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Dossier : Activités physiques et pathologies chroniques

Recommandations internationales d’activite physique en prévention primaire et tertiaire du cancer du sein et du côlon

Les recommandations internationales d’activité physique pendant et après le traitement du cancer sont semblables à celles adressées à la population générale pour maintenir ou améliorer son état de santé (16). Elles sont résumées dans le tableau 2.

A – Définir l’intensité de l’exercice aérobie

Dans le cas de la prévention tertiaire du cancer, ce qui varie c’est la définition de l’intensité de l’exercice aérobie. En effet, contrairement à l’adulte en bonne santé, l’intensité ne peut être donnée en valeur absolue (3 à 6 METs) car parfois la condition physique peut être très basse et une intensité de 3 METs trop élevée. Une échelle de perception de la difficulté peut alors être utilisée (échelle visuelle en 10 points) et les exercices recommandés se situer entre 5-6 pour les exercices modérés et 7-8 pour les exercices intenses (Tab. 2). Il faut aussi intégrer des sessions de renforcement musculaire et de stretching (2 à 3 séances par semaines) à faible charge et faible incrémentation (17). Enfin, des exercices d’assouplissement sont à rajouter après chaque session d’exercice aérobie ou de renforcement musculaire. La fréquence et la durée sont les mêmes que dans la population en bonne santé. Il est bien entendu nécessaire de prendre en compte l’état de fatigue des patients avant de prescrire un programme d’activité physique. Dans tous les cas, la prescription doit être individualisée et mise en place de façon très progressive.Dans ces conditions, et pour reprendre la conclusion publiée dans le Lancet Oncology en décembre 2006, “l’activité physique est bien tolérée, sans effets indésirables et les oncologues devraient recommander l’activité physique à leurs patients après leur traitement” (16).

B – Quels risques liés à l’activité physique après traitement d’un cancer ?

En prévention tertiaire du cancer, outre les risques de récidives du cancer, les patients sont aussi à risques de fatigue chronique, perte de masse musculaire, prise de poids (la prise de poids moyenne après traitement d’un cancer du sein est de 2,5 kg, or la prise de poids est un facteur de mauvais pronostic). Enfin, ils ont aussi les mêmes risques que la population générale de développer des pathologies cardiovasculaires et/ou métaboliques (voire ils présentent un risque augmenté du fait de la sédentarité). N’oublions pas non plus les complications possibles liées aux traitements du cancer : lymphoedème pour le cancer du sein, cardiotoxicité et/ou neuropathie périphérique secondaires à la chimiothérapie. Bien qu’il reste encore de nombreux travaux à mener, les travaux publiés portent un niveau d’évidences scientifiques suffisamment élevé pour suggérer que l’exercice est bien toléré et sans effet indésirable. Le prérequis est que les patients aient obtenu l’accord préalable de leur cancérologue. Dans le cas de patients à risque élevé de toxicité cardiaque secondaire à la chimiothérapie utilisée, un bilan cardiaque complet doit être réalisé avant mise en place d’un programme d’activité physique. L’autre complication qui a souvent contre-indiqué toute activité physique chez la femme traitée pour un cancer du sein est le risque de survenue et/ou d’aggravation d’un lymphoedème. Pourtant plusieurs publications récentes montrent que le travail spécifique des membres supérieurs n’induit pas ou n’aggrave pas le lymphoedème (16, 18). Citons le travail de Schmitz (18) qui a porté sur des femmes traitées pour cancer du sein (radiothérapie, chimiothérapie et curage ganglionnaire pour la majorité d’entre elles) : 84 femmes dont 14 avaient un lymphoedème. Le programme de musculation s’étalait sur 6 ou 12 mois avec 2 séances de 1 h chacune par semaine. Le programme de musculation concernait les membres inférieurs et les membres supérieurs (% de 1 RM (nombre maximal de répétitions consécutives sur un exercice donné) avec 3 fois 8 à 10 répétitions par série) : au début les exercices se faisaient sans poids puis ensuite avec des lests aux poignets, la progression se faisant selon la symptomatologie. Aucune blessure grave n’a été relevée à 6 ou 12 mois et surtout il n’y a eu aucune aggravation du lymphoedème. Par contre les femmes ont eu un gain de masse musculaire de 1 kg avec une perte de masse grasse de 1 kg. Ces données rejoignent celles des autres études et permettent de conclure qu’il n’existe pas d’augmentation du lymphoedème dans les cancers du sein après un programme de réhabilitation par l’activité physique. Il semblerait, au contraire, qu’une activité physique adaptée permette de limiter ce risque.

L’activité physique doit être adaptée à chaque patient et suivie par un professionnel (et l’on revient sur la discussion du rôle encore non reconnu des éducateurs médico-sportifs c’està- dire d’un professionnel de l’activité physique adaptée aux pathologies chroniques). Il y a donc, dans ces conditions, très peu de contre-indications absolues à l’activité physique post-traitement d’un cancer.

A savoir

Il n’existe pas d’augmentation du lymphœdème dans les cancers du sein après un programme de réhabilitation par l’activité physique, y compris si le programme d’activité physique inclut un renforcement musculaire des membres supérieurs. Il semblerait, au contraire, qu’une activité physique adaptée permettre de limiter ce risque.