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Dossier : Le sport c'est la santé !

L’activité physique doit être encouragée et prescrite en prévention primaire et tertiaire

En 2008, l’Inserm a publié les résultats d’une expertise collective, « Activité physique : contextes et effets sur la santé ».

Ce rapport souligne tout d’abord l’évolution de la notion de sédentarité. Il propose également un éclairage sur le niveau de pratique de la population française, adultes et enfants, tant en ce qui concerne le niveau d’une pratique conforme aux recommandations, qu’en ce qui concerne le niveau d’une pratique entraînant des bénéfices pour la santé. Le rationnel et les preuves de l’efficacité d’une activité physique régulière et adaptée sont ensuite développés dans le contexte de plusieurs pathologies chroniques ainsi que dans le contexte du vieillissement. Ce rapport propose des recommandations d’activité physique, certaines spécifiques de certaines pathologies, d’autres générales : ces recommandations permettent de considérer la possibilité de prescrire la pratique d’une activité physique dans une démarche de santé publique, en prévention primaire et en prévention tertiaire.

En réponse à une demande du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative concernant l’activité physique, ses contextes et ses effets sur la santé, un groupe d’experts français réunis par l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) a publié en 2008 un rapport d’expertise collective sur le thème.

Ce travail s’est essentiellement appuyé sur les données scientifiques disponibles en date du second semestre 2007 et sur quelques données complémentaires parues au fil de la rédaction du rapport : près de 2000 articles ont constitué la base documentaire de cette expertise. Nous proposons dans le présent article un résumé des conclusions de ce rapport.

Nous n’aborderons pas les conclusions relatives aux données traitant des contextes de pratique des activités physiques mais nous concentrerons notre texte sur l’intérêt d’une activité physique en prévention primaire et tertiaire ainsi que sur les recommandations générales et spécifiques d’activité physique émises. La totalité des données relatées dans notre article est comprise dans le rapport d’expertise collective : ces données sont issues d’un travail collectif et nous tenons à associer l’ensemble des auteurs ayant collaboré à cette expertise, ainsi que l’Inserm, à la production du présent article. Nous ne faisons aucune référence aux articles originaux à partir desquels l’expertise collective a été menée : toutes les références bibliographiques sont indexées dans le rapport d’expertise collective. Nous incitons les lecteurs désireux d’obtenir des précisions sur certaines conclusions développées dans notre article à se référer au document original (complet ou de synthèse) de l’expertise collective (1).

 

De 1990 à 2008 : les notions d’activité physique et de sédentarité évoluent

De 1990 à nos jours, les notions de sédentarité et d’activité physique ont évolué. En effet, en 1990, le comportement sédentaire définissait les occupations pendant lesquelles la dépense énergétique restait proche de la dépense de repos. Toute augmentation de la dépense énergétique audelà de cette limite définissait la notion d’activité physique. De nos jours, si la définition de la notion d’activité physique reste valable, la notion de sédentarité a évolué vers une définition plus précise spécifiant un habitus de vie au cours duquel les recommandations d’activité physique ne sont pas satisfaites.

 

Le niveau actuel d’AP des Français

Les données qui permettent de faire le constat du niveau d’activité physique des Français sont extraites d’études réalisées au cours des 3 dernières années (de 2005 à 2007). Selon l’enquête du Baromètre Santé 2005 réalisée auprès de Français âgés de 15 ans et plus, 80 % de cette population satisfont un niveau d’activité modéré c’est-à-dire adéquat aux recommandations tandis que seulement 46 % satisfont un niveau d’activité physique plus élevé et plus favorable pour la santé.

Chez les plus jeunes c’est-à-dire les enfants et adolescents âgés de 11, 13 et 15 ans, les données issues de l’enquête Health Behaviour School Children 2005-2006 (HBSC) indiquent qu’un niveau d’activité conforme aux recommandations pour ces âges n’est validé que dans 12 à 24 %, 5 à 20 % et 5 à 14 % de ces âges respectifs. Ces données, péjoratives, sont en partie contredites par les résultats d’autres études (Youth Risk Behavior Surveillance System 2007 study et Etude Nationale Nutrition Santé 2007) qui indiquent une prévalence de 40 à 70 % d’enfants, voire d’adolescents de 17 ans pratiquant une activité physique modérée mais avec une définition de cet indicateur différente (avec un seuil plus bas) de celle retenue pour l’enquête HBSC.

