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Sclérose en plaques et sport

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie du système nerveux qui se manifeste par des symptômes divers et variables selon les patients (fatigue, troubles digestifs, difficulté lors de la marche…), pouvant parfois conduire au handicap physique. Ainsi, l’activité physique et le sport ont longtemps été jugés incompatibles avec la maladie. Mais les découvertes de ces dernières années ont apporté un tout nouvel éclairage et le sport est aujourd’hui vivement recommandé chez les personnes atteintes de SEP. Tour de la question avec le Dr Cécile Donzé, chef de service médecine physique et réadaptation fonctionnelle du groupement des hôpitaux de l’Institut catholique de Lille.

Malgré les recommandations actuelles, l’idée que la pratique sportive est contre-indiquée chez les patients atteints de SEP est-elle toujours ancrée dans les esprits ?
Malheureusement, je l’entends encore de temps en temps, bien que cela fait maintenant plus de 10 ans qu’il est clairement établi que l’activité physique et le sport ne posent aucun problème pour la maladie, bien au contraire.
Cela vient sans doute du fait que les patients ressentent souvent une fatigue assez gênante, craignant de ce fait d’accentuer celle-ci en pratiquant une activité physique. Hors l’idée reçue selon laquelle le sport entraînerait davantage de fatigue est fausse.
De plus, certains ne se sentent pas capables de pratiquer un sport. À nous de leur montrer les diverses possibilités qui s’offrent à eux.

Les patients atteints de SEP peuvent-ils pratiquer tout type d’activité ?
S’il n’y a pas de handicap – car il n’y a pas toujours un handicap très important dans la SEP –, tout est possible ! L’essentiel est d’avoir envie. C’est donc à chacun de choisir son sport, pas à son médecin. Je m’occupe de patients en fauteuil roulant qui sautent en parachute ou qui montent à cheval ! En cas de handicap, tout est une question d’adaptation. Mais il n’existe pas de contre-indication spécifiquement liée à la maladie.

Pas de contre-indication non plus à la compétition ?
Non ! La preuve, j’ai une patiente championne paralympique en aviron, en fauteuil. Cela dépend vraiment des formes de SEP, car il y a des formes moins évoluées que d’autres.

Quels sont les bénéfices de l’activité physique ?
L’activité physique réduit la fatigue, et notamment la fatigue à l’effort. Elle permet d’améliorer l’équilibre, la marche, la qualité de vie et de manière générale, le bien-être. Ceci est vrai pour tout un chacun, mais davantage encore pour les patients atteints de SEP, qui vont gagner en endurance, en force. Mais pour ressentir les bénéfices, l’entraînement doit être bien suivi. Pour la SEP, on recommande trois fois 30 minutes par semaine d’activité. Ce n’est pas toujours facile de s’y tenir, et c’est aussi le rôle du médecin d’apporter un vrai « coaching ». Pour un maximum d’efficacité, il est également essentiel que les objectifs soient réalistes et progressifs.
Des études expérimentales, menées sur des souris atteintes d’encéphalite allergique expérimentale (modèle SEP de la souris), ont aussi montré que l’activité physique limitait la progression de la maladie… Reste à le démontrer chez l’Homme !

Comment adapter la pratique d’un sport à une personne atteinte de SEP ?
Cela dépend des capacités physiques de la personne (troubles de l’équilibre, fauteuil roulant…). Mais il est possible de pratiquer un sport en fauteuil, même pour ceux qui n’en ont pas besoin au quotidien ! Par exemple, une personne qui présente des troubles de l’équilibre et qui est attirée par le tennis de table pourra pratiquer son sport en fauteuil roulant, même si elle n’en a pas besoin tout le temps. Des adaptations sont également possibles pour les personnes ayant des problèmes au niveau des membres supérieurs, comme des difficultés de préhension pour tenir les ballons, etc.
C’est notamment le rôle des ergothérapeutes de mettre en place des adaptations. Il existe aussi des professeurs d’activité physique adaptée qui proposent des entraînements spécifiques. Mais pour certaines activités comme la marche nordique, il n’est pas nécessaire d’adapter. Tout ceci est très individuel. Ce qui compte, c’est ce que chacun souhaite faire, et ensuite nous adaptons.

Les patients pratiquant un sport doivent-ils bénéficier d’un suivi médical particulier ?
Les patients atteints de SEP sont de toute façon suivis régulièrement par leur neurologue et aussi par les médecins de rééducation. Les kinésithérapeutes peuvent aussi donner des conseils. Mais la pratique d’un sport ne nécessite pas une surveillance accrue.

Entretien du 6 juin 2016