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Interview de Philippe Kuentz : médecin des footballeurs de l’AS Monaco

Dr Gérard Nicolet (Médecin du sport, Dole ; responsable CNSNMM Prémanon)

© Stéphane Senaux / AS Monaco

Gérard Nicolet : Depuis quand et comment es-tu devenu médecin de l’AS Monaco ?

Philippe Kuentz : Je suis médecin de l’AS Monaco depuis 12 ans, après avoir répondu à un appel d’offres. Auparavant, j’étais installé en tant que médecin du sport et médecine physique à Mulhouse.
Je suis un ancien élève du professeur J.H. Jaeger, chirurgien de Strasbourg très impliqué dans la traumatologie sportive, avec qui j’ai créé la Société médicale pour l’avenir de la traumatologie du sport en Haute-Alsace (SMATSH), qui continue sa mission de formation continue dans ce domaine.
Un regroupement des compétences autour du sport était une évidence et j’ai participé à la création d’une structure dédiée, ce qui était assez novateur à l’époque, avec des urgences du sport, un plateau de rééducation avec des kinés passionnés, un podologue, des nutritionnistes, etc.
Nous avons passé beaucoup de temps au bord des terrains, dans les vestiaires ou dans les salles de sport. Les clubs professionnels de la région et les sportifs en général appréciaient notre approche, avec des temps d’arrêt courts et adaptés au projet sportif, tout en restant dans le cadre des soins et des délais de cicatrisation.
J’ai suivi le Mulhouse Basket Club pendant 20 ans, les Scorpions de Mulhouse (hockey sur glace), champions de France l’année précédant mon départ, les volleyeuses de l’ASPTT ou encore l’équipe de France junior d’athlétisme, que j’avais connu en tant qu’athlète quelques années plus tôt…

G. N. : Avant l’AS Monaco, tu avais donc déjà une carrière de médecin du sport riche et variée. Était-il risqué de quitter ton cabinet à Mulhouse pour un contrat à durée déterminée ?

P. K. : En effet, c’était une prise de risque, mais aussi un beau challenge, avec un accès au très haut niveau, où Didier Deschamps était alors l’entraîneur, et l’ambition de participer à un projet médical et sportif d’envergure.

G. N. : Quel est ton rôle dans le club ?

P. K. : Mon rôle est celui de responsable de toute une équipe médicale et paramédicale : nous sommes 3 médecins, 8 kinésithérapeutes, mais l’équipe comprend aussi des ostéopathes, nutritionnistes, podologues ou encore psychologues. Nous sommes en étroite relation avec un préparateur physique dédié aux blessés et plus récemment, nous avons engagé Yann Lemeur, attaché à la performance et à l’expertise de nos différents processus. Il s’agit d’un vrai temps plein, d’un travail de tous les jours, 11 mois de l’année, avec une courte pause en juin, et une présence indispensable à tous les matchs et entraînements.

G. N. : En dehors de ce rôle bien connu de médecin de terrain, existe-t-il des particularités à ton travail au sein de l’AS Monaco ?

P. K. : Effectivement, si l’aspect classique de traumatologie, diagnostic, protocoles de soins et retour terrain est bien codifié, nous nous intéressons également à des problématiques comme la nutrition, le sommeil, ou la récupération. Nous avons pour cela mis en place des réseaux de correspondants. Par exemple, le stress oxydatif, particulièrement élevé chez nos sportifs, est analysé depuis des années par le Dr C. Garrel du CHU de Grenoble. Des prises de sang régulières nous évitent des traitements vitaminiques inutiles avec un traitement sur mesure et orientent l’alimentation et la micronutrition. Nous collaborons également avec l’European Sleep Center de Paris et plus particulièrement avec le Dr F. Duforez avec lequel nous analysons le sommeil, la récupération et la chronobiologie par des enregistrements réguliers. Les joueurs vont alors bénéficier de conseils personnalisés et d’informations pratiques sur la sieste, la chambre idéale pour bien dormir ou encore l’alimentation pour mieux dormir. Les horaires d’entraînement sont adaptés pour être optimisés. Dans le cadre de notre partenariat, nous avons également mis en place une étude sur le sommeil et nous nous sommes aperçus que l’ajout d’un sur-matelas permettait de gagner jusqu’à 20 minutes de sommeil et d’avoir moins mal au dos. Nous allons étendre ces mesures au groupe professionnel et équiper l’hôtel de la mise au vert d’avant match.

G. N. : Cette prise en charge globale est-elle particulière à Monaco ?

P. K. : Cette vision globale de la santé nous paraît essentielle. L’objectif est vraiment de mettre les joueurs dans des conditions optimales. En dehors de la médecine de soin, il y a une médecine de bien-être et de santé générale qui est forcément reliée à la performance.
À mon sens, cette problématique est partagée avec l’ensemble des médecins du sport. Nous sommes les mieux placés pour être au centre des stratégies du mieux vivre et de la santé. Comment prévenir la blessure ou la maladie, gérer l’activité physique, la récupération, quoi manger, comment dormir, comment s’hydrater…

G. N. : Tu insistes beaucoup sur le sommeil, la récupération et la nutrition. Un ouvrage dont tu es le coauteur vient d’ailleurs de paraître à ce sujet. Quels en sont les objectifs ?

P. K. : Recettes pour champions traite plus de cuisine que de science ! Cet ouvrage a pour origine un constat : les sportifs savent ce qu’ils doivent manger, mais sont souvent en manque d’idées lorsqu’il s’agit de cuisiner. Ce livre d’une cinquantaine de recettes a pour ambition de permettre aux athlètes de tous niveaux et à leurs proches de cuisiner facilement des plats savoureux et sains, en respectant les directives de l’alimentation du sportif. Les recettes sont très faciles à réaliser et la réussite du plat est garantie. De plus, un flashcode menant à une vidéo est attaché à chaque recette.

RECETTES POUR CHAMPIONS
Dr Philippe Kuentz, Andrea Mäusli, Eléonore Schoettel, Eve Tiollier, Tara Ostrowe
Éditions Sport & Food & Health
www.recettespourchampions.com