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Entorses de la cheville et récidives, une fatalité ?

Entretien réalisé le 23 mai 2017

Chez les sportifs ou non, les entorses de cheville sont fréquentes et les récidives le sont tout autant. Comment expliquer ces accidents ? Et surtout comment les éviter ? C’est ce que nous allons voir avec Pascal Toschi, kinésithérapeute à Aix-les-Bains, notamment spécialiste de la proprioception.

Comment définir une entorse de la cheville ?
Une entorse externe de la cheville (95 % des cas) est une lésion ligamentaire qui peut être de trois ordres :
– un ligament étiré (stade 1),
– un faisceau rompu (stade 2),
– tous les faisceaux rompus (stade 3, entorse dite grave).
Les mécanismes de l’entorse peuvent se produire au cours des trois situations suivantes :
1. Réception d’un simple saut.
2. Consécutivement à un glissement latéral (joueur de tennis par exemple).
3. Impact sur le talon sur une zone du sol non prévue.
Ces accidents se produisent lorsque la musculature n’est pas prête à se contracter pour protéger la cheville.

Quels sont les mécanismes mis en jeu ?
Pour protéger la cheville, plusieurs mécanismes sont concernés. D’abord la stabilisation passive (ligamentaire), qui est fragile. Ensuite, la stabilisation active qui opère sous le contrôle du système nerveux central. Celui-ci va induire une contraction de la musculature au bon moment pour protéger l’articulation. La capacité musculaire doit être suffisante et la contraction musculaire doit se faire suffisamment tôt. Et cela va très vite, en gros, il se passe à peine 50 millisecondes entre la torsion et la lésion. Le simple réflexe n’est donc pas suffisant. L’ordre de contraction doit être précoce.

Est-il possible d’éviter les entorses, en particulier chez les sportifs ?
On peut travailler par anticipation dans les secteurs à risque (handball, rugby, football, basket…) en prévention, chez le kinésithérapeute. On travaille notamment sur la force musculaire qui doit être suffisante pour le poids du corps sur la cheville. Les muscles doivent pouvoir protéger la cheville pour s’opposer aux contraintes qui s’exercent. À titre d’exemple, la musculature de la cheville d’un basketteur doit pouvoir supporter une force supérieure à 200 kg lorsqu’elle se tord.

Que faire en cas d’entorse ?
Il s’agit en premier lieu de lutter contre la douleur, en phase aiguë. La méthode la plus efficace est l’application de froid. En cas d’œdème, il convient d’utiliser des chaussettes de compression de grade 2. Ensuite, il faut permettre la cicatrisation du ligament (pour les stades 2 et 3). Cela ne peut se faire que par une immobilisation stricte de 4 à 6 semaines. Cette immobilisation est indispensable pour reconsolider entre eux les faisceaux du ligament.
Lors de cette immobilisation, le complexe cerveau-muscles se met au repos. Il ne se remettra pas en route tout seul. C’est à ce moment qu’intervient la réhabilitation. Elle permettra de retrouver une protection efficace nécessaire. Parallèlement, en cas d’enraidissement, il faut également retrouver les mobilités articulaires.

En quoi consiste la réhabilitation ?
Il s’agit de retrouver une protection neuromusculaire de qualité. Les exercices se pratiquent avec un kinésithérapeute. Jusqu’à il y a peu, les outils de réhabilitation n’étaient pas très adaptés (ex. : plateaux instables ou ballons). En effet, des études ont montré que ces exercices stimulaient la proprioception de la hanche et du dos et non de la cheville. Aujourd’hui, nous utilisons des exercices plus efficaces. Le métatarse doit être ancré sur un plan stable, la partie arrière doit se mobiliser sur un axe tridimensionnel. Dans ces conditions, ce sont bien les capteurs de la cheville qui sont mobilisés.
En parallèle, il faut renforcer la musculature dans les conditions où se produit l’entorse. Plus précisément, après une progression guidée par le kinésithérapeute, les exercices devront se réaliser debout sur un pied, contrôlant tout le poids du corps pendant que la cheville se tord très lentement en simulant le mouvement d’entorse.
Une fois l’aspect ligamentaire réglé, ces exercices, validés par de nombreuses publications scientifiques, permettent de récupérer la protection neuromusculaire en termes de temporalité, de force et de puissance.

Pourquoi les récidives sont-elles fréquentes ?
Les récidives sont fréquentes tout simplement lorsqu’un ligament est mal cicatrisé et/ou une musculature de protection est déficitaire. Le plus souvent, ce sont les étapes de stabilisation et de réhabilitation qui n’ont pas été respectées, ou mal.