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Dossier : Le sport c'est la santé !

Les réseaux transversaux Sport-Santé : un outil de promotion de la santé par les APS

Les réseaux de santé transversaux Sport-Santé sont des outils d’avenir de promotion de la santé afin de lutter contre la sédentarité et son cortège de maladies associées. Leur diffusion nationale est essentielle en termes de réseaux de prévention mais aussi de soin.

Le choix des activités physiques doit être guidé par les possibilités pratiques, les goûts et l’expérience antérieure du patient.

Face au constat de la “sédentarisation” et à son impact sur la santé, la promotion de la santé via l’éducation à la santé utilisant les activités physiques et sportives (APS) pour la santé (APSS) se développe fortement. Un des “fondamentaux” de ce mouvement, qui touche les mondes du sport et de la santé et qui devrait tendre à les faire travailler ensemble, est un outil de coordination et de complémentarité que l’on a intitulé le réseau Sport-Santé.

 

Reconnu depuis la seconde moitié du XIXe siècle, l’intérêt des APSS n’a réellement été évalué qu’à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Depuis, les preuves du bénéfice des AP se sont accumulées (voir les autres articles de ce dossier). Il était donc important d’avoir un outil afin de traduire cette réalité à la fois en termes de prévention primaire mais aussi de thérapeutique sur le plan des actions individuelle et collective ; il s’agit des réseaux Sport-Santé.

 

Campagnes de promotion et place des réseaux de santé

Les campagnes de promotion de la santé par les APS développées dans les pays anglo-saxons depuis les années 70, puis dans les pays du nord de l’Europe dans les années 80 et enfin par l’Organisme Mondial de la Santé dans les années 90 avec ses plans de lutte contre la sédentarité ont favorisé le développement des réseaux Sport-Santé. L’Etat français a réagi par son Programme National de Nutrition-Santé (PNNS, depuis 2001 avec une évolution plus récente PNNS2 en 2006). La notion de réseau Sport-Santé apparaît dans le PNNS2 sous la forme de l’expérience efFORMip (effort et FORMe enMidi-Pyrénées). Toutes ces données ont été reprises dans le document de l’Inserm (1) publié en 2008. La ministre de la Santé et des Sports a chargé en 2008, le Pr JF Toussaint de lui remettre un rapport sur l’opportunité de la création d’un plan national de prévention par les APS (2). Ce rapport liste l’intérêt des réseaux Sport-Santé et des partenaires associés à savoir les fédérations sportives, les structures Olympiques et Sportives (CROS/CDOS), en lien avec les offices municipaux de sports (OMS), mais aussi celui des associations non affiliées développant une offre sanitaire et sociale d’AP et le monde des établissements privés d’AP comme les clubs de fitness.

Côté “santé”, les médecins généralistes, en première ligne, et l’ensemble des spécialistes de pathologies chroniques sont concernés par la prescription. Les médecins du sport, par leur connaissance de la physiologie de l’exercice sont en mesure d’assurer les formations. Les infirmiers, les diététiciens, les masseurs-kinésithérapeutes peuvent être impliqués dans ces réseaux. Les services déconcentrés de l’Etat (Santé et Sport), les Groupements régionaux de santé publique (GRSP), l’Assurance maladie, les collectivités territoriales, les réseaux d’éducation à la santé (CODES), des associations de malades, les équipes universitaires (UFR-STAPS et les UFR de médecine), le monde de l’assurance, de l’agroalimentaire, des équipementiers sportifs et de l’industrie du médicament sont autant de partenaires de ces réseaux.

 

La définition du réseau de santé

En France, c’est celle donnée par le Code de la santé publique (CSP) (Encadré 1).

