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Focus sur le triathlon : Rencontres avec le Dr François Lhuissier, médecin fédéral, et Vincent Luis, triathlète

Médecins Du Sport

Entretien avec le Dr François Lhuissier, médecin fédéral

 

« Le principal atout du triathlon en termes de traumatologie, c’est que, dans la plupart des cas lors d’une blessure, il est possible de continuer au moins l’une des trois disciplines »

Médecins du Sport : Quel est votre parcours ?

Dr François Lhuissier : Je suis médecin généraliste, j’ai fait un DES de médecine générale et enchaîné sur le DESC (diplôme d’études spécialisées complémentaires) de médecine du sport (2 ans de formation à temps plein) pour lequel je me suis formé à la médecine du sport à l’hôpital de Rennes et à l’INSEP. Je travaille comme chef de clinique assistant à l’hôpital Avicenne de Bobigny et à l’université de Paris 13 et suis élu à la Fédération française de triathlon.

Médecins du Sport : Quelles sont vos fonctions ?

FL : Je suis médecin fédéral national de la Fédération française de triathlon depuis 2009. Je suis également membre du Comité directeur de la Fédération française de triathlon depuis 2004. J’ai intégré le Comité directeur en tant que représentant des athlètes de haut niveau car j’étais sur la liste des sportifs de haut niveau de la Fédération française de triathlon (équipe de France du duathlon). Je me suis d’abord investi dans d’autres commissions de la Fédération : commissions sportives, des grandes épreuves, de la règlementation, et depuis que je suis médecin j’occupe également la présidence de la commission médicale. J’ai une fonction qui est plutôt administrative : gérer l’ensemble de l’action médicale au sein de la fédération. Pour ma part, je ne suis pas médecin des équipes de France puisqu’on a d’autres médecins qui se déplacent avec les équipes.

Médecins du Sport : Comment se compose la commission médicale de la fédération ?

FL : Il y a 9 membres dans la commission médicale qui, pour la plupart, sont soit des médecins de l’équipe de France soit des médecins de ligue. En plus, il y a des kinésithérapeutes. Il y a trois médecins d’équipe de France et cinq kinésithérapeutes d’équipe de France qui assurent la plupart du travail auprès des équipes tout au long de l’année, qui se déplacent sur les différents championnats d’Europe, du monde, sur certains stages, mais aussi sur beaucoup de manches de Coupe du monde en triathlon. C’est ce qui s’appelle WCS (world championship series), ce sont les plus grosses courses internationales en triathlon courte distance (organisées sur plusieurs étapes). Il faut faire partie de l’équipe de France pour avoir le droit de s’inscrire sur ces courses. Il y a toujours un, voire deux kinésithérapeutes, s’il y a beaucoup d’athlètes avec, la plupart du temps, un médecin avec eux. Par exemple, le médecin qui s’occupe de Vincent Luis au quotidien, sur les courses, c’est le Dr Claude Marble qui est le médecin des équipes de France et notamment de l’équipe de France olympique, de triathlon courte distance, depuis une dizaine d’années. Je n’ai pas vraiment de fonction de soins, en tout cas, pas avec les athlètes de haut niveau. En revanche, je suis en lien avec tous les jeunes car la fédération a mis en place, depuis quelques années, l’IATE (Identification et accompagnement des triathlètes émergeants) pour les athlètes entre 13 et 18 ans. Des stages sont mis en place 4 ou 5 fois par an.

Médecins du Sport : Quelles sont les différentes disciplines du triathlon ?

FL : Alors, en fait, le triathlon peut se décliner un peu sur toutes les distances, mais il y a, on va dire, trois grands types de courses :

• les plus courtes : les triathlons sprint qui se courent sur 750 mètres de natation, 20 km à vélo et 5 km à pied ;

• la discipline olympique, qui est la plus médiatique, qui est le triathlon dit courte distance : 1,5 km de natation, 40 km de vélo et 10 km à pied. devenue olympique depuis les Jeux olympiques de Sidney en 2000 ;

• le triathlon longue distance qui peut se décliner sur plusieurs distances mais le plus souvent, notamment pour les Championnats du monde : 4 km de natation, 120 km à vélo et 30 km à pied.

