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Dossier : Pathologie des sports de combat pieds-poings

Pathologies de la pratique-loisir

À chacune des étapes de la pratique, on s’expose à des incidents et accidents facilement évitables.

Pathologie de la pratique des étirements et des assouplissements 

Les étirements, ce n’est pas le grand écart à tout prix, comme le pensent encore de trop nombreux pratiquants. Les exercices d’assouplissement avec mouvements balistiques et recherche de gain d’amplitude de façon agressive conduisent parfois à des lésions musculo-tendineuses (Fig. 17). Les assouplissements avec partenaire exposent le plus aux accidents. Ces accidents peuvent aussi survenir pendant la séance, mais cela est rare.

Le siège privilégié de ces atteintes macrotraumatiques est presque toujours le membre inférieur : les adducteurs, les ischio-jambiers et le droit antérieur du quadriceps. Il s’agit d’un accident du sujet jeune qui, à l’occasion d’un exercice d’assouplissement forcé avec l’aide d’un camarade, va au-delà des limites de tolérance du muscle. L’accident est brutal, parfois peu invalidant dans les amplitudes intermédiaires, permettant la poursuite de la séance. Le sujet jeune, robuste, avec une souplesse moyenne, représente le morphotype prédisposant. C’est le candidat au profil idéal pour les claquages.

La lésion aux adducteurs est la plus difficile à récupérer, et peut parfois être invalidante pendant plusieurs mois. La gêne douloureuse survient lors des exercices dynamiques en position d’écartement latéral en abduction (coups de pieds latéraux). Le traitement passe par un programme intensif d’étirements avec l’aide d’un kinésithérapeute et des étirements quotidiens à domicile en complément.
La pratique régulière des étirements, à domicile, de 3 à 5 fois par semaine, pour progressivement gagner en amplitude, est le seul moyen de prévention des récidives.

L’atteinte des ischio-jambiers est parfois source de récidive itérative. La douleur initiale, brutale, invalidante, s’estompe rapidement et le muscle lésé (biceps, semi-membraneux ou semi-tendineux) est « masqué » par les deux autres muscles non lésés. En une semaine ou deux, la douleur a disparu. Une reprise prématurée, avant 6 semaines, sans réhabilitation du muscle, conduit inévitablement à la récidive.
La prévention passe par des étirements raisonnés dès la 3e semaine pour accompagner la fin de la cicatrisation et à partir de 4 à 6 semaines en complément, un renforcement musculaire des ischio-jambiers, en course externe, à débuter sous le contrôle d’un kinésithérapeute et à poursuivre à domicile pendant plusieurs mois, à raison de 3 à 5 fois par semaine, pour parfaire la récupération.

L’atteinte du droit fémoral (quadriceps) est peu fréquente. C’est plus un accident de freinage excentrique, lors du retour du membre inférieur d’un mouvement de frappe de jambe vers l’avant en hauteur (niveau visage) qu’un accident d’étirement. L’évolution de cette lésion est favorable spontanément dans la majorité des cas.
La lésion du droit fémoral est parfois l’occasion de découvrir qu’il s’agit d’un accident “d’étirements qui n’étirent pas”, autrement dit d’exercices d’étirement du quadriceps pratiqués par le combattant, mais totalement inefficaces.

L’illustration la plus classique est celle du sujet en position debout qui attrape sa cheville par la main du même côté et colle son talon à la fesse. Trois erreurs (corrigibles) lors de l’exécution de cet étirement expliquent le maintien en insuffisance active du droit fémoral et par conséquent l’inefficacité de cet étirement :

  1. La prise de la cheville à l’aide de la main du même côté entraîne un écartement en abduction du genou étiré, ce qui détend le droit fémoral.
    Position correcte : saisir la cheville avec la main opposée, voire les deux mains pour ceux qui n’ont pas de problèmes d’équilibre ou qui disposent d’un support.
  2. Le maintien du genou, côté étiré, en avant du genou porteur. L’absence d’extension de hanche permet au bassin de se maintenir en flexion de hanche et détend le droit fémoral.
    Position correcte : maintenir les 2 genoux accolés et mettre le genou étiré en position d’extension maximale.
  3. La durée insuffisante de l’étirement. La position, fatigante, est rarement maintenue pendant une minute. Le relâchement musculotendineux et l’adaptation des capteurs proprioceptifs ne se produisent pas sur les temps courts.
    Position correcte : maintenir la position pendant au moins une minute.Oubliez les étirements qui durent 30 secondes. La durée doit se situer entre une et deux minutes, en une ou plusieurs séquences. La cheville posée sur un dossier de banc ou un bord de table permet de tenir la position avec plus de facilité.

