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Dossier : Les activités physiques et sportives à 50 ans

Programme 1 – Bouger pour maigrir : lutter contre la sédentarité et augmenter la dépense énergétique

Introduction

Médecins généralistes et médecins du sport sont très souvent questionnés par leurs patients sur les bénéfices de l’activité physique et les modalités d’une reprise sportive. Les motivations pour quitter un comportement sédentaire et les objectifs à la pratique d’un exercice physique sont très hétérogènes. Cet article didactique tente de donner des pistes pratiques aux médecins qui souhaitent conseiller et accompagner leurs patients vieillissants dans les activités physiques et sportives. Trois tableaux sont proposés : la prise en charge d’un sédentaire déconditionné à l’effort, les orientations à proposer chez un actif qui souhaite améliorer sa condition physique avec un objectif de santé, la signature d’un certificat de non contre-indication à la compétition chez un sportif à risque.

L’OMS définit l’activité physique comme « tout mouvement corporel produit par la contraction des muscles squelettiques entraînant une augmentation d’énergie au-dessus de la dépense de repos ». Il s’agit d’une définition de santé publique qui vise à équilibrer apports et dépenses énergétiques en augmentant ces dernières. L’éducation nutritionnelle devrait permettre de régulariser ces apports énergétiques, l’objectif essentiel étant de limiter la prise de poids. Les méthodes d’évaluation de cette activité physique se situent au niveau de la quantification de l’énergie dépensée au cours des différentes activités journalières. Les critères de suivi les plus habituels sont les suivants : calorimétrie, équivalents métaboliques (MET), anthropométrie (poids total, IMC, périmètre abdominal, masse maigre, masse grasse).

Objectif : augmenter l’activité physique (1-4)

 

L’objectif du premier programme national santé (PNSS) était d’« augmenter l’activité physique quotidienne par une amélioration de 25 % du pourcentage de sujets faisant l’équivalent d’au moins trente minutes de marche rapide par jour ». Ces objectifs ont évolué, et c’est une quantité globale sur la semaine qui est à présent recommandée du fait de l’absence de données scientifiques justifiant l’intérêt de pratiquer quotidiennement. Par exemple, pour les adultes, les recommandations sont formulées de la manière suivante : « pratiquer au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine ou bien au moins 75 minutes d’activité physique d’intensité élevée par semaine ou bien, si possible, combiner ces deux types d’activité physique ».

Méthodes

Evaluer l’activité physique

Les méthodes d’évaluation de l’activité physique sont nombreuses mais, en pratique et au cabinet du médecin, les outils les plus utilisés sont les questionnaires et la podométrie quotidienne.

 

Evaluer la durée et l’intensité de l’activité physique des patients : le GPAQ (5)

Le General Practice Activity Questionnaire (GPAQ) a été développé par l’Organisation mondiale de la santé et comporte seize questions sur la pratique de l’activité physique et sur la sédentarité au cours d’une semaine habituelle. Par “activités physiques au travail”, on entend les travaux rémunérés, le bénévolat, le travail non déclaré mais aussi les tâches ménagères, le jardinage et le bricolage. Six questions suffisent pour mieux connaître les durées et les intensités d’activités physiques chez un patient professionnellement actif. Trois questions similaires concernent les déplacements et six questions l’exercice au cours des loisirs. Une question concerne le comportement sédentaire : « combien de temps passez-vous en position assise ou couchée lors d’une journée habituelle ? »

Ce questionnaire est, depuis 2004, très largement utilisé par nos confrères du Royaume-Uni ou Nordaméricains pour évaluer les activités physiques de leurs patients. Avec un peu d’habitude, il suffit de quelques minutes pour avoir une idée précise et objective des comportements visà- vis de la sédentarité ou de l’activité physique.

 

La podométrie

Porter un podomètre permet de connaître une valeur approximative du nombre de pas au quotidien et de la distance parcourue. Les résultats doivent tenir compte d’une marge d’erreur souvent élevée du fait de la variabilité de l’amplitude du pas. L’échelle de Tudor-Locke (2004) évalue l’activité physique à partir du nombre de pas quotidiens, soit pour un adulte :

• 5 000 pas par jour ou moins : mode de vie inactif ;

• entre 5 000 et 7 499 pas par jour : faiblement actif ;

• entre 7 500 et 9 999 pas par jour : modérément actif ;

• 10 000 pas et plus par jour : actif ;

• autour de 12 500 pas par jour : très actif.

Pour les adeptes de la technicité, des podomètres logiciels s’installent sur les téléphones mobiles ayant un accéléromètre et en utilisent les capacités GPS pour permettre la mesure des distances. Sur ce type d’appareils, la saisie du poids permet de connaître le nombre de calories approximativement dépensées.

Résultats : le BSN 2008 (6)

 

Le Baromètre Santé Nutrition (BSN) est un outil de suivi du Plan national nutrition santé (PNNS) mis en place en 2 000 et qu’il est prévu de poursuivre jusqu’en 2013. Ce Baromètre Santé Nutrition est un dispositif d’enquête national conduit par l’Institut National de Prévention et d’Education à la Santé (INPES). Son objectif est d’étudier les comportements, les attitudes et les perceptions de la population française sur les sujets liés à la nutrition et à l’activité physique.

