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Histoire de la femme et du mouvement olympique

Dr Paule Nathan - Médecin du sport, nutritionniste, endocrinologue, Paris

La première participation officielle des femmes aux Jeux olympiques date de 1912. Elles représentaient 2 % des athlètes et ne pouvaient participer qu’à deux disciplines. Il faudra attendre 2007, soit le XXIe siècle pour que « la Charte olympique rende obligatoire la présence des femmes dans tout sport ». La parité devrait être atteinte en 2020. Mais l’intégration de la femme dans les institutions du mouvement olympique reste trop modeste.

La lente conquête de l’olympisme par les femmes (1)

Un début difficile

N’ayant pas leur place dans le modèle antique des jeux que Pierre de Coubertin avait voulu recréer, les femmes ont été exclues des premiers Jeux olympiques (JO). Ainsi, les premiers JO d’Athènes, en 1896, se sont ouverts sans les femmes, le baron Pierre de Coubertin s’étant opposé à toute participation féminine. Il n’était pourtant pas spécialement misogyne, mais il épousait les convictions majoritaires de son temps en ce qui concerne la place de la femme dans la société. « Le rôle de la femme reste ce qu’il a toujours été : elle est avant tout la compagne de l’homme, la future mère de famille, et doit être élevée en vue de cet avenir immuable », écrit-il en 1901. Pour lui, les JO constituent « l’exaltation solennelle et périodique de l’athlétisme mâle avec […] l’applaudissement féminin pour récompense » (1912). Beaucoup de préjugés étaient aussi associés au sport féminin, comme une transformation peu esthétique de la silhouette, car trop musclée, une perte de la féminité, une atteinte à la fertilité… Mais en 1900, quatre ans après la première édition, malgré la réticence de Pierre de Coubertin, les femmes sont néanmoins présentes aux compétitions de golf et de tennis dans le cadre de l’exposition universelle de Paris.

Le combat des femmes (2)

Comme le Comité international olympique (CIO) ouvre trop timidement les jeux à la participation des femmes, elles organisent leurs propres rencontres sportives internationales. Le mouvement sportif féminin se fédère grâce à Alice Milliat, championne d’aviron après la Première Guerre mondiale. En décembre 1917 est créée la Fédération des sociétés féminines sportives de France et Alice Milliat en devient la présidente. Devant le refus du Baron de Coubertin d’inclure des épreuves féminines d’athlétisme au JO d’Anvers en 1920, elle organise en 1921 les premiers jeux mondiaux féminins d’athlétisme à Monte-Carlo. Rapidement, cette même année, est créée la Fédération sportive féminine internationale (FSFI), dont Alice Milliat en assurera la présidence. La même année, elle organise les “Championnats olympiques féminins” à Paris au stade Pershing situé dans le bois de Vincennes. Cette manifestation est un succès, mais Alice Milliat doit abandonner l’utilisation du qualificatif “olympique”. En 1926, les “Jeux mondiaux féminins” présidés par le prince Gustave-Adolphe de Suède ont un grand succès. Le CIO s’incline et introduit cinq épreuves féminines d’athlétisme aux JO d’Amsterdam en 1928. La participation féminine devenant pérenne aux JO de Prague en 1930, de Londres en 1934, Los Angeles en 1932, puis Berlin en 1936, Alice Milliat prononce la dissolution de la FSFI. Le combat était gagné.

Une participation croissante jusqu’à la parité

Depuis les jeux d’Anvers en 1920, la progression de la participation de la femme s’est accrue régulièrement, puisque les femmes ont représenté 13 % des participants aux JO de Tokyo en 1964, 23 % à Los Angeles en 1984, 44 % à Londres en 2012 (Tab. 1 et 2).

La parité est promise pour 2020

Le CIO a inscrit la parité à l’agenda olympique 2020. La recommandation 11 de celui-ci préconise de « favoriser l’égalité des sexes :

  • Le CIO œuvrera avec les fédérations internationales afin de parvenir à une participation féminine de 50 % aux Jeux olympiques et pour stimuler la participation des femmes et leur présence dans le sport en créant davantage d’occasions de participation aux Jeux olympiques.
  • Le CIO encouragera l’inclusion d’épreuves par équipes mixtes ».

