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JEUX OLYMPIQUES RIO 2016 : Retour sur la préparation et l’organisation médicale

Dr Philippe Le Van (Médecin référent de l’équipe de France Olympique)

Préparer l’organisation médicale de la délégation française aux Jeux olympiques, cela revient à essayer de résoudre des équations à plusieurs inconnues. Il faut pouvoir anticiper en ayant seulement une partie des éléments. Les contraintes varient en fonction de la taille de la délégation, du pays et de ses réglementations, du nombre de sites d’entraînement et de compétitions, de la volonté et de la stratégie des fédérations, des cadres imposés par le Comité international olympique (CIO) et le Comité d’organisation des jeux olympiques (COJO), ainsi que des aléas qui peuvent survenir au dernier moment.

Figure 1 – Les Jeux olympiques 2016 en chiffres.

La préparation commence vraiment 2 ans à 2 ans et demi avant l’événement, quand le comité d’organisation commence à fournir les premières informations. Ces dernières fixent le cadre de l’organisation médicale mise à disposition sur place et de l’organisation des délégations médicales des comités nationaux olympiques. 

Les contraintes varient selon…

La taille de la délégation 

Après avoir planté le décor de l’organisation médicale, vient ensuite la période de qualification pour les différents sports. Il est important de suivre ces qualifications, car tout est ensuite calculé sur le nombre de sportifs qualifiés aux JO. En effet, ce nombre va permettre de définir la taille de l’encadrement, le nombre de chambres mises à disposition, la taille des espaces dédiés aux équipes médicales, le nombre de véhicules affectés à la délégation, etc. La règle pour l’encadrement est stricte et intangible, et correspond à 55 % du nombre d’athlètes qualifiés pour un sport, toutes fonctions confondues : directeurs techniques nationaux (DTN), entraîneurs, vidéastes, statisticiens, préparateurs physiques, médicaux (médecins, masseurs-kinésithérapeutes, vétérinaires), techniciens pour le cyclisme, grooms en équitation, et toutes les fonctions qui tournent autour des équipes de France. Cet encadrement réduit est généralement un des gros problèmes des JO. En effet, l’encadrement présent lors des autres compétitions (championnats du monde, championnats d’Europe), est souvent plus important que pendant les JO, pourtant la compétition la plus importante de la carrière d’un sportif. Ce problème se retrouve dans l’encadrement médical.

En effet, dans les sports où il y a peu d’athlètes qualifiés, la possibilité de partir avec l’encadrement médical habituel est faible. Par exemple, pour les sports qui n’ont que deux à quatre athlètes qualifiés, ceuxci ne peuvent avoir qu’un à deux encadrants, et la priorité va bien sûr aux entraîneurs. C’est pourquoi le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) met à disposition de ces sportifs un staff médical composé de médecins et de masseurs-kinésithérapeutes. Cette année, la délégation française est importante, car de nombreux sports collectifs ont été qualifiés. Elle comprend 396 athlètes (228 hommes et 168 femmes), un nombre encore jamais atteint aux Jeux olympiques.

Le pays

Le Brésil présente plusieurs caractéristiques. Tout d’abord, une administration douanière particulièrement tatillonne, rendant l’importation de tout produit très difficile et en particulier les médicaments. Pour faciliter les choses, le CIO via le Comité d’organisation de Rio 2016 a établi une réglementation simplifiée, mais qui a nécessité de déclarer la liste de médicaments ainsi que l’ensemble des matériels médicaux et de kinésithérapie importée dès le 28 février 2016.

De même, il nous est imposé de déclarer tous les médecins qui feront partie de la délégation, accrédités ou non auprès du ministère de la santé brésilien, ce qui nécessite de demander à chaque médecin un certain nombre de documents dont un “certificat de bonne conduite” (délivré par le Conseil national de l’ordre des médecins). Par ailleurs, la ville de Rio se situe à 11h30 de vol de Paris, avec un décalage horaire de 5 heures au moment des JO. Il faut aider les équipes à gérer ce décalage, et fournir à l’ensemble de la délégation des chaussettes de contention pour éviter tous les risques thromboemboliques liés aux vols long-courriers.

