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Blessures en Handball : Statistiques en ligue professionnelle de handball

Dr Michel Ducasse (Saint-Raphaël, Vice-président de la commission médicale de la LNH)

La médiatisation (relative) du handball à l’occasion des derniers championnats du Monde à Malmö nous a permis de visualiser les deux aspects de ce sport (l’aspect physique et l’aspect technique) et, à travers eux, d’appréhender la potentialité des blessures afin, si possible, de les prévenir.

Sur le plan physique tout d’abord, les risques de blessures sont liés à :

• l’impact traumatique direct entre attaquants et défenseurs entraînant des traumatismes divers essentiellement représentés par des fractures, contusions musculaires, lésions ligamentaires, notamment des épaules (arrachage de bras) ;

• les contraintes mécaniques liées aux accélérations brutales et répétées lors des phases attaque/défense quasi permanentes.

 

Sur le plan technique ensuite, on remarque que les contraintes et les risques traumatiques sont différents selon le poste occupé sur le terrain. En effet, les gestes techniques, les positions de tir, les expositions aux risques sont tout à fait dissemblables entre les pivots, les ailiers ou les arrières, sans parler du gardien exposé, lui, à d’autres lésions.

 

Le but de notre étude statistique a donc été de déterminer (sur une durée de 3 ans, de 2007 à 2010) :

• le nombre global et la topographie des lésions ;

• la chronologie des blessures au cours de la saison ;

• les circonstances et conditions des blessures ;

• le nombre de blessures par poste ;

• les blessures dominantes par poste ; … et d’essayer d’en tirer quelques conclusions sur le plan pratique.

 

MATÉRIEL ET MÉTHODE

Proposition d’étude

Les statistiques sont celles de la LNH (Ligue Nationale de Handball), recueillies sur 3 ans de 2007 à 2010, et portant donc uniquement sur les joueurs de la majorité des 14 clubs de 1re division de handball, soit environ 200 joueurs.

 

Collecte des données

Les informations concernant les blessures ont été collectées de manière standardisée par le médecin président de la commission médicale de la LNH et suivant un modèle de fiche permettant, pour chaque joueur blessé, de déterminer :

• les circonstances de la blessure ;

• les conditions ;

• le type de lésion avec diagnostic ;

• la durée d’indisponibilité (physique et de compétition).

 

Depuis 2010, les données ont été saisies sur le logiciel AskamonTM de la société IMS Pro, et les résultats statistiques obtenus à partir de ce logiciel.

 

Définition des blessures

Au niveau de la LNH, la commission médicale entend par blessure toute pathologie traumatique aiguë ou chronique entraînant une cessation de l’activité de plus de 3 jours.

 

PRÉSENTATION DES RÉSULTATS

Blessures recensées

La répartition par localisation des 441 blessures recensées de 2007 à 2010 ainsi que leur localisation est présentée dans la figure 1.

Figure 1 – Répartition de la localisation des blessures par poste.

La localisation des blessures montre une prédominance très nette au niveau des genoux et des lésions musculaires. Viennent ensuite chevilles et épaules, l’épaule étant l’articulation prédominante en traumatologie des membres supérieurs.

Les blessures touchant le genou représentent plus de 28 % des blessures. Les blessures touchant l’épaule ou la clavicule représentent plus de 11 % des blessures.

Les blessures musculaires touchant le mollet (jumeaux, soléaire) sont les plus fréquentes (16 %). Les blessures musculaires touchant la cuisse (quadriceps, ischiojambiers, adducteurs) représentent plus de 13 % des blessures. Ces 441 blessures ne représentent pas la totalité des blessures sur 3 saisons du championnat LNH.

 

Nombre de blessures par poste

Les blessures touchant les ailiers et les arrières sont les plus fréquentes, mais étant donné que deux joueurs occupent ce poste sur le terrain, si l’on rapporte uniquement au poste, on obtient les résultats présentés dans la figure 2.

Figure 2 – Blessures totales recensées pour 1 poste.

Le poste le plus exposé est celui de pivot, suivi de très près par les arrières. Les gardiens semblent moins exposés.

 

Chronologie des blessures au cours de la saison

La chronologie des blessures au cours de la saison montre incontestablement un pic au mois d’octobre (Fig. 3).

Figure 3 – Répartition des blessures au cours des saisons 2007-2008, 2008-2009, 2009-2010.

On peut expliquer ce pic par l’absence de décharge pendant presque 2 mois avec surcroît de travail et de charge lié à la préparation de début de saison. Il serait peut-être souhaitable de refaire début octobre un bilan clinique et éventuellement une biologie pour dépister les risques potentiels de blessures.

