Dossier : Pathologie des sports de combat pieds-poings

La pratique-loisir

La durée des séances d’entraînement varie de 60 à 90 minutes selon les dojos. La fréquence hebdomadaire des entraînements est d’une à trois séances pour la majorité des pratiquants.
La séance d’entraînement comporte les mêmes séquences dans la plupart des clubs : échauffement, assouplissements, pratique technique, combat souple et renforcement musculaire ou exécution de « katas » avant le salut final.

Échauffement libre 

Dans la plupart des clubs, une période d’échauffement libre où chacun se prépare selon ses habitudes précède la séance avec le professeur. Ce sont surtout des étirements qui sont exécutés, avec recherche pour chaque articulation de l’amplitude maximale. S’y associent des exercices de dérouillage articulaire exécutés sur un mode dynamique : séries de flexions des genoux, des chevilles, des hanches, mouvements circulaires répétés des épaules et des poignets et mobilisations du rachis.

Échauffement en présence du professeur 

La séance proprement dite, en présence du professeur, commence par un échauffement. Il s’agit le plus souvent d’une course à allure modérée autour du dojo, entrecoupée de sauts en extension, d’accroupissements, de changements de direction et de phases d’accélération. Parfois, tous ces exercices sont exécutés sur place. L’échauffement dure en moyenne cinq minutes.

Étirements 

La deuxième partie de la séance d’entraînement, variable selon les habitudes des professeurs, comporte typiquement une série d’assouplissements en groupe, intéressant les articulations des trois secteurs corporels : membres inférieurs, rachis et membres supérieurs.
C’est un temps préparatoire à l’entraînement, qui mobilise les articulations dans leurs amplitudes maximales. Cette séquence sans grande difficulté apparente doit être parfaitement maîtrisée, car mal exécutée elle expose à des lésions musculaires ou tendineuses.

  • Étirement des membres inférieurs : les cinq principaux groupes musculaires sont concernés : le triceps sural, le quadriceps, les ischio- jambiers, les adducteurs et les psoas (Fig. 1-5). Il est également important d’étirer le rachis (Fig. 6). Par ailleurs, des étirements associant plusieurs secteurs peuvent être effectués (Fig. 7).
  • Étirement des membres supérieurs : dans ce secteur, la notion d’étirement est à relativiser. La mise en amplitude maximale ne nécessite pas de force élevée. Il s’agit plus de mobilisations actives globales, essentiellement des épaules, omnidirectionnelles, assimilables à un échauffement plutôt qu’à un étirement. Mais dans certains clubs, on s’acharne à étirer les épaules, les poignets et les doigts (Fig. 8 et 9).

Dans certains clubs, les professeurs font suivre immédiatement les étirements d’une séquence de renforcement musculaire abdominal avant de commencer les entraînements.
Dans d’autres dojos, cette séance de musculation est placée en fin d’entraînement.

La séance d’entraînement proprement dite

Sa durée varie de 30 à 45 minutes. Elle comporte des exercices techniques de frappe et de parade et elle sollicite de façon à peu près égale les membres inférieurs et les membres supérieurs.

Membres inférieurs : 3 exemples de coups de pied :

Le coup de pied de face Mae-geri (karaté) : lors de cette frappe vers l’avant, la hanche est en légère flexion, le genou en extension et la cheville en flexion plantaire lorsque la frappe se fait avec l’extrémité des orteils (Haisoku), ou en flexion dorsale pour la frappe avec la tête des métatarsiens, orteils relevés (Koshi) (Fig. 10). Cette technique ne comporte ni difficultés ni risques à l’exécution.
Le coup de pied arrière Ushirogeri (karaté) : la hanche se porte en extension maximale, le rachis en hyperlordose, le genou d’abord fléchi est en extension en fin de course et la cheville en flexion dorsale maximale (Fig. 11). La frappe se fait avec le talon. L’apprentissage et la maîtrise de ce coup de pied n’exposent pas à des risques particuliers. Le déficit d’extension de hanche chez certains, fréquent, est compensé par une hyperlordose lombaire.
– Le coup de pied latéral, circulaire, Mawashi-geri : le sujet de face monte le genou qui va frapper en abduction et flexion de hanche, puis la frappe s’exécute selon un mouvement circulaire qui amène le genou vers l’avant par adduction horizontale de la coxo-fémorale et rotation en pivot sur la hanche portante. Le pied frappe par sa face dorsale, cheville en extension plantaire (position Haisoku) (Fig. 12).
Ce mouvement complexe contraint l’articulation coxo-fémorale dans un premier temps en abduction, mouvement dont l’amplitude physiologique est très limitée (45°) avec un facteur de limitation capsulaire et osseux. Il n’y a aucune possibilité d’amélioration de l’amplitude de l’abduction vraie par les assouplissements. Ensuite, la hanche se déplace en adduction horizontale, sur la zone de la “bosse” de la tête fémorale dont la sphéricité n’est pas parfaite. Il se produit alors un “effet came” entre la tête fémorale et la cavité cotyloïde qui peut, selon le Dr Thierry Boyer, médecin du sport et rhumatologue à l’hôpital Bichat, conduire à la longue à une détérioration de l’articulation. Y a-t-il un rapport entre le nombre très élevé de coxarthroses relevé chez les professeurs de karaté et les pratiquants de haut niveau après 45 ans et la pratique de cette technique ? (thèse de Gérard Maléfant, Paris, 1998 : Étude de la coxarthrose chez les karatékas de haut niveau). La question reste ouverte, mais mérite d’être posée.