Médecins du Sport : Quelles sont les différentes disciplines de la Fédération française de triathlon ?

FL : En fait, la Fédération française de triathlon a la délégation ministérielle pour plusieurs disciplines qui sont le triathlon, le duathlon, l’aquathlon (natation- course, il n’y a pas de vélo) et le bike and run qui est un VTT pour deux personnes qui se relaient. On a la délégation pour ces quatre sports, mais il n’y en a que deux qui sont reconnus sport de haut niveau par le ministère : le triathlon (courte et longue distance) et le duathlon (courte distance). A côté de ça, il existe un grand circuit privé de triathlon qui n’est plus géré par les fédérations ni nationales ni internationales, qui est privé et qui s’appelle le circuit ironman qui, historiquement, depuis 1978, date de création de la première épreuve à Hawaï, se court sur des distances de 3,8 km en natation, 180 à vélo et un marathon pour finir. Ensuite, il y a des distances spécifiques pour les enfants.

Médecins du Sport : Y a-t-il des surclassements ?

FL : Oui. Le surclassement en triathlon est possible – je m’en occupe aussi sur le plan médical – uniquement sur proposition de la direction technique nationale, c’est-à-dire que tout athlète jeune ne peut pas le demander de luimême. Nous mettons en place, pour accorder ce surclassement, en plus de l’avis technique, un avis médical. Les examens se rapprochent de ceux de la surveillance médicale réglementaire, c’est-à-dire un examen par un médecin du sport, une épreuve d’effort, un ECG et une épreuve d’effort pour accorder le surclassement. C’est vraiment exceptionnel : il y a une dizaine de surclassements par an en France. N’importe quel enfant ne peut pas se retrouver à pratiquer sur de plus longues distances.

Médecins du Sport : Existe-t-il une traumatologie spécifique à la pratique du triathlon ?

FL : Il n’y a pas de pathologie spécifique. L’avantage du triathlon, c’est que, comme son nom l’indique, on pratique trois disciplines et, notamment sur le plan ostéoarticulaire, c’est beaucoup moins traumatisant qu’un athlète qui ne ferait que de la course à pied ou que du vélo ou même que de la natation. Parmi les trois activités, celle qui est la plus traumatisante, c’est la course à pieds. Finalement, les blessures du triathlète sont quasiment identiques à celles du coureur à pied et dans une moindre mesure, en ce qui concerne les membres supérieurs, des blessures qui ressemblent à celles des nageurs, notamment au niveau des tendinopathies de l’épaule. Comme les triathlètes réalisent chaque activité dans un nombre d’heures en quantité inférieure par rapport à ceux qui ne font qu’une seule activité, finalement, il y a beaucoup moins de blessures que dans les autres sports. Le principal atout du triathlon en termes de traumatologie, c’est que, dans la plupart des cas lors d’une blessure, il est possible de continuer au moins l’une des trois disciplines. Cela permet, d’abord sur le plan psychique, de limiter l’impact de la blessure et, sur le plan physiologique, de diminuer l’impact des blessures et des arrêts en termes de perte de performance. Ceci est surtout valable entre le vélo et la course à pied : des études ont démontré qu’il y a des transferts de compétences physiologiques (c’est un peu moins vrai avec la natation). On peut entretenir sa condition physique avec une seule des deux activités. On pourrait éventuellement imaginer des pathologies liées à l’enchaînement, c’est-à-dire au fait de passer de l’un à l’autre. Parfois, il y a des athlètes qui peuvent se plaindre de lombalgies en passant du vélo à la course à pied, mais c’est relativement rare.

Médecins du Sport : Pensez-vous que le triathlon soit intéressant dans le cadre du “sport-santé” ?