Pour 2008, l’objectif du Programme National Nutrition Santé est d’augmenter de 25 % la proportion d’adultes pratiquant l’équivalent de 30 minutes de marche rapide par jour afin d’aboutir au résultat suivant : passer de 60 % pour les hommes et 40 % pour les femmes, à respectivement 75 % et 60 % de personnes, tous âges confondus, faisant par jour l’équivalent de 30 minutes d’activité physique d’intensité modérée, au moins 5 fois par semaine.

Trente minutes de marche rapide, au mois cinq fois par semaine, sont recommandées.

Influence de la pratique régulière d’une activité physique sur la santé

Le rapport d’expertise collective fait émerger des constats généraux et spécifiques (pour certaines pathologies) sur l’influence de la pratique régulière d’une activité physique sur la santé.

 

Les constats généraux

De façon globale, la pratique régulière d’une activité physique et sportive, même d’intensité modérée, diminue la mortalité et améliore la qualité de vie. Une étude sur la mortalité prématurée indiquait que la pratique d’une activité physique à une intensité modérée et à raison de plus de 3 h/semaine ou à une intensité élevée et, à raison de plus de 20’ 3 fois par semaine, entraîne une réduction du risque de mortalité de l’ordre de 30 %. La pratique régulière d’une activité physique et sportive, même d’intensité modérée, est également un facteur majeur de prévention des principales pathologies chroniques (maladies cardiovasculaires, diabète, cancer…) et la reprise d’une activité physique régulière adaptée est un élément majeur du traitement des principales pathologies chroniques.

 

Les constats spécifiques

Plusieurs constats spécifiques de pathologies ont été faits dans le rapport d’expertise. La liste des pathologies évoquées ici n’est pas exhaustive.

 

Prévenir l’apparition du diabète de type II

Un constat a été fait dans le domaine des maladies métaboliques associées à un excès de masse grasse. Il est admis que la pratique régulière d’une activité physique et sportive aide au contrôle du poids corporel chez l’adulte et l’enfant. Parmi les complications de l’excès de masse grasse, le diabète de type II est caractérisé par une augmentation de sa prévalence. Une étude réalisée en 2002 a mis en évidence que la pratique régulière d’une activité physique permettait de prévenir l’apparition du diabète de type II chez 60 % des sujets présentant une intolérance au glucose. Parmi les autres états pathologiques, dont la mise en place est en partie favorisée par un excès de masse grasse, il est admis que l’activité physique favorise la diminution des chiffres de pression sanguine artérielle et qu’elle améliore la fonction endothéliale.

 

Soigner la BPCO

De façon spécifique, le rapport d’expertise collective a validé le constat que l’activité physique est le meilleur traitement de la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO).

 

Préserver le capital osseux

Un autre constat a été fait sur l’influence d’une activité physique régulière sur le capital osseux : la pratique régulière d’une activité physique et sportive, incluant en particulier des exercices en charge (mais pas de façon exclusive), permet de prévenir l’évolution péjorative de l’ostéoporose, notamment chez la femme, et de réduire le risque de fracture du col du fémur (selon une étude réalisée en 2002, les femmes qui marchaient au moins 4h/semaine avaient un risque de fracture du col du fémur diminué de 40 % par rapport aux femmes sédentaires qui marchaient moins de 1h/semaine).

 

Améliorer la santé mentale

En dehors de ces actions somatiques, la pratique régulière d’une activité physique et sportive est associée à une amélioration de la santé mentale (en particulier dans les champs de l’anxiété et de la dépression). Chez le sujet âgé, une telle pratique est efficace sur le plan cognitif et cette efficacité est en partie sous-tendue par la théorie socio-cognitive faisant référence à l’importance pour une personne âgée de disposer d’un support social.