Un accès aux disciplines qui progressivement a concerné tous les sports

En 1900, lors de la première participation des femmes aux olympiades, seules deux disciplines étaient strictement féminines, le golf et le tennis. Progressivement, la participation des femmes s’est accrue et, depuis 2007, la charte olympique rend obligatoire leur présence dans tout sport ; un engagement renforcé en 2015. En 2012, lors des jeux de Londres, avec l’introduction de la boxe féminine, la participation des femmes a été dans toutes les disciplines. Depuis 1991, tout sport qui souhaite être inclus au programme des JO doit obligatoirement comporter des épreuves féminines. (Tab. 3).

Les femmes dans les instances dirigeantes et administratives. Peut mieux faire

S’il la parité de la participation des femmes aux JO est obtenue, elle est loin d’être effective pour leur place dans les structures administratives du sport.

1981, deux femmes au CIO

L’ouverture du mouvement olympique aux femmes a réellement été initiée par Juan Antonio Samaranch en intégrant en 1981 deux femmes au CIO : Flor Isava-Fonseca (Venezuela) et Pirjo Häggman (Finlande). Le CIO était jusqu’alors exclusivement masculin.

1995, groupe de travail « Femme et sport »

Dès 1995 est créé un groupe de travail spécifique, qui devient en mars 2004 la commission Femme et sport du Comité, organe consultatif, dont le rôle est de conseiller la commission exécutive sur la politique à mener afin d’accroître la participation féminine dans le sport à tous les niveaux.

1996, première Conférence mondiale sur la femme et le sport

La Charte olympique est amendée afin de contenir, pour la première fois de son histoire, une référence explicite à la nécessité d’œuvrer dans ce domaine. « Le rôle du CIO est d’encourager et soutenir la promotion des femmes dans le sport, à tous les niveaux et dans toutes les structures, dans le but de mettre en œuvre le principe de l’égalité entre hommes et femmes » (Charte olympique, état en vigueur au 18.07.1996, Règle 2, paragraphe 7). En 1996, la première Conférence mondiale du CIO sur la femme et le sport a lieu à Lausanne en Suisse. Plusieurs recommandations y sont formulées, notamment « que les FI et les CNO créent des comités spéciaux ou des groupes de travail composés d’au moins 10 % de femmes afin d’élaborer et de mettre en œuvre un plan d’action en vue de promouvoir le rôle des femmes dans le sport ».

1997, première vice-présidence féminine

Anita L. De Frantz est élue vice-présidente du CIO. C’est la première femme à occuper cette fonction.
2000, trophées du CIO « Femme et Sport »
À l’occasion de la deuxième Conférence mondiale du CIO sur la femme et le sport organisée à Paris, en France, la résolution suivante est adoptée : « Le mouvement olympique doit réserver aux femmes, pour fin 2005, au moins 20 % des postes dans toutes ses structures ayant un pouvoir de décision ». Les Trophées du CIO « Femme et Sport » sont décernés pour la première fois. Ils sont destinés à promouvoir et récompenser l’action des femmes dans le sport.

2012, nouvelles recommandations

La cinquième Conférence mondiale du CIO sur la femme et le sport émet les deux recommandations suivantes : « Le CIO devrait réexaminer le nombre minimum de femmes occupant des postes dirigeants qu’il a fixé pour ses composantes, et établir un mécanisme visant à s’assurer que ce quota est respecté » ; « le CIO devrait établir des partenariats plus étroits avec l’Organisation des Nations unies et ses agences, notamment ONU Femmes, et participer aux activités de la Commission des Nations unies sur la condition de la femme afin de développer son propre programme sur la parité hommes/femmes ».
Pour encourager l’égalité des sexes et promouvoir l’autonomisation des femmes par le sport, le CIO signe un protocole d’accord avec l’ONU Femmes.
Nawal El Moutawakel est élue vice-présidente du CIO. C’est aussi la première femme à présider une commission d’évaluation. Claudia Bokel est élue présidente de la commission des athlètes (et membre de la commission exécutive du CIO). Angela Ruggiero est nommée présidente de la commission de coordination des JO de la jeunesse d’hiver de Lillehammer.

2013, 4 femmes à la commission exécutive

Pour la première fois, quatre femmes, soit 26,6 % des membres, siègent à la commission exécutive du CIO.
2018, projet d’analyse sur l’égalité des sexes Le projet d’analyse du CIO sur l’égalité des sexes avec 25 recommandations publiées en mars 2018 est un résultat tangible de l’engagement pris par le CIO (4).

