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Dossier : La santé bucco-dentaire du sportif

Traumatologie dentaire du sportif

Introduction

La pratique sportive est à l’origine de 8 % des traumatismes dentaires. Les plus fréquents sont les fractures coronaires ou les subluxations. Seulement un tiers (31,5 %) des sportifs savent gérer les gestes de première urgence face à une telle situation. Les taux d’accidents dentaires varient considérablement selon :

  • le type de sport,
  • le groupe d’athlètes sélectionné,
  • l’emplacement géographique (handball féminin en Norvège, sport sur glace en Suède et Finlande, surf en Australie),
  • l’âge de l’athlète,
  • la taille de l’échantillon,
  • le niveau de compétition.

La fédération dentaire internationale a répertorié les activités sportives selon qu’elles soient à haut ou moyen risque (Tab. 1).

Les statistiques de l’Insep

Sur une population de sportifs de haut niveau à l’Institut national de l’expertise et de la performance (Insep), il a été relevé des pourcentages importants de traumatismes dentaires dans les disciplines telles que le basket, la lutte, le judo, la gymnastique, l’athlétisme, le taekwondo et également la boxe, malgré le port obligatoire du protège-dents (Tab. 2).

Les bilans des fédérations comprennent une radiographie panoramique objectivant des antécédents de traumatismes dentaires (Fig. 1).

Figure 1 – Les incisives maxillaires sont les dents le plus souvent touchées. A : oblitération canalaire de 21 ; B : traitement endodontique de 21 ; C : Inlay core et couronne sur 21 ; D : Absence de 11 suite à un trauma et bridge collé.

Il est important d’évaluer le pronostic et la date prévue de retour au sport. Les limites de la prise en charge du traumatisme lors de la pratique sportive sont les moyens disponibles sur le terrain et la disponibilité du sportif par la suite. Si le sportif a de multiples lésions, il y aura des priorités en termes de prise en charge.

Prise en charge sur le terrain

L’encadrement sur place (dentiste, médecin, kinésithérapeute, entraîneur…) doit consister en un examen clinique sur le terrain et l’évaluation des priorités.

Circonstances du traumatisme :

Où ? Quand ? Comment ? Période d’inconscience ? Maux de tête ? Vomissements ? Saignement de nez ? Troubles de la vue ?…

Noter si pathologies particulières : antécédents infectieux, hémorragiques, traumatiques, vaccinations.

Priorités : l’implication maxillofaciale. Un choc au niveau du menton peut entraîner des fractures des condyles et aussi des fractures dentaires au niveau des dents postérieures.

Les lésions des tissus mous sont recousues par des sutures à l’aide de fil, de pansements adhésifs ou de colles biologiques.

Les lésions des tissus durs concernent les dents du site d’impact (fracture de la couronne, mobilité, déplacement, souffrance parodontale), mais peuvent avoir un effet sur les dents adjacentes et les dents antagonistes (2).

S’il n’y a pas de possibilité de faire d’examens radiographiques sur le site de l’accident, cela doit être fait dès que possible chez un praticien. Aux championnats du monde de hockey sur glace de 2013 à Helsinki et Stockholm, un scanner 3D et un unit dentaire étaient présents dans les salles de soins d’urgence des stades.

La trousse de premier secours pour la traumatologie dentaire est composée de :

  • savon à pH neutre et petite éponge pour le nettoyage des plaies exobuccales,
  • bain de bouche,
  • sérum physiologique,
  • compresses pour l’examen endobuccal,
  • un milieu de conservation d’organe adéquat,
  • gomme à mâcher,
  • cire orthodontique,
  • gants.

Les premiers gestes en cas d’expulsion sont de :

  • récupérer la dent expulsée en la maintenant par la couronne,
  • la nettoyer brièvement (10 secondes) sous l’eau courante ou avec du sérum physiologique,
  • la replacer immédiatement dans son alvéole,
  • maintenir la dent en place en la serrant avec une compresse.