 

Circonstances et conditions

Les situations d’attaque et les matches sont plus accidentogènes. On peut probablement expliquer que les blessures soient plus nombreuses en attaque qu’en défense, puisque c’est le moment où les structures sont les plus sollicitées (par les démarrages ou accélérations, ou par les tirs).

 

Blessures dominantes par poste

Les blessures dominantes par poste sont présentées sur la figure 4.

Figure 4 – Blessures dominantes par poste.

Si l’on élimine les lésions musculaires qui prédominent à tous les postes – à l’exception des gardiens – et si l’on retient les 3 blessures dominantes, on obtient ainsi :

• gardiens : chevilles, doigts, genoux ;

• arrières : genoux, épaules, chevilles ;

• demi-centres : épaules, genoux, pieds/chevilles ;

• ailiers : chevilles, genoux, épaules

• pivots : genoux, doigts, pieds/chevilles.

 

Topographie des blessures par poste

• Les blessures de genoux touchent tous les postes.

• Les blessures de cheville touchent préférentiellement les gardiens et les pivots.

• Les blessures musculaires de cuisse semblent moins fréquentes chez les gardiens et demi-centres.

• Les blessures du coude sont nettement plus fréquentes chez les gardiens.

• La pathologie lombaire domine chez les ailiers.

• Les blessures des mains et des doigts dominent chez les gardiens et les pivots.

• Les blessures de pied et d’aponévrose dominent chez les demi-centres et les pivots.

• Les blessures de l’épaule ou de la clavicule sont nettement plus fréquentes chez les demi-centres.

 

Type de blessures

• Pour les poignets : les lésions ligamentaires sont les plus fréquentes (Fig. 5).

• Pour les genoux et les chevilles : les lésions ligamentaires de type entorse de gravité variable (Fig. 5).

Figure 5 – Type de blessure par localisation.

• Pour les épaules : les syndromes de conflit prédominent sur les lésions traumatiques pures.

 

CONCLUSIONS

1. Beaucoup de blessures ne sont pas encore recensées et nous devons donc continuer à convaincre les médecins des staffs pour avoir les résultats les plus fiables possible. Il convient de poursuivre ce travail afin de préciser les conditions d’accidents et ainsi de pouvoir proposer des mesures préventives par une préparation physique spécifique, l’étude des calendriers.

 

2. Localisation des blessures :

• musculaires et tendineuses : 30 % des lésions totales, avec une prédominance des membres inférieurs ;

• ostéo-articulaires : 70 % des blessures totales :

– genoux et chevilles pour les membres inférieurs ;

– épaules pour les membres supérieurs.

Remarque : dans le cadre de la prévention des pathologies de l’appareil locomoteur, et notamment de l’épaule, liée à la pratique du handball, une étude est actuellement en cours, en partenariat avec la commission médicale de la FFHB sous forme de tests isocinétiques réalisés en début et en fin de saison chez un certain nombre de joueurs. Ces tests sont destinés à dépister d’éventuels déficits, en particulier des rotateurs de l’épaule, pouvant être à l’origine de certaines pathologies notamment tendineuses.

 

3. Chronologie des blessures :

Le pic de fréquence au mois d’octobre peut s’expliquer par un surcroît de charge dû à la préparation et au début du championnat survenant après une période de décharge prolongée. On peut donc proposer d’alléger les charges de travail à cette époque.

 

4. Circonstances et conditions :

• Les blessures à l’entraînement constituent un pourcentage important (plus de 40 %).

• Les blessures sont plus fréquentes en attaque qu’en défense.

 

5. Le poste le plus exposé est celui de pivot suivi de près par les arrières et les ailiers.

 

6. Les pathologies dominantes sont :

• Pour les genoux et chevilles : lésions ligamentaires de type entorse, de gravité variable.

• Pour les poignets : lésions ligamentaires la plupart du temps étiquetées entorses mais qui demandent une attention particulière car il peut exister des ruptures ligamentaires méconnues à l’origine d’une instabilité ultérieure du carpe et justifiant en cas de doute la réalisation d’un arthro-scannner.

• Pour les épaules : les syndromes de conflit prédominent sur les lésions traumatiques pures. Bien penser à la prévention par un travail musculaire approprié, non seulement musculaire mais également d’assouplissement des épaules enraidies.

• Pour les blessures musculaires, prédominance des blessures aux membres inférieurs, notamment cuisse et triceps sural, justifiant des mesures préventives spécifiques à ce niveau.

 

L’auteur de cet article ne déclare aucun conflit d’intérêt.