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Quel délai de récupération après une rupture du ligament croisé antérieur ?

La liste des sportifs de haut niveau qui ont eu une rupture du ligament croisé antérieur est longue. Fin 2013, la skieuse Tessa Worley a vu sa chance de participer aux Jeux olympiques de Sotchi s’envoler. Le joueur de football Radamel Falcao, opéré début janvier, n’a pas pu participer à la Coupe du monde de football au Brésil. Le snowboardeur Pierre Vaultier, quant à lui, a choisi de ne pas se faire opérer et a réussi l’exploit de devenir champion olympique 2 mois après sa blessure.
Quels sont les délais de récupération après une rupture du ligament croisé antérieur ? Le point avec le Dr Patrick Djian, chirurgien orthopédique, spécialisé en chirurgie du genou (Paris) et le Dr Christophe Baudot, médecin de l’OM (Marseille). 

Opéré en janvier, le footballeur colombien Radamel Falcao
n’a pas pu participer à la Coupe du monde de football.

Le recours à l’opération chirurgicale – la ligamentoplastie – en cas de rupture du ligament croisé est quasiment systématique pour les sportifs de haut niveau. En effet, la ligamentoplastie conduit à une meilleure stabilisation du genou. Néanmoins, “le traitement est à adapter en fonction de l’individu et de sa carrière. Le choix de ne pas opérer est un calcul à considérer pour certains cas particuliers”, souligne le Dr Christophe Baudot. Le snowboarder Pierre Vaultier en est le parfait exemple.

Pour les sportifs de loisir, non contraints par un calendrier professionnel, un traitement fonctionnel, un traitement orthopédique ou une rééducation sans opération suffisent généralement.

Selon le Dr Patrick Djian, “il faut absolument avoir de bons muscles avant de reprendre une activité physique, les délais de récupération sont donc à peu près les mêmes avec ou sans chirurgie”. Le Dr Christophe Baudot indique qu’ “en cas de lésions associées, il faut prendre le temps de la cicatrisation. Mais si c’est une rupture du ligament croisé antérieur isolée ou avec peu de lésions associées, il n’est pas nécessaire d’attendre 3 mois avant la reprise de l’activité si le traitement est fonctionnel”.

La reprise de l’activité est une décision empirique. De façon générale, pour le Dr Patrick Djian : “la reprise des sports en ligne, comme le vélo ou la natation, peut se faire au bout de 3 mois, la reprise de la course à pied et des sports de pivot sans contact [tennis, danse, escrime…] au bout de 6 mois et la reprise de l’entraînement des sports de pivot avec contact [football, handball, basketball, lutte, karaté…] peut être envisagée à partir du 7e mois. Pour la compétition, le délai est pratiquement d’un an.”

Du côté du médecin de terrain, les délais ne sont pas tout à fait les mêmes. “Après chirurgie, il n’est pas concevable de faire reprendre un joueur avant 4 mois. Mais on a beaucoup de joueurs qui reprennent des exercices de sports de pivot à 4 mois et que l’on remet en activité collective avec pivot et contact à 5 mois. Pour la compétition, ce n’est pas avant 6 mois.” Le Dr Christophe Baudot ajoute : “Tout dépend de l’évolution de la rééducation, de la vigilance et de la proprioception. En général, on prévoit quand même un mois d’entraînement intense avant la compétition, même si à haut niveau il y a peu de différence entre entraînement et compétition. Beaucoup de joueurs ne retrouvent pas de très bonnes sensations avant 8-9 mois.”

Toutefois, “les sportifs de haut niveau récupèrent beaucoup plus vite, ils ont des aptitudes que n’ont pas les sportifs de loisir”, explique le Dr Patrick Djian. De plus, ils bénéficient d’une rééducation dans une structure dédiée, avec une prise en charge permanente. “On peut adapter la reprise de façon bien plus précise”, indique le Dr Christophe Baudot. Il souligne également l’importance des facteurs psychologiques chez le joueur. “Selon moi, les paramètres psychologiques doivent accompagner les paramètres physiques et biologiques. L’impact psychologique dans l’équipe est également à prendre en considération. Même si un joueur ne joue que 10 à 15 min, cela peut avoir une importance.”

Une reprise de l’entraînement ou de la compétition précoce n’est pas sans risque. Un genou qui n’est pas encore stabilisé va être plus sujet à la récidive, au développement de lésions associées (méniscales, ligamentaires…) ou à des déséquilibres musculaires.

Les deux médecins s’accordent à dire qu’un suivi à long terme est essentiel. Après la chirurgie, le tendon greffé à la place du ligament croisé antérieur met un certain temps à devenir aussi “solide” que le ligament d’origine (processus de ligamentisation). Durant toute cette période (qui peut durer jusqu’à 3 ans), le joueur doit être particulièrement vigilant pour éviter les risques de récidive.

2IBU02804/14-Document établi en Avril 2014