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Dossier : Les activités physiques et sportives à 50 ans

Programme 3 – Pratiquer le sport avec des objectifs de performance ou de compétition : est-ce bien raisonnable ?

Nous sommes face à un sportif de 50 ans qui aime la compétition et souhaite poursuivre ou commencer un sport pour être performant. Attention, il s’agit d’un sportif à risque sur le plan traumatologique et sur le plan vasculaire.

 

 

Objectif : un véritable bilan de non contre-indication

 

Chez ce type de sportif, la signature du certificat de non contre-indication à la pratique du sport en compétition engage souvent la responsabilité du médecin en raison des risques d’accidents coronariens aigus. Si l’exercice physique a des effets bénéfiques indéniables sur la santé, le sport à haute intensité va accroître le risque d’accidents cardiovasculaires. Mais si les risques vasculaires sont au premier plan, les risques osseux et articulaires ne doivent pas être négligés.

 

 

Méthodes (1-3)

 

La consultation pour l’obtention du CNCI est l’occasion de mettre en place un véritable bilan de non contre-indication. Les recommandations concernant le contenu du bilan cardiovasculaire chez ce type de sportif sont claires et précises.

 

L’interrogatoire est incontournable

L’interrogatoire est essentiel à la recherche d’antécédents familiaux ou personnels de facteurs de risque. Or, les prodromes sont très souvent négligés par les sportifs et plus particulièrement par les compétiteurs de plus de 50 ans qui, dans plus de 40 % des cas, ne les respectent pas. L’interrogatoire doit systématiquement rechercher la notion de malaise, de perte de connaissance, de douleur thoracique, de palpitations, de fatigue ou d’essoufflement inhabituel pendant ou après un effort. Le questionnaire à visée cardiovasculaire recommandé par la Société Française de Médecine du Sport est un support très intéressant.

 

Un examen clinique centré sur l’évaluation morphostatique

Auscultation cardiaque, recherche de la symétrie des pouls et prise de la tension artérielle aux deux bras font partie de l’examen clinique à visée cardiovasculaire. Un bilan articulaire des douleurs, des amplitudes, de la souplesse, de la force et de la stabilité doit être systématisé au niveau du rachis et des articulations à risque au vu du sport pratiqué. Les contraintes ostéo-articulaires subies vont pouvoir aggraver les phénomènes arthrosiques débutants. Les conseils de prévention pour éviter surmenage articulaire et technopathies vont découler de cet examen clinique.

L’interrogatoire et l’examen clinique sont indispensables pour signer le certificat de non contre-indication.

Résultats : identifier les facteurs de risque et les sportifs à risque (4-6)

Facteurs de risque

Devant la vogue actuelle du sport après 50 ans, de nombreux travaux rappellent que le risque d’accidents coronariens aigus est corrélé aux activités physiques intensives et aux facteurs de risque. Avoir 50 ans et être de sexe masculin, c’est déjà cumuler deux facteurs de risque. Dans cette population, les autres facteurs de risque (HTA, surpoids, diabète, hyperlipidémie) sont souvent présents et ont un impact négatif supplémentaire. Tous les auteurs s’accordent pour écrire que le tabagisme actif, ancien ou récent, est le facteur de risque à prendre en compte en priorité. Dans ces condi-tions, faut-il encore signer un certificat de non contre-indication à la pratique sportive en compétition chez un fumeur de 50 ans ?

 

 

Sportifs à risque

En pratique, il est possible de scinder deux types de population.

– Le sportif de 50 ans, qui n’a jamais cessé de pratiquer sports et activités physiques, dont la culture sportive est ancrée, respectant depuis toujours les “éducatifs” concernant l’échauffement, l’intensité de l’exercice, le retour au calme. Pas de facteurs de risque autres que son âge. ECG et épreuves d’effort sont normaux. Chez ce type de sportif, les risques d’accidents coronariens aigus existent mais sont très faibles. La poursuite du sport en compétition ne peut être que bénéfique car elle est encadrée par un entraînement régulier et adapté.

– Le sportif de 50 ans qui a commencé tardivement le sport, compétiteur peu acculturé aux “éducatifs” et chez qui les facteurs de risque s’additionnent. ECG de repos et épreuve d’effort peuvent être normaux, le risque d’accident coronarien est réel surtout si ce sportif a été un fumeur actif pendant plus de 10 ans. Pour cette population, certains auteurs recommandent d’envisager des explorations coronariennes complémentaires (coronarographie, IRM) avant de signer tout certificat de non contre-indication (4).

 

 

Obligation d’information et conseils de respect des bonnes pratiques

Pour cette population à risque, l’information est un facteur essentiel de prévention. Le cardiofréquencemètre est un excellent outil d’éducation au sport et à la santé. Son achat doit être fortement recommandé et permettra d’éviter au sportif de travailler dans les intensités sousmaximales et maximales. Les recommandations (10 règles d’or) édictées par le Club des Cardiologues du Sport peuvent être commentées en présence du sportif et remise au patient sur un support papier. Une double information, orale et écrite, est un gage de sécurité juridique. Les conseils d’adaptation de l’entraînement concernent essentiellement l’échauffement, l’hydratation et le retour au calme. Le tabac est proscrit avant et après l’entraînement ou les compétitions.

 

Les conseils de modération concernant la prévention du surmenage ostéo-articulaire et de ses conséquences, notamment au niveau des articulations portantes et du rachis, pourraient être les suivants : varier les durées et les surfaces d’entraînement, les types de sport en alternant sports portés (natation, cyclisme) et sports avec impacts au sol, ne pas oublier la préparation physique générale et la musculation légère, choisir chaussures et matériel adéquat avec soin.

 

 

 

Conclusion

Du fait du vieillissement de la population, les sportifs compétiteurs de plus de 50 ans représentent une part non négligeable des consultations de prévention en médecine et en médecine du sport. L’objectif non négociable de la consultation est un véritable bilan de non contre-indication centré sur le cardiovasculaire. Les différents facteurs de risque, et notamment le tabagisme, peuvent faire discuter fortement l’intérêt de la pratique du sport en compétition.

Pour la pratique, on retiendra :

 

  • ECG de repos et épreuve d’effort maximale doivent être envisagés systématiquement chez un sportif compétiteur de plus de 50 ans.
  • Méconnaissances des règles de bonnes pratiques et tabagisme actif, ancien ou récent, sont deux facteurs de haut risque pour la survenue de syndromes coronaires aigus.
  • « Qui veut aller loin ménage sa monture ». Les conseils de modération concernant les quantités d’entrainement et les conseils d’alternance pour les types de sport ont pour objectif d’éviter le surmenage articulaire et de retarder la survenue des pathologies micro-traumatiques.