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Dossier : La cryothérapie corps entier

L’Expérience de la Française des Jeux

Les premières expériences de soins des coureurs cyclistes professionnels de la Française des Jeux ont débuté en 2009. Dès 2010, elle mettait à disposition les moyens destinés à mettre au point un projet d’accompagnement de l’équipe par une unité mobile de cryothérapie. Au cours de l’année 2011, la première expérimentation a été réalisée en stage et en compétition sur le Critérium du Dauphiné Libéré, ce qui a permis de régler les problèmes techniques posés par cette innovation. Trois modèles de cryosaunas étaient à notre disposition : un russe, un ukrainien et un polonais. Nous avons retenu ce dernier modèle en raison de sa plus grande fiabilité, de la qualité de la température délivrée et surtout de la garantie du CE médical européen. En effet, c’est à partir des travaux du professeur Zdzislaw Zagrobelny qu’une tradition de recherche en matière de cryothérapie s’est développée en Pologne jusqu’à aboutir à une génération de matériel ultramoderne, simple d’utilisation et offrant des coûts d’installation et de fonctionnement réduits. S’appuyant sur l’évaporation de gaz liquéfiés comme l’azote liquide, ou l’air liquide pour produire le froid, les machines de la société PPH JUKA cumulent de nombreux avantages. Contrairement aux modèles développés ailleurs, cette technologie ne nécessite pas d’équipements frigorifiques lourds comme des chambres froides successives et des compresseurs. L’évaporation de gaz liquéfiés permet d’obtenir dans des temps très courts des températures très basses, tout en remplissant tous les critères de sécurité indispensables lors de la mise en place de traitements de ce type. Depuis cette date, nous avons accompagné les classiques du début de saison, trois Tours de France et deux Tours d’Espagne, avec cette unité mobile (Fig. 7, 8, 9, 10).

Figure 9 – Unité mobile CRYOENCOORA Un camion de 19 tonnes qui assure confort, sécurité et performance (surface disponible = 25 m²). En plus du cryosauna, l’unité mobile est équipée comme un cabinet médical, avec table d’examen, canapé, frigidaire, service de boissons chaudes et froides, espace de rangement, liaison Internet, télévision, climatisation et chauffage.

Figure 10 – La source de froid La source de froid du cryosauna est l’évaporation, dans le générateur de basses températures, d’azote liquéfié provenant du réservoir cryogénique extérieur. Caractéristiques : • deux réservoirs d’azote liquide de 450 L, soit 900 L • autonomie de 6 à 7 jours à r aison de 30 séances quotidiennes • temps de mise en route à – 140°C = 12 min • consommation de mise en route = 15 L d’azote • ravitaillement sur site possible, organisé par CRYOENCOORA • temps de ravitaillement pour 900 L = 45 min • température entre -120 °C et -150°C • consommation par passage de 3 min = 1,5 L d’azote.

Déroulement des séances sur les grands Tours

Deux séances quotidiennes de 3 min sont proposées aux neuf coureurs de l’épreuve :

• une le matin, à -120°C, de préférence au lever, avant le petit déjeuner, 3 h avant le départ ;

• une le soir à l’hôtel à -140°C, soit 2 h après l’arrivée de l’étape, de préférence avant la séance de massage dont la qualité est améliorée par la cryothérapie.

La première semaine, ce rythme est observé par les coureurs, puis nous leur laissons le choix du planning. Il ressort des données de la littérature que les bénéfices attendus de la CCE s’observent au-delà de dix séances. Certains coureurs feront les deux séances quotidiennes jusqu’à la fin des Tours. Lors de la séance, le coureur est en sous-vêtements secs, les pieds sont protégés par des chaussettes et chaussons, les mains sont posées sur le rebord supérieur du cryosauna ; il ne porte aucun objet métallique (bijoux…). En cas de plaies, les mains sont protégées. Au terme de la séance, le sportif répond aux différents questionnaires d’évaluation.

 

La première année, chaque jour, la tolérance de la séance de cryothérapie, l’intensité des efforts fournis lors de l’étape, les sensations ressenties, la qualité du sommeil, la température centrale et cutanée, la tension artérielle, la variabilité du rythme cardiaque et les paramètres biologiques en cours, en fin de Tour et à distance du Tour, étaient évalués.

 

Afin d’analyser l’évolution de la récupération générale à travers la qualité du sommeil, les sensations et le confort de la nouvelle technique en fonction de l’accumulation des charges de travail, les coureurs répondaient quotidiennement à différents questionnaires présentés sous forme d’échelles d’évaluation. Nous reproduisons ici quelques données recueilles lors des premiers essais en 2011 (Fig. 11).

Les coureurs étaient invités à donner leur avis sur le vécu de la séance et leur souhait (Fig. 12) :

 

  • Je souhaite utiliser la méthode en compétition le matin et le soir
  • Je ne souhaite utiliser la méthode en compétition que le matin
  • e ne souhaite utiliser la méthode en compétition que le soir
  • Je ne souhaite utiliser la méthode en compétition que quelques fois
  • Je ne souhaite pas du tout utiliser la méthode en compétition
  • Je n’ai pas d’avis

Figure 11 – Bilan CCE .

