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Sport sur ordonnance : en pratique

Interview du Dr Jacques Pruvost (médecin du sport, Marseille), réalisée le 26 mai 2017
Spass im Fitnessstudio

L’activité physique est essentielle à un bon état de santé. Elle est fortement recommandée dans certaines maladies chroniques. Les prescriptions médicales de pratique sportive sont-elles possibles ? Comment aider les patients à passer le cap ? C’est ce que nous explique le Dr Jacques Pruvost, médecin du sport. 

Peut-on prescrire du sport sur ordonnance ?
Ce n’est pas aussi simple que ça. On ne peut pas faire d’ordonnance stricto sensu, cela se présente plutôt sous forme de conseils et de recommandations. Et les patients ne suivent pas nécessairement nos conseils en ce sens. Il peut être plus efficace d’aborder les choses différemment, presque au-delà du contexte médical, en répondant à leurs questions pratiques tout en se calant sur leurs besoins et envies (cf. encadré).

En pratique, comment faites-vous pour « motiver » vos patients ?
Le médecin peut s’appuyer sur des critères biologiques et médicaux : tension, fréquence cardiaque, poids… Ce qui va avoir un effet sur la prise médicamenteuse, en la diminuant. Cependant, ces critères n’ont que peu d’impact sur la motivation à la pratique sportive. Au final, les sédentaires qui se mettent à une activité physique, et qui s’y tiennent, sont essentiellement motivés par les leviers psychologiques, moins par les critères médicaux. Ils dorment mieux, ont une meilleure image d’eux-mêmes, ont construit de nouveaux liens sociaux, oublient leur maladie, prennent du bon temps… C’est sur ces aspects qu’il est intéressant d’insister. Les notions de plaisir, de découverte, de partage sont essentielles.

Comment les aider à trouver une activité adaptée ?
Il n’existe malheureusement pas de formation médicale spécifique. Le médecin devrait systématiquement déterminer dans quelles fréquences cardiaques cibles le patient peut pratiquer, jusqu’où il peut aller, c’est-à-dire les intensités à ne pas dépasser. Sur le terrain, les éducateurs sportifs se sentent démunis pour mettre en place un suivi individualisé et sécurisé s’ils n’ont pas accès à ces éléments qu’ils considèrent, à juste titre, prioritaires. Par ailleurs, sur le plan locomoteur, les éducateurs sportifs sont bien formés et savent adapter les pratiques aux limites articulaires ou musculaires des patients. Il est important que le médecin généraliste ou le médecin du sport connaisse bien son territoire et ait un bon réseau d’éducateurs sportifs, avec qui il échange régulièrement.

Existe-t-il des clubs spécifiques pour les patients chroniques ?
Les sports olympiques ont développé des activités adaptées avec des éducateurs parfaitement formés. Concernant les pratiques non olympiques, moins connues des médecins, il existe également des associations ou clubs qui en proposent : gymnastique volontaire, randonnée sportive…
Certaines fédérations ont par ailleurs mis en place des carnets de suivi permettant à l’éducateur sportif et au médecin d’échanger.

Une prise en charge financière est-elle possible pour une pratique sportive « médicale » ?
Bien qu’il s’agisse d’une thérapeutique, mais non médicamenteuse, la sécurité sociale ne prend pas en charge l’activité physique. En revanche, dans les clubs, des subventions de la part des pouvoirs publics, des assurances ou encore des mutuelles peuvent exister. Ces subventions, perçues directement par les clubs, peuvent permettre de prendre en charge gratuitement les premiers mois de pratique pour les patients chroniques. Cependant, penser que si c’est gratuit l’observance sera meilleure est un leurre. C’est principalement la notion de plaisir qui prime.

Lever les leviers

Les patients ont plein d’excuses pour ne pas se mettre à une activité sportive. Comment répondre à leurs objections « pratiques »  et les aider à trouver une activité adaptée à leur maladie, à leur goût, à leur emploi du temps ?

« De quoi suis-je capable physiquement ? »
C’est une question récurrente, notamment chez les patients chroniques qui n’ont pas pratiqué de sport depuis des dizaines d’années. Il s’agit donc en premier lieu de réaliser une évaluation primaire : cardiorespiratoire et locomotrice. Ces examens ne visent pas à exclure telle ou telle pratique, mais plus à motiver et à préciser les types d’activités adaptées.

« Qu’est-ce que je peux faire ? »
Il s’agit de trouver une activité en fonction des goûts du patient. En effet, si on lui propose une activité qui ne lui plaît pas, il abandonnera vite, voire ne s’y mettra jamais. Il existe des domaines très vastes à aller explorer. Il faut aller piocher dedans et trouver une activité, à son goût. Le médecin peut jouer un rôle important dans cette orientation.

« Comment trouver le temps ? »
Là encore, le médecin a un rôle de conseil : programmer l’activité physique. Il s’agit d’adapter le planning à l’emploi du temps du patient : en semaine ou le week-end selon les cas par exemple. L’activité ne doit pas présenter trop de contraintes pratiques : elle doit être facile d’accès et praticable à proximité.