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Enduro : comment médicaliser une compétition

Dr Marc de Bortoli (CH St Esprit, Service Urgences SAMU SMUR Médecine du Sport, Agen)

Nous proposons ici un calendrier de préparation d’une assistance médicale en enduro qui présente les étapes essentielles pour mettre en place un dispositif de sécurité optimal.

Qu’est-ce que l’enduro ?

L’enduro est une course de motos tout-terrain, sur un parcours naturel et voies ouvertes à la circulation de plusieurs dizaines de kilomètres. Le couple homme-machine associe la moto d’enduro (semblable à une moto de cross, mais faisant l’objet d’une homologation pour la conduite sur route, avec dispositifs d’éclairage et immatriculation) et le pilote (pourvu d’un équipement proche de celui des pilotes de cross). Une épreuve moyenne (de niveau régional) dure de 5 à 8 heures, pour une distance totale parcourue de 150 à 250 km, le plus souvent sur une journée (parfois plusieurs). Le parcours est divisé en liaisons (à parcourir en un temps imparti) et spéciales (chronométrées, à parcourir le plus vite possible). Le nombre moyen de participants est de l’ordre de 350 à 400, auquel s’ajoutent l’encadrement et le public, pour un total d’un millier de personnes sur site.

Les pathologies rencontrées le jour de l’épreuve sont surtout de type traumatique (sans spécificités propres à l’enduro) ou métabolique (épuisement, déshydratation). Le milieu naturel (distances, météo, topographie) peut gêner l’accès des secours.

Comment médicaliser une compétition ?

L’organisation d’une compétition nécessite le déploiement d’un dispositif de secours, sous la responsabilité d’un médecin. Désigné par le terme de Chef du Service Médical, il engage sa responsabilité sur l’efficience du dispositif aussi bien que sur la prise en charge strictement médicale des blessés.

Il existe un double contrôle de l’organisation des compétitions. Elles sont encadrées sur le plan fédéral par la Fédération Française de Motocyclisme (FFM) et le règlement fédéral comporte une section traitant du dispositif de secours.

L’enduro appartient par ailleurs à la catégorie des compétitions de véhicules terrestres motorisés, soumise à un contrôle de la préfecture. Il est impératif pour l’organisateur d’obtenir l’approbation de la commission de sécurité préfectorale qui, s’appuyant sur les textes de loi en vigueur, vérifie la sécurité de l’épreuve.

Les textes fédéraux et législatifs sont facilement accessibles sur Internet et il est judicieux de les consulter lorsqu’on accepte de médicaliser une épreuve (voir liens en références). En effet, même si ces textes peuvent apparaître comme des contraintes d’organisation, ils sont en réalité une aide précieuse pour le médecin.

Il nous est cependant apparu que les diverses recommandations n’étaient pas présentées d’une façon assez chronologique, alors que l’anticipation est primordiale dans ce domaine. Nous proposons un calendrier de préparation d’une assistance médicale en enduro (Tab.1). Il présente les étapes essentielles qui permettront de mettre en place un dispositif de sécurité optimal. Il a été élaboré pour les conditions d’un enduro de niveau régional mais peut facilement être adapté à un niveau supérieur de pratique.

Tableau 1 – Calendrier de préparation d’une assistance médicale en enduro.

J-6 mois

Sollicitation du médecin par l’organisateur, par téléphone le plus souvent, avec exposé des caractéristiques de l’événement.
Détermination globale des moyens nécessaires, humains et matériels, en s’inspirant éventuellement du dispositif de sécurité des éditions précédentes (rester vigilant vis-à-vis d’éventuelles carences) et lecture du règlement médical fédéral émis par la FFM.

