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Dossier : Troubles digestifs : quelles spécificités chez le sportif ?

Manifestations ischémiques et hémorragiques

Manifestations ischémiques et hémorragiques

Clinique

Même si elles restent rares, les hémorragies digestives doivent toujours être prises en compte, car elles représentent toute la gravité des problèmes digestifs.
Se révélant de manière plus prononcée en compétition, elles peuvent survenir pour un effort moindre chez des sujets peu entraînés. Elles se manifestent pendant ou immédiatement après l’épreuve par un méléna et/ou plus rarement une hématémèse, une diarrhée sanglante ou des rectorragies, précédées dans plus de la moitié des cas par des prodromes (douleur épigastrique, diarrhée) (10). Les athlètes de haut niveau ne sont pas épargnés.
Ces différentes extériorisations hémorragiques représentent donc un facteur de gravité nécessitant une hospitalisation rapide pour une prise en charge tant étiologique que thérapeutique. Le tableau clinique, dépendant de l’atteinte digestive initiale, est souvent polymorphe : il peut être normal ou au maximum se présenter sous forme d’un infarctus mésentérique. Le recours rapide aux examens complémentaires apparaît alors indispensable, essentiellement radiologique, plus rarement endoscopique.

Explorations endoscopiques

L’intérêt des examens endoscopiques est, outre d’évaluer la gravité et l’étendue des lésions, d’éliminer toute autre atteinte induite par une automédication antalgique (aspirine, AINS). L’origine du saignement n’est pas toujours retrouvée puisque les lésions régressent spontanément en moins de trois jours.
Ceci explique la fréquente négativité des bilans endoscopiques réalisés au-delà du troisième jour suivant l’épisode hémorragique (10).

Physiopathologie

À l’extrême et lors d’un effort submaximal (soit pour une chute du débit splanchnique supérieure à 80 % de sa valeur normale), l’hypovascularisation par vasoconstriction
des territoires mésentériques peut être suffisamment marquée pour occasionner des épisodes ischémiques prolongés.
Certains facteurs individuels (état colique antérieur, sexe, âge, niveau d’entraînement, déshydratation, hypoglycémie ou hyperthermie) et propres aux conditions de déroulement de l’activité sportive (lieu de la compétition, altitude, chaleur) peuvent contribuer à majorer cette ischémie.
L’ischémie induite occasionne une disparition du réseau capillaire de la muqueuse et laisse place à la formation de lésions muqueuses érosives, ulcérées et nécrotiques.
C’est à l’arrêt de l’effort et lors de la redistribution vasculaire splanchnique que surviendront les phénomènes hémorragiques.

Coloscopie

En raison de leur mécanisme et du type de vascularisation colique, les dommages se localisent essentiellement au niveau du cæcum, du côlon droit et de l’angle gauche. Cependant, des atteintes atypiques ont été constatées sous forme d’atteinte pancolique ou isolée du rectum.
Réalisée précocement, l’endoscopie révèle des pétéchies et des érosions puis, ultérieurement, des ulcérations avec réparation ad integrum des lésions en moins d’une semaine.

Gastroscopie

L’atteinte est essentiellement gastrique sous forme de gastrite érosive ou ulcéro-nécrotique fréquemment associée à une oesophagite peptique (10, 11). Ces lésions survenant lors de la réalisation d’effort peuvent positiver la mesure de la concentration de l’hémoglobine fécale (Hemoccult®) qui se négativera à distance de l’arrêt de l’exercice ou par la prise de manière prophylactique d’antiacide (11, 12).

Traitement

L’hospitalisation paraît nécessaire tant pour corriger les désordres métaboliques que pour assurer une surveillance étroite dès les 48 premières heures : l’évolution s’avère rapidement favorable sous traitement symptomatique et le recours à un geste chirurgical s’avère très exceptionnel.
Une revue exhaustive de la littérature (13) fait état de quinze cas d’atteinte ischémique colique imputable à une activité sportive (quasi exclusivement par la course à pied de longue distance) dont cinq ont nécessité un geste chirurgical. Depuis cette publication, un nouveau cas a été décrit (14).
Il n’existe aucune attitude consensuelle quant à la conduite ultérieure : l’attitude pragmatique consisterait à suspendre les activités d’endurance ou à les maintenir à un rythme « modéré ».
En pratique, il est cependant illusoire de pouvoir envisager une telle attitude chez des sportifs aguerris à ce type d’épreuve, surtout pour des athlètes de haut niveau, et ce d’autant plus que le suivi de ces patients n’a jamais fait état de récidive ultérieure.