Le Baromètre Santé Nutrition et les excellentes exploitations faites au niveau régional montrent bien les inégalités de santé et les comportements différents face à l’activité physique en général et à l’exercice physique pour la santé. Cette étude nous permet de scinder trois populations : une population active chez qui l’essentiel de l’activité physique se situe dans le cadre du travail et parfois à des niveaux de durée et d’intensité importants (25 à 30 %), une population sportive chez qui l’activité physique et sportive est programmée à l’occasion des loisirs (18 à 25 % selon les régions), une population majoritaire (45 % et plus) considérée selon les critères internationaux comme sédentaire ou modérément active car ne pratiquant aucun sport et ne faisant aucune activité physique ni au travail, ni lors des déplacements (encadré 1).

Encadré 1 – Activité physique et déplacements actifs : un voeu pieux.

Cinq régions, Ile-de-France, PACA, Nord-Pas-de-Calais, Languedoc-Roussillon et Haute-Normandie, ont édité un cahier spécial intitulé Activité physique et sédentarité dans lequel sont décrits précisément tous les résultats des extensions régionales du Baromètre Santé Nutrition 2008 concernant l’activité physique et la sédentarité.

Dans les quatre régions de province, la proportion d’habitants concernés par l’activité physique lors des déplacements et qui déclare faire habituellement des trajets d’au moins dix minutes à pied, à vélo ou en roller est très superposable : 53,3 % en PACA, 53,6 % en Haute-Normandie, 56 % en Languedoc-Roussillon, 56,4 % en NPDC. En Ile-de-France, la proportion de l’activité physique liée aux déplacements est plus importante puisque deux Franciliens sur trois sont concernés : 68,3 % des Franciliens déclarent faire habituellement des trajets d’au moins dix minutes à pied, à vélo ou en roller. Il s’agit là d’une proportion significativement plus importante que la moyenne en province (51,8 %). Ces statistiques n’incitent pourtant pas à l’optimisme car elles signifient que près d’un Français sur deux ne fait jamais de déplacements actifs de plus de 10 minutes par jour !

Discussion : pourquoi cela ne marche (presque) jamais ?

 

Les freins à la mise en place d’une activité physique régulière et adaptée sont nombreux. Ils peuvent venir du sédentaire résigné, mais aussi de la faible implication des professionnels de la santé et du sport. Le manque de structures sportives adaptées de proximité est aussi un argument pour les inactifs irréductibles.

 

Freins comportementaux

Chez un sédentaire la faible motivation à augmenter sa dépense énergétique est associée au faible plaisir perçu à pratiquer les activités physiques. Le précepte « bouge-zvous la santé » est perçu comme une contrainte qui ne fera que renforcer le patient dans son incapacité à appréhender le mouvement.

 

Freins motivationnels

Une demi-heure de marche active par jour représente à peine une dépense énergétique de 200 kilocalories ce qui est sans doute trop peu pour avoir un impact sur les indicateurs de suivi anthropométriques (poids total, périmètre abdominal, IMC), médicaux (tension artérielle) ou biologiques (lipides sanguins, hémoglobine glyquée). Faute de critères d’amélioration rapide et de résultats tangibles, la motivation du sédentaire à se bouger va vite s’essouffler.

 

Freins physiologiques

L’objectif de maigrir est toujours mis en avant pour mettre en place une activité physique régulière et adaptée. Mais il faut 70 heures d’activités physiques à intensité moyenne pour perdre un kilogramme de masse grasse (1, 3). On comprend le découragement du sédentaire à qui il faudra, au rythme de 3 heures d’activités physiques et sportives (APS) par semaine, plus de 20 semaines pour commencer à perdre du poids…

 

Freins financiers

L’absence de prise en charge par les organismes sociaux d’une partie des frais occasionnés par l’activité physique est un frein pour la population sédentaire et plus encore pour les patients atteints de maladies chroniques.

 

Freins médicaux

Les freins à l’activité physique peuvent aussi venir des différents professionnels de santé. Le manque de connaissance ou de temps pour conseiller les activités physiques, la surprotection et parfois même les messages médicaux négatifs, conscients ou inconscients, n’incitent pas les patients à développer une activité physique régulière.

Conclusion

 

Les différentes méthodes tentant de motiver sédentaires et patients en surpoids à augmenter leur dépense énergétique n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. Les conclusions du baromètre santé nutrition 2008 montrent bien les limites de ce type de fonctionnement. L’intégration des activités physiques à travers l’éducation thérapeutique et le parcours de soin des patients serat- il plus efficient ? On peut en douter. Les intellectuels de terrain que sont les médecins du sport et les médecins généralistes craignent toujours de perdre du temps et de l’énergie. Passons donc au programme suivant.

Pour la pratique, on retiendra :

 

  •  Toutes les études montrent que les activités physiques régulières sont bénéfiques pour la santé. Pourtant un Français sur deux ne pratique aucun sport et ne fait aucune activité physique ni au travail, ni lors des déplacements.
  • Les freins à la pratique d’une activité physique adaptée et régulière sont nombreux. Les identifier est un premier pas pour tenter de motiver les sédentaires à pratiquer une activité physique régulière.
  • Pour un patient sédentaire qui souhaite perdre du poids, est-il judicieux de lui apprendre qu’il faut 70 heures d’activités physiques à intensité moyenne pour perdre un kilogramme de masse grasse ?