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Handicap mental et paralympisme : Organiser le parcours d’excellence du sportif de haut niveau !

Stéphane Desmichelle

Il y a quelques mois, le Comité International Paralympique prenait la décision de réintégrer les sportifs handicapés mentaux aux Jeux paralympiques dès 2012, à Londres. Une victoire précieuse pour les sportifs et pour la Fédération Française du Sport Adapté (FFSA). Médecins du Sport rencontre le Dr Jacques Roussel, médecin fédéral national de la FFSA, président de la Commission Médicale. Il nous explique les enjeux de cette nouvelle organisation…

Les Jeux paralympiques réunissent des athlètes handicapés de tous pays. Organisés par le Comité international paralympique, ils se déroulent tous les 4 ans à la suite des Jeux olympiques.

Depuis 2001, les handicapés mentaux étaient exclus des Jeux paralympiques auxquels ils prenaient part depuis 1996, pour des problèmes de classification de handicap et de fausse déficience intellectuelle, à cause d’une tricherie d’une équipe de basket en 2000.

En novembre 2009, le Comité paralympique international autorise les sportifs touchés par une déficience intellectuelle à participer de nouveau aux Jeux paralympiques, disposition qui permet de réintégrer les sportifs déficients intellectuels au sein de la famille paralympique.

Cette décision autorise l’accès aux compétitions paralympiques à tous les sportifs handicapés mentaux qui auront satisfait au processus d’éligibilité proposé par la Fédération internationale des sportifs handicapés mentaux.

En 2012, les sportifs handicapés mentaux pourront de nouveau participer aux Jeux paralympiques.

« Le grand bonheur, c’est d’être arrivé, avec le paralympisme, au parcours total du sportif »

Entretien avec le Dr Jacques Roussel, médecin fédéral national de la FFSA

Médecins du Sport : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Jacques Roussel : Je suis médecin généraliste en Auvergne, titulaire d’un CES de Biologie et Médecine du sport. Initialement président d’un club pour autistes et psychotiques déficitaires en Auvergne, je suis devenu président de la ligue d’Auvergne du sport adapté. Depuis maintenant un an et demi, je suis médecin national fédéral de la FFSA et membre de la commission “Sport Santé” du CNOSF.

Médecins du Sport : Quel est l’impact du sport chez les personnes en situation de handicap mental ?

JR : Le sport leur permet d’acquérir une certaine confiance en soi. C’est une réjouissance pour eux, car ils peuvent accéder à la plénitude de la pratique sportive. D’ailleurs, nos championnats se déroulent toujours dans une ambiance particulièrement festive et chaleureuse.

 

Médecins du Sport : Comment la pratique est-elle encadrée d’un point de vue médical ?

JR : Dans notre approche, il y a un élément fondamental : sécuriser la pratique. A chaque championnat, nous mettons en place systématiquement une couverture médicale composée au minimum d’un médecin, un kinésithérapeute et un infirmier. Avec cette couverture, à laquelle s’ajoute une prévention autour de la pratique, nous avons des risques très réduits d’accidentologie. On retrouve le même type de traumatologie que chez les sportifs non handicapés.

 

Médecins du Sport : La réintégration des handicapés mentaux aux Jeux paralympiques, c’est une victoire pour la fédération ?

JR : Oui. C’est quelque chose de vraiment très important. Le grand bonheur, c’est d’être arrivé, avec le paralympisme, au parcours total du sportif.

 

Médecins du Sport : Tous les sportifs peuvent-ils participer aux Jeux paralympiques ?

JR : Il faut dissocier 2 groupes au sein de nos pratiquants : les handicapés mentaux/déficients intellectuels et les handicapés psychiques. Le haut niveau ne concerne que les handicapés mentaux. Le Comité Paralympique n’intègre pas les handicapés psychiques.

 

Médecins du Sport : Comment sont-ils sélectionnés ?

JR : Il y a une Commission d’éligibilité au haut niveau, à l’international. La psychiatre en charge reçoit les dossiers et les évalue sur des critères très précis comme l’aptitude à la pratique sportive, le degré de déficience, les niveaux de pratiques… L’athlète est soumis à des tests en situation pour valider sa classification par rapport au sport concerné.

 

Médecins du Sport : La participation aux Jeux paralympiques, qu’est-ce que cela entraîne pour vous ?

JR : Cela oblige la Commission médicale à respecter le code du sportif de haut niveau : être présent sur les lieux de pratique, assurer le suivi réglementaire, le suivi des pathologies et la prévention du dopage (ndlr : voir encadré).

JR : Nous allons surtout être très exigeants pour la sécurisation psychologique du parcours du sportif de haut niveau en s’assurant des motivations réelles du sportif car il s’agit, avant tout, d’un public vulnérable et manipulable. Il faut également s’assurer de l’encadrement et vérifier que les sportifs sont aptes à gérer le succès et l’échec qu’entraîne la pratique d’un sport à haut niveau.

Quatre pôles d’excellence ont été ouverts en France depuis le début de l’année. Pour le moment, nous avons 105 sportifs répartis dans ces pôles. Dans ces pôles, des groupes de psychologues travaillent sur des méthodologies et des protocoles à mettre en place pour la sécurisation psychologique du parcours du sportif de haut niveau. Nous espérons que ces recherches pourront, par la suite, servir également aux autres fédérations sportives.

Médecins du Sport : Quels sont les sports concernés par le haut niveau ?

JR : Il y a 5 sports : le tennis de table, la natation, le basket-ball, l’athlétisme et le foot. Pour les Jeux paralympiques, nous aurons des athlètes en tennis de table, natation et athlétisme.

 

Médecins du Sport : La pratique du sport de haut niveau, est-ce possible pour les patients sous traitement ?

JR : Une partie de nos sportifs est sous traitement médical qui serait parfois non conforme à la pratique du sport de haut niveau. Nous faisons alors des demandes d’Autorisations d’Usage à des fins Thérapeutiques (AUT) mais cela risque de ne pas être suffisant pour tous les sportifs concernés. Nous réfléchissons à un concept de protection de la personne handicapée, à savoir la “justification thérapeutique“.

 

Médecins du Sport : Quels sont vos objectifs ?

JR : Une médaille en 2012 à Londres peut-être ! Mais surtout des médailles à Rio ! Réussir à construire, à travers nos championnats une élite de plus en plus performante. En plus du haut niveau, la Commission Médicale initie également de nouveaux champs de pratique sportive, notamment sur les personnes vieillissantes en situation de handicap mental (déficience intellectuelle, maladie d’Alzheimer…).