 

Mieux vieillir

Enfin, l’expertise collective retient que l’activité physique est un moyen permettant de contribuer à un vieillissement sain. Chez le sujet avançant en âge, son action porte à la fois sur la santé physique et la santé mentale des individus et elle se fait selon le principe du rendement décroissant. Elle permet de maintenir l’autonomie des personnes âgées. Chez la personne âgée, l’objectif à atteindre pour un indicateur peut varier selon que la cinétique de cet indicateur définit une amplitude de variation ou une valeur seuil en dessous de laquelle le risque de morbidité augmente.

 

Les recommandations de l’expertise collective Inserm 2008

Les modalités de prescription

Parmi les recommandations d’activité physique préconisées, la première fait référence aux modalités générales de prescription. Il est intéressant de souligner que la notion de relation doseréponse est applicable à la prescription d’activité physique, ce qui justifie la recommandation selon laquelle il existe un bénéfice à dépasser la “dose” d’activité physique recommandée. Cet aspect doit toutefois tenir compte des règles générales de prescription et notamment de la gestion des risques, spécifiques ou non, de pathologies liées à certaines conditions de pratique.

Un autre concept général évoqué dans le rapport est le concept d’accumulation, selon lequel une “dose” d’activité physique peut être fractionnée. A titre d’exemple, 30 minutes d’activité physique quotidiennes peuvent être envisagées sous la forme de 3 périodes d’activité physique de 10 minutes ou de 2 périodes de 15 minutes (la durée minimale d’une période d’activité physique devrait être de 10 minutes). Un autre aspect de ce concept fait référence à la modification croisée de l’intensité d’exercice et du temps d’exercice pour satisfaire un objectif de dépense énergétique : il est possible, pour certaines pathologies et en fonction de l’évaluation médicale du patient, de planifier un objectif de dépense énergétique via des séances d’activité physique plus intenses mais de durée plus courte que celles proposées avec ce même objectif mais d’intensité plus basse et de durée plus longue. Outre l’intérêt physiologique que ce type d’approche peut avoir dans certaines situations pathologiques spécifiques, cette modulation du programme des séances d’activité physique peut rendre plus pratique l’intégration d’un temps dédié à l’activité physique régulière au sein de l’emploi du temps quotidien de certains patients.

 

Situations cliniques et intensité de l’exercice musculaire

Les recommandations générales d’activité physique proposées dans le rapport sont adaptées en fonction de 3 situations cliniques :

● adulte âgé de moins de 65 ans ;

● adulte sain âgé de plus de 65 ans ou adulte porteur d’une pathologie chronique âgé de plus de 50 ans ;

● enfant sain.

Ces recommandations sont présentées dans le tableau 1.

Les recommandations spécifiques à certaines pathologies, exposées dans le rapport d’expertise, ne sont volontairement pas présentées dans notre article ayant pour objectif de faire une présentation générale de l’expertise collective.

 

Parmi ces recommandations, il est fait mention de contrôle de l’intensité de l’exercice musculaire (Tab. 2).

Pour les exercices de renforcement musculaire, le plan de séance proposé est basé sur la réalisation de 8 à 10 exercices utilisant les principaux groupes musculaires avec 8 à 12 répétitions à chaque exercice. L’intensité de ces exercices doit être modérée au départ puis elle peut se rapprocher d’un score 7 sur l’EVA de Borg 0-10.

 

Conclusion

Les bénéfices pour la santé d’une activité physique régulière sont reconnus et l’intérêt d’une personnalisation des séances d’exercice musculaire est souligné. Cette préconisation permet également d’assurer une gestion des risques pour la santé liés à la pratique d’une activité physique et sportive, ceux-ci étant également minimisés par le respect de précautions élémentaires, un suivi médical adapté et un encadrement compétent. Afin de pouvoir appliquer au mieux ces recommandations médicales, il est nécessaire de considérer que la promotion d’une activité physique et sportive favorable à la santé implique une formation des professionnels de santé et du sport et le développement de nouveaux métiers organisés en réseaux.

Référence

Activité Physique. Contextes et effets sur la santé. Expertise collective. Les éditions Inserm, 2008 ; 101 rue de Tolbiac, 75013 Paris. www.inserm.fr.