État des lieux

Une approche formelle

Il existe deux types d’approches des réseaux de santé. Une formelle qui vise, en s’appuyant sur le dispositif du ministère chargé de la Santé, à développer les réseaux de santé et une, moins formelle, de l’ordre de la filière de soins ou de prévention mais aussi du travail collaboratif ne répondant pas aux critères posés par la loi. Dans le premier cas, on distingue les réseaux originels, plutôt des réseaux par pathologies (thématiques) déjà structurés fortement ancrés dans le monde classique des établissements de santé ou de la médecine libérale (Encadré 2) qui vont aller recruter la compétence “APS” qui leur manque, à savoir la prescription et la dispensation des activités physiques adaptées (APA) que nous appelons les APS pour la santé (APSS), via des éducateurs sportifs formés par les fédérations sportives et les services du ministère chargé des Sports ou des étudiants formés par les facultés des Sciences du Sport dans la filière APA.

Toujours dans le premier cas, il existe une autre forme de réseau réellement transversale qui se développe depuis 2001, l’exemple en est le réseau efFORMip en Midi-Pyrénées. Sa position de réseau non thématique mais par mode de vie, à savoir la promotion des APSS, donc utile à de nombreux patients porteurs de diverses pathologies chroniques, lui a donné une position originale car peu représentée, de “réseau au service des réseaux”.

Les réseaux favorisent la proximité et l’accès aux pratiques encadrées.

Une approche transversale

L’autre approche est plutôt une tentative de fonctionnement moins structurée et encadrée, plus souple incluant les associations à visée “sport–santé” non affiliées ou affiliées à des fédérations sportives, les collectivités territoriales ou les services déconcentrés de l’Etat chargé des Sports. L’exemple en est le collectif “vivez bougez” en faveur de la promotion de l’APPS en Languedoc- Roussillon, qui réunit les structures volontaires du domaine de la santé et des APS, et qui procède à la mise en oeuvre des actions définies par son comité de pilotage régional, à la mutualisation d’expériences et de compétences, à des attributions de soutien financier et d’un label “Ville- Vivez Bougez”.

 

A notre connaissance, il y a en France deux réseaux qui offrent une approche transversale d’APS diversifiées dans un objectif d’éducation pour la santé. Il s’agit des réseaux efFORMip en Midi- Pyrénées et Sport-Santé-Bien-être en Champagne–Ardenne.

 

Leurs objectifs principaux sont pour le réseau Champenois d’améliorer la prise en charge thérapeutique et éducative des personnes à risque cardiovasculaire avec la mise en oeuvre des APSS. Pour le réseau de Midi-Pyrénées, il s’agit d’une approche innovante de promotion des APSS, qui inclut, en plus de la prévention, la coordination des soins dans le cadre d’une pratique adaptée, sécurisée et personnalisée pour les patients porteurs de pathologies chroniques (maladies métaboliques, ostéo-articulaires, respiratoires…). Dans ces deux cas, ces actions visent un partenariat entre les professionnels de santé et les dirigeants, animateurs fédéraux, titulaires de brevets d’Etat du monde sportif.

 

Intérêts et points forts des réseaux

1. Associer la diversité et la complémentarité professionnelle dans le cadre d’une éducation à l’activité physique adaptée.

 

2. Accompagner l’émergence d’un nouveau métier, son employabilité et de nouvelles compétences.

Ils favorisent le développement de nouvelles compétences sur la prescription des APSS pour les professionnels de santé et l’émergence d’un nouveau groupe dénommé les “Educateurs Médico-Sportifs” (EMS). Les EMS agissent dans le cadre de la prise en charge des patients, soit au sein des établissements de santé (sur l’enveloppe hospitalière ou sur les budgets des missions d’intérêt général), soit au sein des réseaux de santé, soit dans des associations.

 

3. Assurer la formation continue et initiale des acteurs de santé et des EMS.

Les réseaux assurent la formation initiale avec leurs formations internes et souvent la formation continue afin d’échanger sur le réseau et de progresser selon les attentes et besoins de leurs membres. Le tout se fait sans reconnaissance par une certification ou un diplôme et dans un but de qualité du service rendu.

