Dossier : Nouvelle approche thérapeutique des tendinopathies d’Achille

Polémique et PRP

Plutôt que de tomber dans le manichéisme, essayons d’évaluer les arguments qui plaident en faveur de cette technique et les arguments qui plaident contre. Parmi les arguments pour, on peut citer la connaissance de la biologie, de la physiologie de la réparation tissulaire et le fait que les facteurs de croissance agissent tous physiologiquement dans les processus de cicatrisation. L’idée de pousser ces facteurs de croissance est donc une bonne hypothèse. En revanche persistent de nombreuses inconnues sur le timing et le séquençage chronologique de la cicatrisation. À quel moment chacun de ces facteurs de croissance intervient-il au mieux ?

Ainsi, les différents kits commercialisés, ayant chacun des concentrations différentes en facteurs de croissance, auraient peut-être un rôle complémentaire à jouer, selon la phase de cicatrisation et le statut Doppler du tendon. Seules les études sur modèles animaux permettront d’améliorer la connaissance de ces notions.

Pourquoi ces discordances lors des études randomisées ?

Quel que soit le type d’injection, y compris de sérum physiologique, il n’y a pas de placebo, car toute injection du tendon ou agression mécanique va générer la synthèse de TGF bêta par le tendon lui-même, induisant le recrutement de cellules de la moelle, elle-même inductrice d’une néovascularisation par, entre autres, la libération du VEGF.

Enfin, très peu d’études de la littérature respectent actuellement les indications et contre-indications en fonction de l’anatomopathologie et du type d’agression. De fait, seront inclus dans les résultats de PRP non seulement les cas où ceux-ci n’auront apporté aucune amélioration, mais aussi, parfois, les cas où les PRP auront aggravé la symptomatologie clinique. À l’inverse, on ne retrouve pas d’iatrogénie de l’injection de sérum physiologique. En conclusion, l’idée est bonne, mais de nombreuses inconnues supposent une approche prudente et réfléchie de cette technique, en se méfiant des pourfendeurs comme des inconditionnels.

Au final, il s’agit d’une biothérapie autologue, riche en facteurs de croissance, dont les résultats sont prometteurs, sous réserve d’une bonne indication dépendant du type de lésion et du type d’agression. Persistent encore des inconnues dans la physiopathologie de la cicatrisation tendineuse qu’il convient d’approfondir.