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Lésions pigmentées brunes chez un jeune judoka…Quel est votre diagnostic ?

Dr Pierre Frances (Médecin généraliste, Banyuls-sur-Mer.), Dr Neil Metcalfe (Médecin généraliste. Programme Hippokrates. York. UK.), Davy Mampouya (Interne en médecine générale, Montpellier.), Alisée Albert (Externe, Montpellier)

Des lésions pigmentées brunes sont apparues au niveau des zones où s’exercent des pressions chez un jeune judoka de 16 ans…

Cas clinique

Nous connaissons bien Yanis, 16 ans, qui est un grand sportif (il participe au Championnat de France de judo). Ce dernier a observé la présence de nombreuses entités pigmentées au niveau de ses deux coudes. Ces formations sont apparues de manière progressive depuis 2 mois (Fig. 1 et 2).

Formations pigmentées

Figures 1 et 2 – Formations pigmentées observées sur les coudes de Yanis, 16 ans.

Au départ, les éléments hyperpigmentés étaient localisés au niveau de la partie centrale de l’articulation du coude, puis progressivement de nouveaux éléments sont apparus tout autour. Ces formations sont de petites tailles (moins de 1 cm), et sont disposées sur, et à proximité directe du coude. La couleur de ces éléments est assez uniforme (brun clair), et les limites des formations observées restent bien nettes.
Le reste de l’examen clinique, chez ce patient en provenance d’Afrique du Nord, ne permet pas de retrouver de lésions en d’autres lieux. Cette description clinique est en faveur du diagnostic d’éphélides multiples.

Les éphélides (1, 2)

Généralités (1, 2)

Les éphélides, encore appelées taches de rousseur, sont des dermatoses transmises de manière autosomique dominante. Le plus souvent, ces formations se rencontrent chez les sujets ayant un phototype clair. Les patients roux et ceux ayant les yeux bleus étant ceux qui sont le plus fréquemment exposés à cette dermatose.
Généralement, les éphélides apparaissent quelques années après la naissance (classiquement entre 2 et 4 ans). Leur nombre peut varier, de quelques lésions éparses, à plus de 100 chez un même individu (Fig. 3).

éphélides

Figure 3 – Jeune sujet présentant de nombreuses éphélides.

Localisation (1-3)

Le plus souvent, ces formations se retrouvent au niveau des zones photoexposées :

  • le visage,
  • la partie supérieure du dos,
  • et les épaules (Fig. 4).
localisation éphélides

Figure 4 – Localisations des éphélides.

Les muqueuses sont généralement épargnées par cette dermatose.
Une augmentation de la pigmentation, de la taille, et du nombre de ces formations est observée au décours d’une exposition solaire prolongée. En hiver, on peut remarquer une réduction, voire une disparition du nombre de ces unités.

Caractéristiques cliniques (2, 3)

Les éphélides sont des formations avec petites macules hyperpigmentées dont la couleur est brune (brun clair ou plus foncé). Leur taille est peu importante (elle varie de 1 à 3 mm le plus souvent). Ces éléments se disposent en unités dont les bords sont bien limités. On observe souvent les éphélides chez les patients présentant une hypersensibilité au soleil.

Description histologique (3)

On objective une augmentation importante de la production de mélanine au niveau de la couche basale, avec dans certains cas, une augmentation du nombre de mélanocytes. Ces mélanocytes présentent une doparéaction positive. La doparéaction est une technique qui permet d’étudier sur une coupe histologique la population mélanocytaire. Cette technique est fondée sur la recherche de l’activité en dopaoxydase ; activité exprimée dès lors que les mélanocytes sont présents.

Les éphélides au niveau des zones de friction (les proéminences osseuses) (4, 5)

Généralités

Comme nous l’observons dans notre cas clinique, une localisation au niveau des proéminences osseuses est parfois objectivée. Cette forme acquise (contrairement aux traditionnelles éphélides) apparaît plus tardivement. Les patients ayant ces manifestations présentent le plus fréquemment un phototype clair, et certains ont des éphélides au niveau du visage.