Une rupture totale du droit fémoral est souvent mieux tolérée dans les suites qu’une importante rupture partielle. La première laisse une dépression sur la zone lésée après cicatrisation, mais, en dehors de l’aspect esthétique, n’entraîne aucune gêne, alors que la seconde est souvent source d’adhérences et de douleurs séquellaires lors de l’effort.

Les apophytoses des adolescents

L’adolescent et le préadolescent pratiquant intensivement les arts martiaux, parfois associés à d’autres pratiques sportives (football, tennis, roller, etc.) peuvent souffrir d’apophysoses : Osgood-Schlatter et Sinding-Larsen-Johansson au genou, épines iliaques au bassin, épine iliaque antéro-supérieure (sartorius, fascia lata) ou épine iliaque antéroinférieure (droit fémoral). La survenue de ces pathologies, dont l’évolution est longue, conduit à recommander une pratique modérée du sport, sans arrêt total dans la mesure du possible, chez ces jeunes toujours passionnés de sport et qui vivent très mal l’inactivité. Il faut juste leur demander de réduire de moitié le volume d’activités et de bannir les gestes qui déclenchent la douleur (en supprimant un sport).

Les lésions musculo-tendineuses de l’entraînement 

C’est un accident du pratiquant confirmé, âgé de plus de 40 ans. Typiquement, c’est l’accident du professeur d’arts martiaux, avec un volume élevé de pratique et d’enseignement.

La rupture survient lors d’une démonstration (gala) ou d’un stage, plus rarement à l’entraînement. Elle est brutale et immédiatement invalidante. Elle résulte du vieillissement naturel du système musculo-tendineux et n’est pas en rapport avec une erreur de pratique. Parfois, comme c’est classiquement signalé, la lésion survient en fin de séance, lorsque la fatigue se fait sentir.

  • Le triceps sural : c’est de loin la localisation la plus fréquente. La désinsertion survient à la jonction myotendineuse du gastrocnémien médial (jumeau interne), le point faible naturel du muscle. Lorsque la rupture siège sur le tendon d’Achille, c’est toujours le résultat d’une négligence. En particulier, d’une tendinopathie nodulaire chronique, peu symptomatique, qui a été négligée ou mal prise en charge et qui a précédé la rupture de plus d’un an.
    Ces pathologies, en dehors de la rupture du tendon d’Achille, ne justifient pas, a priori, une intervention chirurgicale. La prise en charge médicale et kinésithérapique suffit. Lors de la survenue de l’accident, les conseils à suivre sont : le port de talonnettes (une aussi du côté sain), une compression modérée, la marche pour favoriser le drainage de l’hématome et un repos relatif pendant 3 semaines. À partir de la 4e semaine, il est conseillé de pratiquer des étirements raisonnés sous le contrôle d’un kinésithérapeute. À partir du premier mois, il est conseillé de procéder au renforcement musculaire, par exercice en unipodal avec le poids du corps. La guérison est attendue au bout 6 semaines, avec un faible risque de récidive passé 3 mois sans problème.
  • Le biceps brachial : la lésion survient souvent sans signes annonciateurs, lors d’une frappe brutale à l’aide du membre supérieur, d’une démonstration à vide ou lors d’une prise exécutée sur un adversaire. Le profil est toujours le même, celui d’un professeur expérimenté, ayant passé la quarantaine, à volume de cours important. La rupture siège sur le tendon du long biceps. Le bilan de gravité sera complet avant le choix thérapeutique, qui le plus souvent sera une prise en charge médicale et kinésithérapique, sans chirurgie.
  • La tendinopathie de l’ilio-psoas : c’est un accident peu fréquent qui se traduit par une douleur de la fosse inguinale à l’entraînement et lors de la montée des escaliers. Elle résulte de la répétition excessive de coups de pied. La douleur est retrouvée à la flexion du genou contre résistance en position assise. Le traitement passe par une mise au repos et la pratique d’étirements du psoas, hanche en extension.