Rattraper l’inégalité médiatique entre les hommes et les femmes

Alors que les regards de millions de téléspectateurs vont se tourner vers les Jeux olympiques et paralympiques de Pyeongchang, le 13 février 2018, l’Unesco a célébré la Journée mondiale de la radio (JMR) sur le thème de la radio et du sport. À cette occasion, la directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, interpelle les médias pour une couverture médiatique plus équitable des athlètes féminines. « Aujourd’hui, à peine 4 % de la couverture sportive sont dédiés au sport pratiqué par les femmes. Par ailleurs, seulement 12 % des informations sportives sont présentées par des femmes. »
Un mois plus tard en avril 2018, le CIO s’est engagé dans sa douzième recommandation concernant la représentation équilibrée des deux sexes dans les médias : « Le CIO exigera que son administration établisse des principes et directives pour une représentation juste et égale des deux sexes dans toutes ses formes de communication ».

Des interrogations en ce début du XXIe siècle

Si la lente conquête de l’olympisme par les femmes s’est déroulée tout au long du XXe siècle, sorte de conquête de l’égalité et d’émancipation, ce début du XXIe siècle pose problème, car certains pays refusent la participation des femmes, voire la conditionne à des diktats vestimentaires. En effet, la Charte olympique interdit toute démonstration religieuse, mais les dirigeants du CIO semblent vouloir favoriser la participation des femmes de tous les pays. Le président Jacques Rogge, concernant la polémique du hijab porté par la judokate saoudienne, a fait remarquer : « Cette participation peut être vue comme le signe d’une évolution encourageante. Avec ces athlètes saoudiennes qui rejoignent leurs consœurs du Qatar et de Brunei, à Londres, tous les comités olympiques nationaux auront ainsi envoyé des femmes aux Jeux olympiques ». Cette situation est inconfortable pour le CIO et est dénoncée par les mouvements féministes occidentaux, en particulier la Ligue du droit international des femmes (LDIF) (1).
Le cas du beach-volley permet de mieux comprendre les problèmes et les enjeux. Ce sport véhicule une image des plus sexy, les joueuses devaient porter des bikinis, qui mettaient très en valeur leur corps. C’est la Fédération internationale de volleyball qui obligeait les joueuses à porter un bikini. La largeur maximale du short était limitée à 7 cm. Pour inciter et permettre à de nouveaux pays d’intégrer les JO, tout en se conformant à leurs règles culturelles et religieuses, la Fédération de beach-volley féminin a autorisé les joueuses à porter un short plus long et un tee-shirt.
Pour l’instant, le CIO laisse les différentes fédérations sportives trancher. Plusieurs fédérations ont tranché dans le sens d’une autorisation de jouer voilées, comme la fédération internationale de basket, de football, de judo, de karaté… C’est une nouvelle réglementation qui montre l’évolution de la place du signe religieux dans le sport. Elle ne concerne pas seulement le port du voile pour les musulmanes, mais aussi la kippa pour les juifs ou le turban pour les sikhs. Mais la sécurité reste prioritaire, puisque les joueurs ne doivent cacher aucune partie du visage et l’accessoire ne doit comporter aucun élément de fermeture autour du visage et du cou.

Femmes et sports : un engagement pour « plus de femmes pour plus de sports »

Initié par deux associations féminines, le Conseil national des femmes françaises (CNFF) et Femmes 3000, le collectif Femmes et sport a lancé une grande initiative le 24 janvier 2018, lors de son colloque sous le haut patronage du ministère des sports. La ministre des sports Laura Flessel a fait une intervention en ce sens : augmenter la pratique sportive féminine, lui donner plus d’accessibilité, de visibilité à tous les niveaux pour assurer plus de santé, de partage, de transmissions de valeurs humaines universelles, des valeurs olympiques, ce qui renforce l’action du CIO. Pour notre part, médecins du sport, il va falloir augmenter notre expertise : mettre en avant la spécificité des pathologies féminines sportives pour mieux les dépister et les traiter.

Bibliographie

  1. Ministère de l’éducation nationale. Les Jeux olympiques : des enjeux multiples. Les femmes aux Jeux olympiques. La lente conquête de l’olympisme. réseau canopé. fr, consulté le 15 Mai 2018.
  2. Lagrue P. Jeux olympiques – Les femmes et les Jeux. Encyclopædia Universalis. www. universalis.fr, consulté le 12 mai 2018.
  3. Les femmes dans le Mouvement olympique. Feuille d’information du CIO. 15 juin 2016.
  4. Projet d’analyse du CIO sur la question de l’égalité des sexes. Comité international olympique. www.olympic.org.