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Dossier : Sports et grossesse

Partie 3 : les effets bénéfiques de l’activité physique chez la femme enceinte

Pour toutes les femmes enceintes, l’activité physique adaptée et individualisée avant et pendant la grossesse améliore de nombreux paramètres dans les domaines physique et psychologique.

A- Activité physique et qualité de vie pendant la grossesse

Chez la femme enceinte, l’activité physique adaptée concernant le renforcement musculaire lombo-abdominal permet de diminuer l’incidence des lombalgies (2, 4, 6).

L’activité dynamique améliore le retour veineux et diminue l’incidence des varices, des thromboses veineuses et des œdèmes des membres inférieurs (1, 2, 4-6, 16).

L’activité physique permet aussi à la femme enceinte de garder son autonomie et, par là, de maintenir son bien-être psychologique en sauvegardant image et estime de soi (17).

Les troubles de l’humeur qui peuvent accompagner la grossesse (anxiété, dépression) sont atténués par la pratique d’une activité physique régulière et adaptée, notamment pendant le troisième trimestre (17).

B – Activité physique et limitation de la prise de poids pendant la grossesse

L’activité physique avant et pendant la grossesse peut être considérée comme la meilleure prévention d’une prise de poids excessive. Ce fait est souligné par l’ensemble de la littérature scientifique concernant le sujet. La limitation de la prise de poids se fait essentiellement aux dépens de la masse grasse, la masse musculaire étant préservée chez les femmes actives et sportives (1-6, 16).

Une étude montre que l’activité physique poursuivie au cours du dernier trimestre a un impact important sur la prise de poids de masse grasse. Clapp compare l’évolution du poids total et de la masse grasse dans deux groupes de femmes sportives (3). Le premier groupe poursuit les activités sportives tout au long de la grossesse alors que le second groupe arrête toute activité physique au début de la grossesse. Pendant le premier et le second trimestres, il n’existe aucune différence significative entre le groupe de sportives assidues et le groupe de femmes inactives quant à l’augmentation du poids et de la masse grasse. Par contre, la différence apparaît au cours du troisième trimestre car le groupe qui poursuit les activités physiques présente, à la fin de la grossesse, une prise de poids moyenne de 13 kg alors que le groupe ayant cessé toute activité physique présente une prise de poids de 16,3 kg (3).

Nous pouvons conclure que, pour les femmes qui désirent reprendre rapidement leur poids d’avant la grossesse, comme pour les sportives intensives, professionnelles ou de haut niveau, il est essentiel de poursuivre une activité physique adaptée lors des trois derniers mois de grossesse. Enfin, en permettant la reprise rapide de toutes les activités, l’exercice physique facilite le retour au poids antérieur à la grossesse (1, 6, 16).

C – Activité physique et diabète gestationnel : un intérêt préventif et thérapeutique

Le diabète gestationnel est défini comme une intolérance au glucose reconnue ou diagnostiquée à l’occasion d’une grossesse. L’incidence du diabète gestationnel se situe autour de 4 % en population générale, mais peut évoluer jusqu’à 18 % chez les Indiens d’Amérique du nord (16, 18).
De nombreuses publications établissent que la pratique régulière d’une activité sportive avant et pendant la grossesse diminue l’incidence du diabète chez les patientes de poids normal, en surpoids ou obèses (1, 2, 5, 16, 18, 19).
Dempsey montre que l’incidence du diabète gestationnel est inférieure de 50 % chez les femmes ayant pratiqué dans l’année précédant la grossesse une activité modérée (supérieure à 4 heures par semaine) par rapport aux femmes ayant pratiqué une activité faible (inférieure à 4 heures par semaine) (18). Le risque de diabète gestationnel est inversement proportionnel à la perception de la difficulté des exercices réalisés par les femmes dans l’année précédant la grossesse (19). Ces deux études s’accordent à montrer que l’exercice pratiqué de manière modérée ou intensive dans l’année précédant la grossesse est protecteur quant à la survenue d’un diabète gestationnel.
L’incidence du diabète gestationnel chez les patientes enceintes et de poids normal diminue aussi en cas d’activité physique régulière. Ainsi, l’activité physique pendant les vingt premières semaines de la grossesse permet de diminuer de 60 % l’incidence de survenue d’un diabète gestationnel chez les femmes actives par rapport aux femmes inactives (16, 18). Les différentes études invoquent la préservation de la masse musculaire par l’activité physique pour expliquer la prévention du diabète gestationnel (1, 5, 16, 18, 20). Certaines études précisent que les exercices à proposer doivent être prioritairement des exercices d’endurance réalisés à une intensité faible située entre 30 et 55 % de la VO2max (1, 5, 16). Une autre étude montre que les exercices de renforcement musculaire et de musculation sont les plus efficaces pour faire baisser les marqueurs de l’insulinorésistance et le taux de glucose sanguin (20).
En cas de survenue d’un diabète gestationnel, les activités physiques et sportives ne doivent pas être déconseillées car elles ont un réel intérêt thérapeutique sur la prise en charge de cette pathologie.

L’activité physique durant la grossesse prévient des prises de poids excessives.

Les contre-indications

Les sociétés savantes internationales décrivent précisément les différentes contre-indications médicales ou obstétricales absolues et relatives à la pratique de toute activité physique ou sportive en cas de grossesses à risque ou de grossesses pathologiques (1, 5, 6). Cette liste, qui ne se veut pas exhaustive, correspond aux situations pathologiques les plus fréquentes.

 

Les contre-indications absolues :

• Cardiopathie avec retentissement hémodynamique
• Insuffisance respiratoire
• Béance cervico-isthmique
• Grossesses multiples
• Antécédents d’accouchement prématuré
• Hémorragies génitales
• Placenta praevia après 26 semaines d’aménorrhée
• Cerclage du col utérin
• Menace d’accouchement prématuré
• Rupture prématurée des membranes
• Pré-éclampsie

 

Les contre-indications relatives :
• Anémie sévère
• Arythmie maternelle
• Bronchite chronique
• Diabète de type 1 mal contrôlé
• Obésité
• Sédentarité ancienne et majeure
• Pathologies articulaires avec limitation importante de la mobilité
• Anorexie et maigreur avec IMC inférieur à 12 Kg/m2
• Retard de croissance intra-utérin
• HTA mal contrôlée
• Tabagisme important
• Maladie thyroïdienne mal contrôlée
• Epilepsie mal contrôlée

 

 

American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG 2002 et 2003) ; Sports Medicine Australia (SMA 2002) ; Académie Canadienne de Médecine du Sport (ACMS 2003).

D- Activité physique et pré-éclampsie : un intérêt préventif

La diminution de l’incidence de la pré-éclampsie chez les patientes ayant une activité physique en cours de grossesse a été démontrée dès la fin des années 80. Les différentes recommandations internationales insistent sur le fait que l’activité physique modérée, avant et pendant la grossesse, prévient la survenue de pré-éclampsie (1, 6). Une étude montre que l’activité physique en début de grossesse diminue le risque de pré-éclampsie de 35 % (24 % si activité faible, 54 % si activité moyenne) (21). Cette même étude révèle que l’activité physique dans l’année qui précède la grossesse diminue également de 30 % le risque de pré-éclampsie.

Les mécanismes invoqués sont les suivants : amélioration du développement du placenta et de sa circulation, réduction du stress oxydatif, diminution de l’inflammation et réduction des maladies associées à la dysfonction endothéliale (16). Par contre, toute activité sportive doit être proscrite en cas de prééclampsie avérée et non stabilisée par les thérapeutiques (1, 2).