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Pathologies oculaires et sport : savoir les reconnaître

Dr Jean-Louis Llouquet (Ophtalmologiste, Fédération Française de Boxe)

Le médecin du sport doit prendre en considération l’incidence des facteurs oculaires dans la pratique des sports. L’œil est le récepteur sensoriel de l’appareil visuel constitué de plus d’un système de conduction (voies optiques) et d’une zone de décodage (cortex occipital). Le suivi ophtalmologique permet d’affirmer la normalité, de corriger les insuffisances, de prévenir et de décider des contre-indications.

Le glaucome par fermeture de l’angle, exceptionnel chez le sportif jeune, est la seule véritable urgence.

La pathologie médicale

Sans spécificité, elle peut embarrasser le médecin d’équipe sur le terrain.

L’œil rouge (Fig. 1)

Une rougeur bilatérale associée à une gêne témoigne d’une conjonctivite pouvant être d’origine microbienne (sécrétions), virale ou allergique.

Une rougeur bilatérale associée à une douleur témoigne d’une kératite pouvant être également d’origine microbienne, virale ou allergique.

Une rougeur unilatérale indolore évoque une hémorragie sousconjonctivale.

Enfin, en cas de rougeur unilatérale accompagnée de douleur, il s’agit d’une ulcération. Elle peut être d’origine traumatique, virale (herpès), accidentelle (problème de lentille) ou due à la présence d’un corps étranger.

Figure 1 – En cas d’œil rouge…

Baisse brutale de la vision

En cas de baisse brutale de la vision, il convient d’interroger le patient. Si l’œil est calme, il peut s’agir d’un décollement de la rétine ou d’un accident vasculaire. En revanche, si une douleur est ressentie par le patient, il peut s’agir d’un glaucome, toutefois exceptionnel chez le sportif jeune.

Traumatologie ophtalmologique du sport

Les traumatismes oculaires sont fréquents dans le milieu sportif. En effet, il faut savoir que 7,5 % des traumatismes oculaires sont d’origine sportive et que 6 % des traumatismes sportifs sont des lésions oculo-orbitaires.

 

Rappel anatomique

Autour de l’œil, les paupières et l’appareil lacrymal constituent les annexes.

L’orbite comprend le globe (3 tuniques (scléro-cornée, uvée, rétine) et milieux transparents (humeur aqueuse, cristallin, vitré)) et le cône neuromusculaire (Fig. 2). En pratique, il est commode de distinguer un segment antérieur (chambre antérieure, angle irido-cornéen, chambre postérieure et cristallin) et un segment postérieur (vitré, chorio-rétine).

Figure 2 – Schéma anatomique de l’œil.

Physiopathologie

Les lésions principalement observées sont des oedèmes, des hémorragies, des plaies (perforantes ou non), des déplacements ou encore des ruptures. Le mécanisme physiopathologique est identique à celui de la contusion cérébrale :
• force directe = “coup” ;
• force transmise = “contre-coup” ;
• compression antéro-postérieure + expansion équatoriale.

 

Les conséquences au niveau de l’orbite et de son contenu sont un allongement et un raccourcissement des différents éléments, entraînant une hémorragie ou une rupture.

Le déplacement antéro-postérieur du globe provoque une hyper-pression dans l’orbite qui peut causer des fissures ou des fractures (plancher ou paroi) : Blow out.

Enfin, au niveau du globe, l’onde de choc parcourant les parois entraîne soit une indentation de tout le segment antérieur du globe, soit le globe se déformant peu en avant, un empalement sur le nerf optique responsable de lésions maculaires.

La trousse du médecin du sport.

• Collyres, si possible en ophtadose :

– fluorescéine

– anesthésique

– antiseptique

– AINS

– anti-allergique

– anti-UV

– dacryosérum

• Pommade antiseptique calmante

• Pommade antibiotique

• Lampe de poche stylo

• Vaccinostyle (extraction de corps étranger)

• Pansement oculaire

Etiologie

Les traumatismes oculaires dépendent des spécificités du sport. Ils sont plus fréquents dans les sports de balle et de ballon, de contact, de combat, mécaniques mais également dans les sports d’armes, dans ceux avec utilisation d’un matériel (ex: ski) ou encore dans les sports pratiqués en milieu particulier (eau, neige, nuit…). La gravité des lésions est inversement proportionnelle à la taille de l’agent traumatisant (ballon, gant, balle…).

 

Clinique

Chaque structure anatomique peut être atteinte isolément, mais le plus souvent c’est en association (Tab. 1).

En conclusion

Les incidents sont nombreux, mais bénins en règle générale. Il faut tout de même retenir qu’il y a trois accidents graves : la plaie perforante, la cataracte et le décollement de la rétine.
Deux incidents particuliers :
• diplopie post-traumatique secondaire, rarement à une fracture de l’orbite ou à la rupture de la poulie du grand oblique, le plus souvent à un hématome intra-orbitaire ;
• emphysème palpébral : fissure de la paroi de l’orbite (os planum), pénétration sous-cutanée d’air du sinus, oedème, crépitation neigeuse, radio. La conduite à tenir est la réalisation d’un bilan succinct des lésions puis, au moindre doute, l’orientation vers une consultation spécialisée.