FL : Oui. L’Inserm avait fait une grande étude et, sur chaque page, en termes de sport-santé, les trois activités conseillées étaient toujours la natation, le vélo et la marche ou la course à pied. En quelque sorte, on conseille aux gens de faire du triathlon. Donc, en termes d’activité-santé, on ne peut guère imaginer mieux que le triathlon. La mise en place d’activités triathlon-santé pourra malheureusement rencontrer quelques difficultés. En pratique, de nombreux clubs de triathlon ont parfois du mal à se voir attribuer des créneaux d’entraînement natation, les piscines étant déjà très occupées par les clubs de natation. Si l’organisation d’une pratique triathlon-santé doit alors se faire au détriment des compétiteurs du club, cela compliquera grandement les choses. Par ailleurs, le triathlon est historiquement une activité très compétitrice. Les triathlètes sont des passionnés qui, parfois, ont du mal à imaginer leur sport sans compétition. Malgré tout, la fédération souhaite développer la pratique sport-santé et a inscrit cet objectif dans son Agenda 21. En plus des bienfaits en termes de condition physique, les retentissements psychologiques et sociaux des pratiques sportives sont reconnus. Outre le triathlon, le duathlon, l’aquathlon ou le bike and run sont des activités ludiques qui ont toute leur place dans le sport-santé, tant en prévention primaire que pour les patients.

Médecins du Sport : Faut-il être licencié pour s’inscrire à un triathlon ?

FL : Non. Nous délivrons, comme toutes les fédérations, des licences journées, qu’on appelle des pass journées qui s’adressent aux gens ne pratiquant pas de façon régulière et qui viennent découvrir l’activité. Ils ne sont pas inscrits en club. Une vocation précoce… Dès l’âge de 6 ans, Vincent Luis est plongé dans le grand bain, celui de la piscine de Vesoul dans laquelle sa soeur aînée pratique la natation en compétition à un haut niveau. 2e au championnat de France minime sur le 400 m nage libre, Vincent poursuivra la natation en compétition jusqu’à un stage intensif d’une semaine à Mulhouse où le coeur n’y est plus : trop de longueurs dans une ambiance délétère. C’est ainsi qu’à 17 ans il décide d’arrêter cette discipline et de s’engager à 100 % dans le triathlon… Car en dehors des bassins, Vincent pratiquait aussi vélo et course à pied avec talent. D’abord en suivant son père, marathonien et triathlète ama- On leur propose, en plus des distances de compétition, des épreuves découvertes sans classement ouvertes à tout le monde. Par exemple, nous avons organisé de nombreuses journées du triathlon au féminin avec des épreuves réservées aux femmes. Avec ce fameux pass journée, il suffit d’avoir un certificat médical de non contre-indication à la pratique du sport en compétition pour participer à une compétition.

Portrait de Vincent Luis, triathlète

Préparation ultra rigoureuse, entraînements quotidiens programmés dans les moindres détails, Vincent Luis rêve de devenir champion olympique à Londres…

Une vocation précoce…

Dès l’âge de 6 ans, Vincent Luis est plongé dans le grand bain, celui de la piscine de Vesoul dans laquelle sa soeur aînée pratique la natation en compétition à un haut niveau. 2e au championnat de France minime sur le 400 m nage libre, Vincent poursuivra la natation en compétition jusqu’à un stage intensif d’une semaine à Mulhouse où le coeur n’y est plus : trop de longueurs dans une ambiance délétère. C’est ainsi qu’à 17 ans il décide d’arrêter cette discipline et de s’engager à 100 % dans le triathlon… Car en dehors des bassins, Vincent pratiquait aussi vélo et course à pied avec talent. D’abord en suivant son père, marathonien et triathlète ama- teur, puis en compétition pour s’amuser. A 11 ans, Vincent réalisa son premier triathlon à Vesoul (150 m de natation, 4 km de vélo et 1 km de course à pied) où il finit 4e ! 1er du même triathlon l’année suivante, il enchaîne les performances et devient champion de France minime. A 16 ans, il rejoint le pôle espoir de Nancy où il peut concilier ses études et les 12 à 15 h d’entraînement hebdomadaire. En 2007, le bac en poche et quelques belles performances en Championnat du monde junior plus tard, il doit maintenant préparer sa rentrée chez les seniors en rejoignant un grand club de triathlon : ce sera dans l’Essonne à Sainte-Geneviève des Bois sous la houlette du coach Bernard Geffroy.

Le palmarès de Vincent Luis.