Pathologie de la pratique des “katas” 

Les spécialistes des “katas”, souvent des compétiteurs ayant une pratique intensive de ces exercices qui s’exécutent seuls et qui sont censés représenter un combat fictif, souffrent quelquefois de pathologies micro-irritatives des articulations et des tendons. Les articulations du genou (fémoro-patellaire), du coude (huméro-radiale), et de l’épaule (acromio-claviculaire) sont le siège de chondropathies. Le rachis lombaire est le siège d’un surmenage articulaire postérieur.

Ces pathologies n’empêchent pas l’entraînement, mais nécessitent un long dérouillage à froid, sont invalidantes au quotidien et n’ont aucune tendance spontanée à la guérison. Leur prise en charge passe par une pratique modifiée (pas de sauts ni de frappes à intensité maximale et réduction de la fréquence des entraînements), se limitant en période aiguë à 3 entraînements par semaine au maximum.

Des exercices de renforcement statique des articulations incriminées, sur une très longue période, peuvent contribuer à la sédation.

Ces pathologies sont probablement des signes précurseurs d’une arthrose susceptible de s’installer des années plus tard, si elles ne sont pas traitées et stabilisées.

Les souffrances tendineuses — tendon d’Achille, coiffe des rotateurs, tendon rotulien — ont les caractères habituels des tendinopathies chroniques. Elles sont longues à traiter et récidivent volontiers.

L’articulation coxo-fémorale et les arts martiaux 

La thèse de Maléfant a mis en évidence de façon indiscutable le pourcentage élevé de détérioration de l’articulation coxo-fémorale chez les professeurs d’arts martiaux âgés de 45 ans et plus. Ces coxarthroses du sportif, qui se retrouvent aussi dans d’autres sports (danse, judo, football), conduisent dans les arts martiaux à la pose de prothèses à des sujets de la cinquantaine, en moyenne dix ans plus tôt que dans la population générale.

De nombreuses recherches sont en cours, en particulier l’étude des profils des karatékas qui ont reçu une prothèse totale de hanche, pour tenter de mettre en place des mesures préventives.

Cette usure prématurée de l’articulation résulte certes d’une surutilisation mécanique dans les positions d’abduction horizontale, mais il est possible que des prédispositions anatomiques entrent aussi en jeu. La prévention, en l’absence de certitudes sur les mécanismes lésionnels, conduit simplement à déconseiller les exercices en abduction forcée, les mouvements répétitifs en élévation latérale comme les coups de pied circulaires latéraux et de ménager un certain repos articulaire (2 jours par semaine, une semaine toutes les 7 semaines, un mois entier par an).

Il est aujourd’hui bien établi que les souffrances de l’articulation chez le sujet jeune, au décours de la pratique martiale, sans aucune cause retrouvée lors de l’examen clinique et à l’imagerie, sont malgré tout à relier à une possibilité de dégradation ultérieure, 20 ou 30 ans plus tard.

Pathologie de la pratique de la musculation des abdominaux 

En art martial, la région lombaire souffre parfois lors de la pratiqueloisir sans pratique de compétition. Les sujets très raides, soit parce qu’ils viennent de sports qui favorisent l’hypertonicité des ischio-jambiers, comme le football, soit parce qu’ils ne pratiquent pas régulièrement les étirements des groupes incriminés (ischio- jambiers et psoas) sont exposés à une souffrance lombaire lors des frappes répétitives à l’aide du pied.

La prévention de ces lombalgies passe par une pratique régulière des étirements des groupes incriminés, à domicile, au minimum 3 fois par semaine et des exercices de gainage (Fig. 18).

Les risques du renforcement des membres supérieurs par la pratique des pompes 

Lors de la pratique du classique exercice des pompes, la position des bras importe beaucoup. Souvent, pour s’assurer d’un exercice complet et exhaustif, les professeurs font varier les positions des membres supérieurs, en écartant plus ou moins les bras.

Le danger vient de la position des épaules. Une abduction des épaules à 90°, les bras à l’horizontale de la ligne des épaules, expose le tendon du muscle supra-épineux à un conflit sous-acromial (Fig. 19).