4. Développer une vraie logique de proximité.

Il existe un maillage territorial par l’implantation locale de clubs sportifs et des équipements, ce qui favorise la proximité et l’accès aux pratiques encadrées.

 

5. Favoriser le lien social.

Le fait de ne pas pratiquer seul recrée le lien social, support et soutien important à la pratique régulière et raisonnée.

 

6. Agir sur les motivations et freins psycho-sociologiques à la pratique.

C’est le cœur du métier de ce type de réseau.

Les résultats obtenus dans les premières expériences sont :

● une amélioration du repérage territorial, de la coopération interprofessionnelle (médecins et éducateurs médico-sportifs) et des compétences professionnelles des professionnels du réseau ;

● une meilleure observance de la pratique et de la qualité de vie pour les usagers.

 

Les perspectives

 

Sensibiliser les patients

Le rapport du Pr J.F. Toussaint prévoit de développer des structures d’hôpitaux de jour de prise en charge des pathologies chroniques initiant les APS. Ceci serait un bon moyen de sensibiliser les patients et de leur faire découvrir durant leur séjour les réseaux “Sport-Santé”.

 

Développer une charte

Il a proposé d’établir un cahier des charges “éducation médico-sportive” pour les structures médicales et médico-sociales, de développer une charte “APSS” pour les associations sportives accueillant des personnes atteintes de maladies chroniques ou rares, ou de handicap, et de mettre en oeuvre une habilitation des structures par le réseau, en s’appuyant sur les futures ARS et DRJSCS.

 

Encourager la formation

Il est indiqué dans le rapport l’idée d’encourager les formations sur la conduite de projet APA et santé, en cohérence avec le fonctionnement des réseaux de santé.

 

Développer l’éducation médico-sportive

Le rapport a proposé de développer la dimension AP et sa mise en place par l’EMS dans tous les textes relatifs à la prise en charge en éducation thérapeutique. Actuellement, le terme EMS n’apparaît que dans l’ALD n° 8 relative au diabète de type 2.

 

Il prévoit de généraliser les prestations dérogatoires “éducation médico-sportive” pour financer les actes non pris en charge et l’emploi des professionnels.

 

Évaluer l’impact socio-économique

Le rapport insiste sur le fait de favoriser l’impact socio-économique de l’éducation médico-sportive et d’évaluer les effets socio-économiques de l’éducation médico-sportive, grâce au suivi des données de santé des patients inclus. Il faut que les réseaux obtiennent les moyens de construire leurs outils et de coordonner cette activité. Dans un but de développement harmonieux et efficace, il semble important de créer une coordination nationale des réseaux transversaux “Sport-Santé”, où les réseaux déjà existants pourraient jouer un rôle.

 

Faire participer les fédérations

Au niveau national, il faut aussi développer la dynamique de la création des réseaux en s’appuyant sur les fédérations sportives pour les inciter à participer aux réseaux.

 

Diffuser le modèle

La volonté de diffusion d’un modèle de réseau transversal “Sport-Santé” dans d’autres régions a été écrite dans le rapport. Par exemple, un projet comme efFORMip qui est entièrement financé par des fonds publics à ce jour et qui a été évalué en 2007 plutôt positivement par l’observatoire régional de la santé Midi-Pyrénées, qui poursuit sa croissance et son évolution en 2009, serait un bon support, tout comme le réseau Sport-Santé-bien- être en Champagne –Ardenne, pour une éventuelle diffusion du modèle avec l’aide du ministère de la Santé et des Sports, à l’instar de ce qui a été fait à partir de 2002/2003 pour les réseaux de prévention de l’obésité pédiatrique, REPOP, avec la direction de l’hospitalisation et de l’offre de soins (DHOS).

 

Conclusion

Les communications interne et externe des réseaux sont le point essentiel à développer aujourd’hui, tant vers les patients que vers la communauté de santé et vers les institutions sportives pour développer l’offre de “Sport-Santé” au bénéfice du plus grand nombre. La diffusion des modèles existants est un moyen facile de développement rapide.