• Début de recherche des moyens humains complémentaires (autres médecins, paramédicaux, secouristes, ambulanciers) par le médecin et/ou l’organisateur car une anticipation de plusieurs mois est impérative, pour les secouristes en particulier.
• Début de réflexion sur les moyens matériels nécessaires, en particulier un réseau de communications efficace et des moyens de déplacement des équipes et de blessés.
• Etude de l’organisation locale de l’aide médicale urgente, distance et plateau technique des hôpitaux locaux.

J-3 mois

• Etablissement d’un contrat réciproque organisateur / médecin, comportant un cahier des charges détaillé de l’organisation des secours : date de la manifestation, lieu, longueur du parcours, nombre de spéciales, nombre de participants, public attendu, nombre de contrôles de passage, passages de route, nombre de bénévoles, site du centre médical, nombre et localisation des postes de secours (par exemple un infirmier responsable d’une équipe secouriste avec ambulance équipée servant d’abri sur chaque spéciale), nombre et localisation des véhicules (sanitaires et autres, quads par exemple), nombre et qualifications des autres intervenants humains, moyens de transmissions prévus.
Engagement contractuel des autres intervenants.
Visite des lieux de la compétition pour repérer les sites principaux (départ, centre médical, spéciales), leur disposition géographique, les possibilités d’accès et le repérage d’une zone d’atterrissage d’hélicoptère.

J-1 mois

• Assister à la réunion de la commission de sécurité préfectorale (= garantie que le contrat avec l’organisateur sera respecté).
• Souscription d’une assurance responsabilité civile professionnelle adaptée.
• Etablissement des éventuelles conventions de prêt de matériel médical.

J-7 jours

• Convenir avec l’organisateur des horaires de mise en place et de la répartition des équipes.

• Dresser la liste des noms et numéros de téléphone des différents intervenants (organisateur/directeur de course, encadrement fédéral sur place, bénévoles, secours, centres hospitaliers) et les porter sur une carte du parcours. Des exemplaires en nombre suffisant devront être prévus pour assurer une large distribution le jour de l’épreuve.
Obtention du matériel médical prêté (équipement type SMUR) en nombre suffisant.
• Test du système de communication (problème des “zones blanches”, non couvertes par le réseau GSM).

J-1 jour

Aménagement du centre médical avec table d’examen, matériel et groupe électrogène.

• Vérifier la bonne disposition de la signalétique des voies d’accès, du centre médical, des interdictions de stationnement.

Accueil des autres intervenants des secours : rappel du plan d’organisation des secours et consignes, répartition en équipes.
Distribution des radios, formation rapide si nécessaire et essais.
Distribution des listes de numéros de téléphone et carte du parcours à toutes les personnes concernées.
Responsabiliser un commissaire de piste quant au port des équipements de protection avant le départ.
Informer le Centre 15 et les hôpitaux locaux.

Pendant la course

• Rédaction au fur et à mesure des Certificats médicaux initiaux (CMI) en 3 exemplaires (pour le patient, le médecin de la FFM, et un exemplaire d’archive).
Prévenir les structures hospitalières d’accueil et le Centre 15 en cas de transfert d’un patient.

Après la course

• Rédaction et remise au président du jury d’une enveloppe cachetée confidentielle, à l’intention du médecin fédéral, comportant le rapport médical de fin d’épreuve et les rapports d’accidents (c’est-à-dire un exemplaire de chaque CMI).
• Attendre l’arrivée des fermeurs, assurant qu’il ne reste pas de pilotes sur le parcours
Archivage des exemplaires de CMI du médecin responsable de l’épreuve.

• Règlement Médical Fédéral de la FFM (chapitre V : surveillance médicale des concentrations) : http://www.ffmoto.org/download/reglement-medical-federal/9525EC95-550EA50A-68606860-D64212B2
• Décret n° 2006-554 du 16 mai 2006 sur les concentrations et manifestations organisées sur les voies ouvertes ou dans les lieux non ouverts à la circulation publique et comportant la participation de véhicules terrestres à moteur.
• De Bortoli M. Assistance médicale et enduro. Editions Universitaires Européennes, octobre 2010.