• 1er – 2011 : Coupe d’Europe Quarteira

• 3e – 2010 : Coupe du monde Tongyeong

• 1er – 2008 : Coupe d’Europe Athlone

• 1er – 2008 : Championnats du monde junior Vancouver

• 1er – 2008 : Championnats d’Europe junior Lisbonne

Une journée avec Vincent Luis…

La journée démarre vers 7 h par un footing de 45 min à jeun. Puis vient le temps de la recharge glycémique pour un petit-déjeuner copieux : café, muesli accompagnés de lait d’amandes et jus d’orange frais pressé.

Ce petit-déjeuner s’accompagne d’un comprimé Isoxan Endurance®, supplémentation très utilisée chez les professionnels, qu’il prend tout au long de l’année afin d’éviter toute subcarence et compenser le stress oxydatif lié aux volumes d’entraînements auxquels il est soumis. Vincent consomme également une ampoule de radis noir qui l’aide à lutter contre d’éventuels troubles digestifs pendant l’effort.

A 9 h, Vincent enfourche son vélo ultra-technologique avec dérailleur électrique qu’il a pris soin d’assembler lui-même. 2 à 3 heures de route selon le programme d’entraînement concocté par son coach chaque semaine sont parcourues en terrain plus ou moins difficile.

Le déjeuner très riche en sucres lents se compose en général de pâtes qu’il cuisine sans excès de matières grasses et d’un apport protéique sous forme de viande maigre ou de poisson. Arrive l’heure de la sieste quotidienne : « ça a changé ma vie ». 30 min de sieste permettent à Vincent d’encaisser les efforts énormes réalisés chaque jour sans subir l’effet “coup de barre” de la fin de journée.

16 h : Vincent arbore sa tenue course à pied pour 15 à 20 km de footing en moyenne. Selon les périodes de l’année, le rythme et les enchaînements sont adaptés selon, là encore, un programme rigoureux. A vélo, comme en course à pied et après chaque entraînement, Vincent attache beaucoup d’importance à sa réhydratation constituée de 2 à 4 litres d’eau par jour dans lesquels il dilue 3 à 5 sachets d’Isoxan PRO® selon la température ambiante : « cette réhydratation supplémentée est essentielle à ma récupération, je n’ai quasiment jamais de douleurs musculaires et en plus je la tolère parfaitement sur le plan digestif, c’est un élément-clé pour moi ».

A 19 h 30, il prend la direction de la piscine de Morsang-sur- Orge pour ses 2 heures de natation quotidienne.

Un dîner léger à base de poisson clôturera cette longue journée d’entraînement.

Le soir et le week-end, il pianote sur ses Iphone®, Imac®, Ipad®, Ipod® dont il possède toute la gamme comme tout bon fan de technologies, de fashion et de design. Quelques biographies de grands champions sont ses livres de chevet (Raphael Poiret, Laurent Jalabert, André Agassi…) : « parfois une source d’inspiration… » ; en attendant la sienne dans quelques dizaines d’années et peut-être après un titre olympique !

Pas de résultats sans un travail rigoureux…

La vie proche de Paris en quasi totale autonomie grâce à un statut de sportif de haut niveau financé par le Conseil général soumet notre jeune athlète à la tentation. Manque de discipline, volonté de se battre émoussée, rythme et mode de vie décalés, les résultats sont médiocres. Des milliers de kilomètres parcourus à pied ou à vélo, au moins autant de longueurs de bassin pour rien ? Non, c’était sans connaître la volonté et l’esprit de haute compétition de notre jeune athlète. Fin 2009, aidé par un partenaire d’entraînement plus âgé et plus discipliné, Alexandre Delort, Vincent repart dans le droit chemin. Entraînements quotidiens selon une programmation rigoureuse, diététique sans concession, équilibre de vie adapté aux 25 à 30 heures de sport hebdomadaires, Vincent retrouve sérénité et résultats grâce au travail accompli encadré par ce nouveau coach. Et les performances 2010 explosent :

• 2e au Championnat de France ;

• 1er en Coupe d’Europe (élites) ;

• 7e au Championnat du monde (espoirs).

2011 s’annonce encore plus prometteur avec désormais des compétitions en catégorie “élite”. Actuellement 23e au classement mondial WCS (sur 12 mois), les dernières performances, comme cette 5e place en Coupe du monde au Mexique, permettent d’espérer une fin d’année dans le top 15 et peut-être un podium… aux Jeux olympiques à Londres : le rêve ultime de Vincent !