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Entretien avec Alain Calmat, président de la Commission médicale du CNOSF : “Adapter le sport aux patients et à leur pathologie”

Alain Calmat, président de la Commission médicale du CNOSF

Le Dr Alain Calmat prône le sport-santé depuis qu’il est président de la Commission médicale du Comité national olympique sportif et français (CNOSF). Grâce à la mise en place de comités dédiés au sein des fédérations sportives et à l’expertise de médecins réputés dans leur domaine, le projet Sport-Santé de la Commission médicale a pour  objectif de mettre en place des protocoles d’activités sportives adaptés à l’état de santé des pratiquants, aussi bien en prévention primaire que tertiaire.

Médecins du sport : Quel a été le point de départ de ce projet ?
Dr Alain Calmat : En tant qu’ancien sportif de haut niveau et chirurgien de métier, je m’intéresse depuis longtemps aux effets de l’activité sportive sur la santé : quelle est la meilleure façon de la pratiquer ?
Je me suis également interrogé sur l’intérêt de chaque discipline, sur ce qu’elles peuvent apporter mais également sur les risques qu’elles peuvent présenter.
Dès mon arrivée au CNOSF en 2009, j’ai souhaité que la Commission médicale soit plus représentative de l’ensemble des disciplines sportives.
Elle a ainsi été divisée en deux composantes : “Haut niveau” et “Sportsanté”.
Il était ensuite important de définir le sport-santé de la façon la plus universelle possible (encadré).
Pour mettre en place des protocoles adaptés aux patients, il convient de définir des conditions de pratique :
• type d’activité : discipline, niveau, gestes bénéfiques ou au contraire gestes néfastes ;
• conditions d’entraînement : intensité/ durée, niveau technique requis, environnement de la pratique, équipement…
C’est pour définir ces différents aspects qu’est né le projet Sport-Santé de la Commission médicale.

Définition du sport-santé par la Commission médicale du CNOSF

Activité sportive pratiquée dans des conditions aptes à maintenir ou améliorer
la santé dans le cadre de la prévention primaire et tertiaire.

Médecins du sport : Quelle est la démarche du CNOSF pour mettre en place ces protocoles ?
Dr Alain Calmat : Nous avons demandé à chaque fédération de créer un Comité Sport-Santé. Ces comités sont constitués demédecins (de la Commission médicale et fédéraux), de spécialistes de chaque discipline (entraîneurs…), et éventuellement de pratiquants.
Nous leur avons demandé d’élaborer dans leur discipline des protocoles adaptés, en prévention primaire mais aussi en prévention tertiaire, pour des personnes malades.
Dans un premier temps, nous nous sommes intéressés à quatre thématiques :

  • Les maladies cardiovasculaires.
  • Les maladies métaboliques (obésité et diabète notamment).
  • Le cancer.
  • Le vieillissement.

Un pôle Ressource a été nommé pour chacun de ces thèmes. Il s’agit d’un binôme constitué de deux scientifiques, un médecin et un STAPS. Leur rôle est de donner des préconisations concernant la pratique du sport en fonction de la pathologie. Ils ont “sectorisé” les patients selon le niveau de gravité de leur maladie.
Les binômes sont en relation avec les référents des Comités Sport- Santé, le but étant de déterminer les avantages de chaque discipline par pathologie et de proposer des protocoles pour des séances adaptées.
Une Commission mixte, composée des membres de la Commission médicale du CNOSF et de membres de la Société française de Médecine de l’Exercice et du Sport (SFMES), a été mise en place pour le suivi du projet, pour vérifier ou orienter la réflexion.

Médecins du sport : Comment adapter le sport aux pathologies ?
Dr Alain Calmat : Lorsque j’étais ministre en 1985, j’ai rencontré Jean Borotra [joueur de tennis, vainqueur de la Coupe Davis dans les années 1920-1930]. À 80 ans, il était en pleine forme et continuait de jouer au tennis ! Mais il le pratiquait dans des conditions de sécurité : sur la moitié du court. L’idée c’est d’adapter le sport aux patients et à leur pathologie, qu’il y ait une adéquation entre leur capacité et la pratique. Pour le football, par exemple, il n’est pas nécessaire de faire des matchs, une séance peut porter sur les tirs au but. De plus, la taille du terrain et le temps de jeu peuvent être très réduits. Quant au rugby, il peut être pratiqué à la touche, c’est-à-dire sans violence. Il faut créer l’envie et la motivation !
Les conditions de pratique et la motivation sont deux éléments essentiels du sport-santé.

Médecins du sport : Les fédérations sportives ont-elles accueilli favorablement ce projet ?
Dr Alain Calmat : Oui, très bien. La plupart étaient en attente de ce type d’encadrement. Le mouvement sportif n’avait pas conscience que les disciplines des fédérations sportives pouvaient apporter beaucoup.
De plus, les fédérations ont un intérêt car cela va leur conférer une crédibilité pour accueillir un nouveau public. Une quarantaine sont déjà impliquées dans le projet [sur 96], et d’autres vont suivre. À l’heure actuelle, nous attendons leurs propositions de pratique adaptées.

Médecins du sport : Un certain nombre de programmes de type sport-santé sont déjà mis en place en France. Qu’en pensez-vous ?
Dr Alain Calmat : Il existe en effet déjà des expériences, mais nous souhaitons harmoniser et conférer une validité scientifique à ce type de pratique. Nous allons bien entendu tenir compte de ce qui existe déjà et l’évaluer, d’autant plus que certains programmes fonctionnent très bien, comme celui de la CAMI pour le cancer. Il existe également des réseaux régionaux comme SAPHYR, Sport-Santé Bien-être ou efFORMip en lien avec le milieu médical et paramédical et les réseaux de santé.

Médecins du sport : Comment vont être compilées les informations fournies par le pôle Ressource et les Comités Sport-Santé ?
Dr Alain Calmat : À terme, nous souhaitons élaborer un ouvrage scientifique à destination surtout des prescripteurs (notamment les médecins généralistes) : un dictionnaire à visée médicale des disciplines sportives de type “Vidal” du sport. Il aura deux entrées : par discipline et par pathologie. Nous souhaitons proposer des préconisations reconnues et validées d’un point de vue scientifique. Notre Commission médicale, la SFMES et l’Académie de médecine auront un rôle de contrôle.
Une fois cet ouvrage élaboré, il faudra former les prescripteurs. Il convient également de définir la formation des éducateurs médico-sportifs qui auront en charge ces séances spécialisées. Nous comptons sur l’aide de l’État.

Alain Calmat en quelques dates

1964 : Médaillé d’argent de patinage artistique aux J.O. d’hiver d’Innsbruck
1965 :
Champion du monde de patinage artistique
1967-1983 : Chirurgien chef de service
1984-1986 : Ministre délégué à la Jeunesse et aux sports
1986-1993 : Député du Cher
1995-2014 : Maire de Livry-Gargan
1997-2002 : Député de Seine-Saint-Denis
Depuis 2009 : Président de la Commission médicale du CNOSF

Propos recueillis par Charlène Catalifaud