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Dossier : Troubles du comportement alimentaire

Partie 1 : prévalence et résultats d’études

Prévalence : trois fois plus élevée chez les sportifs

Les TCA font partie des pathologies les plus fréquentes chez les adolescents avec une incidence d’environ 5 % dans la population générale, en forte hausse depuis trois décennies. Il est maintenant montré que leur fréquence est beaucoup plus importante chez les sportifs. Les données des études récentes sont nettes : il existe une prévalence élevée de troubles du comportement alimentaire chez les sportifs, hommes ou femmes, et cette fréquence est trois fois supérieure à celle que l’on retrouve dans la population générale. Le mouvement sportif doit en prendre conscience, début du chemin d’aide et de prévention.

Résultats d’études

Étude norvégienne (1996)

Le concept d’anorexia athletica a été élaboré dans les années 1990 suite à l’étude Eating disorders, energy intake, training volume, and menstrual function in highlevel modern rhythmic gymnasts (1). Cette étude a examiné les troubles du comportement alimentaire cliniques et subcliniques chez les jeunes Norvégiens pratiquant la gymnastique rythmique et sportive. Les sujets étaient 12 membres de l’équipe nationale, de 13-20 ans, versus des sujets contrôles non sportifs appariés individuellement. Tous les sujets ont participé à une entrevue clinique structurée, un examen médical et un bilan alimentaire. Sur les 12 sportifs étudiés, deux des gymnastes répondaient aux critères du DSM-III-R pour l’anorexie mentale, et deux répondaient aux critères pour l’anorexia athletica en présentant des troubles du comportement alimentaire subcliniques. Tous les gymnastes suivaient un régime en dépit du fait qu’ils étaient tous extrêmement maigres. Le retard pubertaire, les irrégularités menstruelles pour les filles, le déficit énergétique et la fréquence élevée des blessures étaient des traits communs entre ces gymnastes de très bon niveau.

Conclusion des auteurs : les entraîneurs, les parents et les athlètes ont besoin de plus d’informations sur les principes de la nutrition et des méthodes propres à réaliser pour atteindre une composition corporelle idéale pour la santé et la performance athlétique (Fig.1).

Figure 1 – Quelques données statistiques (2).

Particularités filles/garçons.

Contrairement à la fille, le garçon sportif utilise la perte de poids comme une instrumentalisation de son corps, c’est un moyen de gagner. Selon le sport choisi, peser moins est signe d’efficacité et de performance. Le tableau clinique est assez comparable à celui de la forme féminine. L’aménorrhée est remplacée par la perte de libido et de l’érection. Les formes restrictives pures sont plus rares que chez la femme. L’hyperactivité physique et le désir d’une musculature bien développée sont notés.

Étude norvégienne (2004)

L’étude norvégienne de Sundgot-Borgen (2) s’est attachée à déterminer la prévalence de l’anorexie mentale, de la boulimie, de l’anorexia athletica et des troubles alimentaires non spécifiques chez les 1 620 athlètes de haut niveau norvégiens, hommes et femmes, versus un échantillon de 1 696 représentants de la population norvégienne. Cette étude très complète a associé questionnaires et entretiens. Les résultats sont nets puisque les troubles du comportement alimentaire subcliniques ou cliniques ont été retrouvés chez 13,5 % des athlètes versus 4,6 % des témoins. La prévalence des troubles alimentaires chez les athlètes hommes était plus importante pour les sports de l’antigravité (22 %) que pour les sports d’endurance (9 %) ou les sports de jeu de balle (5 %). La prévalence des troubles alimentaires chez les athlètes féminines était plus importante pour les sports esthétiques (42 %) que pour les sports d’endurance (24 %), techniques (17 %) ou les sports de jeu de balle (16 %).

Conclusion des auteurs : la prévalence des troubles alimentaires est plus élevée chez les athlètes que chez les témoins, plus importante chez les athlètes féminines que chez les athlètes masculins, et plus fréquente chez les sportives qui pratiquent un sport esthétiquement dépendant du poids que dans d’autres sports. Un effort de collaboration entre les entraîneurs, les parents, les médecins et les athlètes serait optimal pour reconnaître, prévenir et traiter les TCA chez les athlètes.

Étude française (2007)

Filaire (3) a testé l’hypothèse selon laquelle les athlètes masculins qui se sentaient poussés à maintenir un poids corporel spécifique présentaient un risque élevé de troubles subcliniques de l’alimentation. Cette étude a porté sur 12 judokas de 19-20 ans, 15 cyclistes de 21 à 23 ans et 17 témoins étudiants de 22-23 ans appariés pour l’IMC. Les outils utilisés étaient le test du comportement alimentaire (EAT-26), l’échelle testant le perfectionnisme, l’estime corporelle et l’humeur. Outre la fréquence des TCA, les relations entre les troubles de l’alimentation et les caractéristiques psychologiques ont aussi été évaluées. Les différences ont été significatives pour les différents tests. 60 % des athlètes ont utilisé des méthodes de perte de poids. 4 % ont utilisé des autovomissements induits, 10 % des laxatifs et 8,5 % des pilules amaigrissantes. Pour les sujets témoins, augmenter l’exercice a été la principale méthode utilisée pour agir sur le poids. Les athlètes ont rapporté plus de sentiments négatifs au sujet de leur apparence physique et de leur satisfaction vis-à-vis de leur poids corporel comparé aux témoins.