Membres supérieurs

En pratique martiale pieds-poings, on porte des frappes à l’aide du membre supérieur, mais on exécute aussi beaucoup de parades avec ce membre :

– Le coup de point direct, de face : le Oi-zuki est un coup de poing effectué à l’aide du poing situé du même côté que la jambe avant (Fig. 13), le Gyaku-zuki est effectué avec le poing situé du côté de la jambe arrière (Fig. 14). Cette frappe de poing s’exécute avec l’épaule qui passe de la position bras le long du corps à une élévation antérieure à l’horizontale. Le coude se met en extension, le poignet passe d’une position de supination à une position de pronation, verrouillé dans le prolongement du poing. Le poing est fermé avec le pouce recouvrant la deuxième phalange de l’index et du majeur. La zone de frappe se limite aux 2e et 3e têtes métacarpiennes (Kentos) (Fig. 15).
Bien exécutée, cette technique ne présente aucun danger, ni à court terme ni à long terme. L’épaule, verrouillée en position d’abaissement, n’expose pas le supra-épineux. Le coude est en extension, l’avant-bras dans le prolongement du bras, le poignet est en position intermédiaire, rigidifié par le poing fermé très fortement. Aucun doigt ne traîne.
L’exécution de cette technique demande une vigilance de tous les instants. Il faut éviter les frappes avec le coude fléchi ou le poing mal verrouillé (entorse du pouce).
– Les parades : les parades à l’aide du membre supérieur s’effectuent au niveau de l’avant-bras (Fig. 16). C’est la zone qui absorbe l’énergie de l’impact. La zone de plus grande résistance aux chocs se situe du côté de la moitié proximale de l’avant-bras (côté coude). La zone de plus grande fragilité, siège fréquent de fracture des deux os de l’avant-bras après 40 ans, se situe à l’union 2/3 proximaux, 1/3 distal.

Le renforcement musculaire (fin de séance) 

Parfois placé au début de la séance, souvent à la fin, il concerne toujours les abdominaux et parfois les membres supérieurs (pompes). Ces exercices sont toujours exécutés correctement en intensité. Le danger vient quelques fois de la position d’exécution qui devient un facteur de risque si elle est incorrecte. 

D’un point de vue purement physiologique, il est plus logique de placer le renforcement musculaire en fin de séance, pour bénéficier de la pré-fatigue de la séance et aussi diminuer le risque d’un manque de vigilance dû à la fatigue en cours de séance.

  • Les abdominaux : la position de décubitus dorsal offre a priori une sécurité totale pour le rachis lombaire si le secteur mobile est le buste et le point fixe, les membres inférieurs. Si le secteur mobile se trouve être les membres inférieurs, les risques rachidiens sont plus grands.
  • Les pompes : C’est le moyen traditionnel de renforcement des membres supérieurs, de tout temps et dans tous les dojos. Il se décline en de multiples variantes : coudes écartés ou coudes serrés le long du corps, sur les mains à plat, sur les poings, sur le bout des doigts, et enfin, pour les plus forts, sur un seul bras ou avec impulsion en extension et frappe dans les mains entre chaque pompe. C’est un vrai exercice de musculation. La charge est élevée, car il s’agit du poids du corps. Si elle est excessive, on peut travailler avec un, voire les deux genoux au sol. Les séries s’exécutent toujours jusqu’à la fatigue, critère absolu d’efficacité. La position de référence est la position de la planche : dos, fesses, membres inférieurs alignés, bras ouverts à 60° d’écartement du buste, poings fermés ou mains à plat.