Si la réimplantation immédiate est impossible, on conserve la dent dans un milieu adéquat ou dans la bouche du patient (dans une compresse déposée dans le sillon labio-vestibulaire) et un rendez-vous en urgence chez le praticien traitant doit être pris.

Les gestes de premiers secours pour les autres traumatismes dentaires consistent à essayer de réduire le déplacement.

En cas de fracture de la couronne dentaire, il faut retrouver le ou les morceaux fracturés et les conserver dans du sérum physiologique, du lait ou de l’eau. La surface de la couronne fracturée peut être recouverte avec une gomme à mâcher, sans comprimer la partie centrale (surtout en cas d’exposition pulpaire) (3).

Un poster peut être affiché dans les pôles et pour le staff sur les lieux de compétition (Fig. 2).

Figure 2 – Poster « Sauve ta dent » sur la conduite à tenir sur le site de l’accident (téléchargeable dans différentes langues sur le site www.iadt-dentaltrauma.org).

Une application est également disponible sur smartphone (Fig. 3) (4).

Figure 3 – L’application smartphone est une aide pour la conduite à tenir sur le terrain.

La consultation au cabinet

La thérapeutique entreprise au cabinet dentaire sera aiguë, subaiguë ou différée en fonction du type de traumatisme subi (Fig. 4) (5, 6).

Figure 4 – Dans quels délais faut-il consulter au cabinet ?

L’examen approfondi conduira à un diagnostic précis et à la thérapeutique adéquate. Dans la mesure du possible, il faut rechercher la conservation de la vitalité pulpaire. Un certificat médical initial doit impérativement être rédigé par le dentiste. Il s’agit d’un document essentiel pour les assurances. Pour exemple, le blessé doit adresser une déclaration d’accident à la mutuelle des sportifs (MDS mutuelle) dans les 5 jours de sa survenance. Celle-ci doit être contresignée par un responsable du club et obligatoirement accompagnée d’un certificat médical établi par le médecin consulté le jour de l’accident.

Ce certificat doit comporter les mentions suivantes :

  • date de l’examen médical,
  • date de l’accident,
  • nature et siège des blessures,
  • durée de l’incapacité sportive minimum,
  • durée de l’arrêt de travail s’il a lieu.

Le suivi sera précisé par le dentiste traitant qui connaît les complications possibles de chaque type de trauma.

Des conseils post-traumatiques sont donnés au patient sportif :

  • éviter de pratiquer des sports de contact,
  • opter pour une alimentation molle pendant 2 semaines,
  • se brosser les dents avec une brosse à dents souple après chaque repas,
  • effectuer des bains de bouche avec un antiseptique local, 2 fois par jour pendant 1 semaine.

En conclusion, les traumatismes dentaires nécessitent une prise en charge rapide et adéquate, un suivi particulier, et de connaître les complications possibles pour les gérer « à temps » (7).

Dr Lucile Goupy, Chirurgien-dentiste, Insep

Bibliographie

  1. Federation Dentaire International. Guidelines for dental protection during sporting activities ; drugs and sport. FDI Technical Report N° 38 & 39. London : FDI World Dental Press, 1990.
  2. Goupy L, Naulin-Ifi C. Traumatisme dentaire. Conduite à tenir en fonction du temps, du terrain, de la dent, de l’âge. Inf Dent 2012 ; 94 : 89-98.
  3. Chapitre 59 : Médecine bucco-dentaire du sport pour le praticien. In : Rochecongar P, Rivière D. Médecine du Sport pour le praticien. Paris : Masson 2013.
  4. Application Iphone Dental Trauma.
  5. Naulin-Ifi C. Traumatologie Clinique. De la théorie à la pratique. Collection Médecine Buccale. Paris : Espace Id, 2016.
  6. Andreasen JO, Andreasen FM, Andersson L. Textbook and Color Atlas of Traumatic Injuries to the Teeth (4th ed). Oxford : Blackwell, 2007.
  7. Dental Trauma Guide. www.dentaltraumaguide. org