennes entre la bouche et le cœur. Les problèmes rénaux, le diabète, ou les polyarthrites peuvent également être aggravés par un mauvais état dentaire. Par ailleurs, des tendinites qui ne trouvent pas de résolutions rapides ou qui récidivent, des lésions musculaires récidivantes et similaires doivent interpeler.

Les micro-organismes peuvent par voie sanguine coloniser des tissus ou des organes à distance et provoquer des infections focales. Les toxines bactériennes peuvent donc parvenir à un organe ou un tissu par l’intermédiaire de la circulation sanguine et entretenir des blessures existantes. Enfin, l’inflammation métastatique peut résulter d’une lésion provoquée par les bactéries buccales ou leurs produits solubles qui entrent dans la circulation sanguine et qui vont réagir avec des anticorps circulants spécifiques pour former des complexes macromoléculaires.

Dans plusieurs cas, des foyers ont été détectés et traités par reprise des traitements radiculaires (Fig. 4).

Figure 4 – Deux cas de foyers dentaires avant (A, C) puis après traitement (B, D).

Les sportifs concernés se plaignaient de tendinites récidivantes, étaient perturbés dans leurs entraînements. Les dents soignées, les tendinites ont disparu et les entraînements ont repris normalement.

La posture

L’occlusion harmonieuse des dents conditionne l’équilibre du squelette sous-jacent.

Quelques tests simples comme la verticale de Barré, le test de Romberg, le test des pouces de Bassani ou le test de Fukuda permettent de vérifier l’existence de troubles posturaux et de déterminer s’ils sont d’origine descendante, ascendante ou mixte (Fig. 5).

Figure 5 – Facteurs intervenants dans la posture.

Des troubles de l’occlusion peuvent entraîner des défauts de posture avec déviation du centre de gravité et des répercutions sur les muscles, les tendons et les articulations avec pour conséquences des contractures ou des déchirures musculaires, par exemple. L’occlusion peut être corrigée (Fig. 6).

Figure 6 – Appuis podaux avant et après correction de l’occlusion.

Gouttière en place, on remarque un déplacement du centre de gravité de l’archer vers le référentiel, ou barycentre du polygone de sustentation. La diminution de la surface d’enregistrement témoigne d’une plus grande stabilité de l’archer en position de tir (voir encadré).

On constate que les archers, qui ont une gestion de l’équilibre meilleure qu’un sujet classique, peuvent, après correction optimiser encore cette capacité, en harmonisant le plus finement possible la physiologie. Une équilibration supplémentaire à l’aide de gouttières occlusales est possible (Fig. 7).

Figure 7 – Gouttière de repositionnement mandibulaire.

Conclusion

Le suivi dentaire des sportifs de haut niveau s’améliore. Cependant, ce n’est que grâce à des actions répétées d’information et de sensibilisation des sportifs et de leur entourage qu’ils pourront atteindre « un haut niveau de santé dentaire » nécessaire dans leur recherche de performance.

L’action du chirurgien-dentiste est importante. Elle doit être faite en concertation avec l’équipe médicale. Il doit toujours avoir à l’esprit qu’on ne fait pas de modifications importantes chez un athlète en bonne santé et qui est performant.

Dr Jean-Luc Dartevelle, Chirurgien-dentiste, Insep

Pour en savoir plus

  • Sport et Santé bucco-dentaire, Colloque National de Santé Publique UFSBD-INSEP, 7 octobre 2011. www.ufsbd.fr/wp-content/ uploads/2014/06/ActesColloqueok_ SportSBD_oct2011.pdf
  • Duizabo C. Incidence posturale dans la prise en charge des dysfonctions crânio-mandibulaires, thèse chirurgie dentaire 2014. dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00935397/ document
  • Fiches patients UFSBD : www.ufsbd.fr/ espace-public/fiches-patients/