Localisation

Une étude réalisée sur des jeunes patients roux (38 patients) a permis de retrouver une prédominance des éphélides au niveau :

  • des coudes dans 87,5% des cas,
  • des genoux dans 81,2% des cas,
  • des poignets dans 43,8% des cas.

L’âge moyen des patients étudiés est de 17 ans, et près de deux fois plus d’hommes que de femmes présentent cette localisation au niveau des proéminences osseuses.
L’atteinte est observée dans 87,5 % au niveau de plusieurs sites articulaires.

Caractéristiques

Aucun facteur iatrogène local ou général ne favorise la survenue de cette dermatose.
D’autre part, il semble qu’un facteur traumatique (ce qui est le cas de notre patient sportif) puisse favoriser le développement de cette dermatose. Les caractères histologiques observés dans cette dermatose sont identiques à ceux décrits dans le cas des classiques éphélides.

Le xeroderma pigmentosum (3-5)

Caractéristiques

Cette pathologie est une génodermatose rare (transmission suivant un mode autosomique récessif) qui se caractérise par une sensibilité exacerbée aux ultraviolets.
On retrouve chez ces patients une sensibilité importante au soleil dès les premiers mois de la vie ; sensibilité qui se matérialise par des coups de soleil sévères ou des brûlures cutanées redoutables. Cliniquement, on observe des éphélides au niveau du visage de ces patients. Ces éphélides se répartissent progressivement sur une grande partie du corps.

Risques

Le risque de contracter un cancer cutané chez ces populations est 10 000 fois plus important que chez les sujets normaux. Le risque d’observer, avant 20 ans, un mélanome malin est 2 000 fois plus important que la population normale.

Diagnostic différentiel (1-3)

On oppose aux éphélides le lentigo. Cette pathologie se traduit le plus souvent par des macules de couleur brune (il s’agit fréquemment d’un brun plus foncé) (Fig. 5).

Figure 5 – Lentigo.

Le plus souvent, ces formations se rencontrent chez les patients caucasiens, dont l’âge est supérieur à 60 ans dans plus de 75 % des cas.
Leur taille varie, mais peut être plus importante que dans le cas des lentigines (plusieurs cm). L’exposition solaire ne modifie pas la morphologie de ces unités.
Histologiquement, il s’agit d’une pathologie secondaire à la multiplication des mélanocytes au niveau de jonction dermoépidermique. On note également une hyperplasie segmentaire de l’épiderme.

Le traitement (3-4)

Ces formations sont souvent considérées comme un atout esthétique pour les sujets porteurs. Compte tenu de leur innocuité totale, aucun traitement ne doit être entrepris pour éliminer ces formations.
Cependant, lors d’une exposition solaire, il est important de bien conseiller au patient de se protéger du soleil pour éviter un important développement des éphélides ; information qui doit être donnée aux sportifs qui pratiquent des sports en extérieur. En parallèle, chez les jeunes patients comme Yanis, il est également recommandé de protéger les zones osseuses proéminentes qui sont le siège, au décours de traumatismes, de ces formations.

Bibliographie

  1. Habif TP. Maladies cutanées. Diagnostic et traitement. Ed. Elsevier 2008.
  2. Saurat JH, Lachapelle JM, Lipsker D, Thomas L. Dermatologie et infections sexuellement transmissibles. Ed. Masson 2009.
  3. Gauthier Y. Troubles pigmentaires cutanés. De la clinique au traitement. Ed. MED’COM 2005.
  4. Marmottant E, Chiaverini C, Bessis D, Huchiche T et al. Pigmented macules of bony prominences (PMBP): A distinct presentation in patients with red hair. J Am Acad Dermatol 2016 ; 74 : 383-5.
  5. Passeron T, Ortone JP. Atlas of pigmentary disorders. Ed. Adis 2015.