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Dossier : LA FATIGUE CHEZ LES SPORTIFS DE HAUT NIVEAU

Prélude : entretien avec Laurent Schmitt

Avant de passer au dossier sur la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), nous avons posé quelques questions à Laurent Schmitt pour situer et cadrer le sujet. 

Dr Gérard Nicolet : Laurent, on parle beaucoup de VFC, mais quelle définition en donner ?

Laurent Schmitt : La VFC, c’est l’étude de la variabilité de la fréquence cardiaque, aussi appelée HRV (heart rate variability). Cette VFC est représentée par les variations en millisecondes qui séparent les ondes R (intervalles R-R) entre chaque complexe ECG d’un enregistrement de la courbe de fréquence cardiaque.

Est-ce un effet de mode ? Un outil très utile pour l’entraîneur ? Ou les deux à la fois ?

Probablement les deux à la fois. Depuis 2000, les publications sur le sujet sont considérables avec des objectifs très variés : effets sur l’entraînement, la fatigue, le stress, le système cardiovasculaire, la mortalité, l’alimentation, la méditation, l’hypoxie… Les études concernant le sport sont très vulgarisées dans certaines revues, ce qui est la cause probable d’une simplification excessive et d’un effet de mode indiscutable. Depuis quelques années, l’intérêt des chercheurs et des entraîneurs sportifs pour la mesure de la VFC et les informations qu’elle apporte est important.

Quelles sont les attentes du chercheur et de l’entraîneur concernant la VFC ?

L’analyse de la VFC est pour le chercheur un moyen innovant d’étudier le système nerveux autonome par une méthode non invasive, immédiate et individuelle. Pour l’entraîneur, c’est le moyen de mesurer la charge interne d’entraînement du sportif par rapport à la charge externe qui lui est proposée. Elle donne des indications sur la capacité du sportif à supporter l’entraînement, sur ses évolutions physiologiques et permet d’individualiser l’entraînement. Elle permet une détection précoce de la fatigue, une caractérisation de cette fatigue et donc la possibilité de proposer des remédiations adaptées au type et à la sévérité de la fatigue.

Par quels moyens peut-on enregistrer, analyser et comprendre la VFC ?

L’enregistrement se fait au moyen d’un cardiofréquencemètre qui mesure les intervalles R-R. La première étape de l’analyse est une analyse visuelle de la courbe de fréquence cardiaque, puis la deuxième étape consiste, à l’aide de logiciels, à mesurer des indicateurs liés au type d’analyse, qui peut être temporelle ou fréquentielle. Dans l’analyse fréquentielle, on détermine des bandes de fréquences qui vont représenter l’énergie de certains fonctionnements physiologiques. L’analyse est globale et complexe, elle nécessite une compréhension physiologique des phénomènes sous-jacents et pas uniquement la simple lecture de résultats donnés par les logiciels.

Finalement, peut-on dire que l’étude de la VFC permet de mieux suivre l’athlète ?

Tout à fait. Elle permet un suivi écologique de l’athlète en situation réelle d’entraînement de manière non invasive, sans amener de contrainte au déroulement de la journée du sportif et en apportant des indications immédiates. Cela permet également à l’athlète de mieux se connaitre.