Figure 12 – Questionnaire d’évaluation.

Le confort général de la séance de cryosauna n’a cessé de s’améliorer entre le 1er jour du stage et la fin du Dauphiné puisque la note (sur une échelle de 5) passe en moyenne de 3 (début du stage) à 4,5 (dernier jour de course). Pour finir, 50 % des coureurs souhaitaient utiliser la méthode deux fois par jour, une autre partie (25 %) préférant l’utiliser une seule fois (après l’entraînement) et une dernière partie (25 %) seulement quelques fois. Tous les coureurs étaient unanimes pour utiliser la technique en compétition en fonction de leurs besoins personnels et aucun ne souhaitait s’en passer.

Discussion

C’est à la demande des coureurs que l’expérience a été poursuivie et le cryosauna accompagne depuis les Grands Tours (Tour de France et Vuelta) et certaines courses classiques. Il faut se rendre compte que l’équipe est en compétition, avec des contraintes d’horaires et de déplacement qui rendent impossible un travail d’évaluation répondant aux exigences scientifiques classiques. Nous nous sommes contentés d’enregistrer des données de terrain et de recueillir le ressenti des coureurs. Il s’agit plus d’un témoignage d’expérience vécue avec toutes les limites qui en découlent. À souligner que les températures proposées varient de -120 à -140°C, alors que la plupart des études sont réalisées à -110°C. De même, les chambres cryogéniques sont plus souvent testées que les cryosaunas. Le contrôle régulier de la fréquence cardiaque avant et après les séances enregistre une augmentation immédiate d’une dizaine de pulsations par minute qui se rétablit très rapidement. De même, la tension artérielle augmente systématiquement de 10 à 20 mmHg après la séance, cette différence affectant plus la tension systolique. Les résultats montrent une variabilité de la fréquence cardiaque, qui diminue immédiatement après le passage dans le cryosauna, pour se redéployer dans les heures suivantes (Fig. 13).

 

Le suivi biologique réalisé au départ des Tours, puis après 10 jours et en fin d’épreuves, porte sur l’hématologie, le bilan hormonal, le statut vitaminique et le bilan minéral. Il ne permet pas de mettre en évidence des variations significatives par rapport à l’expérience que nous avons de ce type d’épreuve avant de disposer de la CCE. En particulier, aucune modification ne laisserait penser qu’il existerait une stimulation assimilable à une technique dopante. Nous ne constatons aucune modification significative de l’hématocrite, de l’hémoglobine, du taux de réticulocytes, de la cortisolémie, de la testostérone, des statuts vitaminique et minéral et des oligo-éléments.

 

Les effets positifs que nous constatons concernent la récupération posttraumatique et la fatigue de fin de Tour. Pour ce qui est de la traumatologie, les délais de récupération sont indiscutablement raccourcis et la résorption des hématomes est accélérée. S’il est difficile de juger de l’impact de la CCE sur la fatigue pendant le Tour, en raison d’un trop grand nombre de variables qui interviennent, à l’unanimité les coureurs constatent que l’après-Tour est beaucoup moins pénible que ce qu’ils avaient pu connaître avant la pratique de la CCE, ce qui justifie à leurs yeux de renouveler annuellement l’expérience.

Conclusion

L’expérience de terrain de l’équipe cycliste de la Française des Jeux, validée sur trois saisons, dont cinq grands Tours, renforce l’impression que la CCE trouve sa place dans l’accompagnement des athlètes en compétition. Il se confirme que c’est un outil qui améliore leur récupération, tant en post-traumatique qu’au niveau de la fatigue physique et psychologique liée à la compétition. Les règles de l’éthique sportive sont respectées, aucune amélioration de la performance n’est objectivée. Il n’y a pas d’effet délétère, les séances sont bien tolérées par la totalité des sportifs. Nous confirmons qu’une dizaine de séances minimum est souhaitée pour en tirer un bénéfice. L’évaluation scientifique de l’impact réel sur la performance reste à codifier. Les différentes publications disponibles ne permettent pas de trancher.

Elles sont trop hétérogènes, tant sur :

  • le type de sport (endurance, résistance, vitesse, force) ;
  • le nombre de séances (total et quotidien) ;
  • la température optimale des séances ;
  • la durée des séances ;
  • le moment d’intervention, en précompétition et post-compétition ;
  • les paramètres à évaluer ;
  • l’existence ou non de groupes témoins.

Investissement

• Coût d’unité mobile complète : 75 000 € HT

• Coût du cryosauna seul : 39 000 € HT

• Coût de revient moyen par passage individuel : 45 €

• Coût forfaitaire d’une semaine = 3 600 € HT

Figure 13 – Enregistrement HRV pré- et post-cryothérapie. A- Pré-cryothérapie. B – Post-cryothérapie immédiat. C – Lendemain des trois séances de cryothérapie. D – Lendemain de quatre séances.