Conclusion des auteurs : les sportifs évoluent sur une étroite ligne entre comportements compétitifs d’optimisation et comportements néfastes pour la santé.

Étude française menée par la DRJSCS-PACA (2009)

En France, l’étude menée en 2009 par la DRJSCS-PACA et la Faculté des Sciences du Sport de Marseille (4) a porté sur 137 adolescents sportifs : 84 sportifs de haut niveau et intensifs et 53 sportifs de loisirs, 77 garçons pour 60 filles. L’étude s’est intéressée à la pratique de sports à risque différents : à catégories de poids (judo et taekwondo), à visée esthétique (gymnastique et natation synchronisée) et des sports dits d’efficience (athlétisme). L’étude s’est faite dans 11 structures sportives à partir de questionnaires et de tests psychométriques servant à évaluer le risque de développer des TCA.

Sur les 137 sportifs testés, des symptômes de TCA étaient présents chez 27 % de ceux qui pratiquent l’athlétisme, 43 % des sports à catégories de poids et 50 % des sports à visée esthétique. Des comportements compensatoires sont notés chez 23 % des athlètes, 33 % des sportifs pratiquant des sports à catégories de poids et 12 % des sportifs pratiquant des sports à visée esthétique.

Conclusion des auteurs : un grand nombre de sportifs ont des troubles du comportement alimentaire subcliniques et ont recours à des comportements compensatoires. Les sportifs pratiquant à haut niveau ainsi que les filles sont plus à risque de développer des TCA.
Les contacts noués sur le terrain avec les entraîneurs ont montré que ces derniers n’étaient pas suffisamment informés sur les TCA – les différentes psychopathologies qu’ils regroupent, leurs manifestations, leurs conséquences et leur prévention – et qu’ils se sentaient le plus souvent démunis face aux troubles avérés ou à leurs symptômes.

Fédération française d’Athlétisme et TCA.

Les médecins de la commission médicale nationale de la FFA sont depuis quelques années sollicités par les entraîneurs, et notamment les entraîneurs prenant en charge les sportifs d’endurance, sur la conduite à suivre en cas de TCA.

Un guide de recommandations à destination des professionnels et des bénévoles du sport a été édité début 2011 avec le soutien de différentes institutions (Fédération française d’Athlétisme, ministère de la Santé et des Sports, Faculté des Sciences du Sport d’Aix-Marseille) et associations (Femmes et Sport dans les Pays méditerranéens, Fondation Solidarité de la SNCF). Ce guide est constitué de plusieurs chapitres abordant les connaissances générales (définition et diagnostic des TCA), les recommandations générales, les spécificités des sports de minceur, les spécificités des sports dits de prise de poids, et donne quelques renseignements concernant les structures médicalisées de prise en charge des TCA. Les médecins et les psychologues cliniciens de la commission médicale de la FFA travaillent actuellement à l’élaboration de questionnaires de détection adaptés à l’athlétisme, avec possibilité d’évaluation de la gravité des troubles par échelle visuelle analogique. Les sportifs ne sont pas un public habituel pour les équipes médicales qui prennent en charge les TCA en population générale. Aussi, comme pour toutes les fédérations, le défi est de mettre en place un répertoire national des structures et compétences pouvant prendre en charge les athlètes victimes de TCA. Le fonctionnement satisfaisant d’un réseau de ce type ne peut être envisagé sans de véritables échanges interprofessionnels entre psychiatres, psychologues cliniciens, médecins du sport et entraîneurs.

Guide de recommandations de la FFA : les conseils du médecin à l’entraîneur en cas de TCA chez un sportif

• Ne pas sous-estimer l’influence des entraîneurs sur le rôle qu’ils peuvent jouer sur le déclenchement et la résolution des TCA.

• Éviter de faire des remarques négatives aux sportifs sur leur poids ou leur morphologie en lien avec les performances.

• Éviter d’associer systématiquement de mauvaises performances sportives à une éventuelle prise de poids ou à un changement morphologique.

• Détourner le sportif de ses objectifs pondéraux pour se focaliser sur les autres facteurs de la performance : la force, l’endurance, la souplesse, la vitesse, la réactivité et la confiance en soi.

• Valoriser le maintien d’un poids constant.

• Éviter d’encourager les sportifs à avoir recours à des techniques de perte de poids rapide et à des régimes restrictifs.

• Éviter de fixer des objectifs basés sur l’apparence physique et de prendre comme modèles les standards imposés par la société ou le sport pratiqué.

• Coopérer à un dépistage précoce des troubles du comportement alimentaire en vue d’orienter les sportifs vers une évaluation de la gravité par des examens plus approfondis.

Pour en savoir plus :
http://www.paca.drjscs.gouv.fr/IMG/pdf/Guide_TCA_light.pdf