De plus, vous n’êtes pas sans savoir que le Brésil est touché depuis 2015 par le virus Zika et que celui-ci a un tropisme particulier pour le système nerveux, avec de forts soupçons quant à un risque de microcéphalie sur les enfants à naître de mères contaminées. Il a donc fallu prendre contact avec un service de médecine infectieuse et tropicale. Je me suis donc tourné vers le service de santé des Armées qui connaît bien ce problème pour avoir du personnel présent dans des zones de pandémie. Sur ses conseils techniques, nous avons trouvé un laboratoire pharmaceutique qui a fourni en grande quantité des répulsifs avec de l’icaridine contre les moustiques de type Aedes qui propagent cette pathologie, ainsi que le virus de la dengue et du chikungunya. Sachant que ces deux autres virus existent également au Brésil, cette prévention est d’autant plus importante pour nos athlètes et leur encadrement. Comme d’habitude, nous avons donné un certain nombre de préservatifs, le comité d’organisation en a prévu 450 000, pour se prémunir contre la contamination du virus Zika qui peut être présent dans le sperme.

Le Brésil est également touché par une épidémie de grippe H1N1, de faible ampleur, mais qui est déjà deux fois plus importante que celle présente l’an dernier, avec une cinquantaine de morts depuis le début de l’année. Il faut donc rester vigilant et prévoir une vaccination pour la délégation si les choses devaient s’aggraver. En cas de nécessité de vaccination, le processus serait facilité, car le vaccin 2016 contre la grippe contient également la souche H1N1.

Figure 2 – Les différentes zones de compétitions de Rio 2016.

L’organisation sur place 

Pour les Jeux olympiques de Rio, il existe quatre sites de compétition (Fig. 2) : le premier, situé près du village olympique de Barra, est nommé Olympic Park, le second est situé au nord du village olympique sur des terrains militaires à Deodoro, le troisième vers le fameux stade du Maracaña et le dernier vers la zone de Copacabana. Un grand nombre de sports sont réunis à Olympic Park, proche du village, ce qui facilite l’encadrement médical. Certains sports éloignés, comme la voile ou le triathlon, ont choisi d’être hébergés près de leur lieu de compétition. Notre rôle est donc de prêter assistance à la fois sur le plan matériel et humain à ces fédérations, qui ont fait le choix de rester en dehors du système pour des raisons de performance.

Figure 3 – Plan du village olympique.

Figure 4 – Vue globale du village olympique.

Le village olympique est situé à l’est de Rio, loin du centre-ville (Fig. 3 et 4). Il a été construit de toutes pièces et est assez compact. Il permettra de loger 10 900 athlètes et leur encadrement accrédité. C’est une véritable ville avec un restaurant couvert qui sert plusieurs milliers de repas 24h/24, des laveries qui permettent de blanchir tous les résidents, des boutiques et pour ce qui est du médical, une polyclinique. Celle-ci comprend une ou deux IRM, un CT scanner, une radiographie, des échographes, une salle de déchocage, des salles d’ophtalmologie, des consultations de divers spécialistes et des cabinets dentaires, ce qui correspond à un petit hôpital. Pour les spécialités plus rares, il existe des hôpitaux dédiés pour la famille olympique, avec service de chirurgie et de réanimation.

Figure 5 – Le bâtiment France.

La délégation est logée dans un des condominiums (Fig. 5), dans un bâtiment de 17 étages, et occupera les 12 derniers étages. La partie médicale est située au rez-de-chaussée du bâtiment et comprend une partie kiné (Fig. 6) de 100 m² avec plusieurs salles et un bloc avec deux cabinets d’examen pour les médecins (Fig. 7) d’environ 20 m², auxquels s’ajoute une salle sombre pour l’appareil d’échographie.

Figure 6 – La salle de kiné.

Figure 7 – Les cabinets de consultation.

En effet, l’imagerie est maintenant indispensable lors des JO d’été et nous avons avec nous deux échographistes pour se succéder sur l’ensemble de la période des JO. Leur rôle est de réaliser des échographies, mais également de participer au choix des séquences lorsqu’il y a une IRM et à l’interprétation de tous les examens d’imageries demandés à l’extérieur.

De même, nous transportons un ensemble de matériels et produits de kinésithérapie pour que les athlètes français se retrouvent dans des conditions proches de celles de la France et en particulier de l’Insep, que beaucoup d’athlètes fréquentent. Nous emportons à cet effet un certain nombre d’appareils de physiothérapie et des bains froids qui permettent aux athlètes une meilleure récupération et font maintenant partie du standard des déplacements internationaux.

La délégation sera composée d’une vingtaine de médecins et d’une cinquantaine de kinés qui se succèdent pendant toute la durée des JO, en fonction du calendrier de leurs équipes. Les sportifs qui n’ont pas d’encadrement bénéficient d’un staff composé de trois médecins et quatre masseurs-kinésithérapeutes dont un ostéopathe, avec une présence féminine chez les médecins et les kinés, car 40 % des sportifs de la délégation sont des sportives.

Importance de l’esprit d’équipe

Ce qui est important pour nous, c’est que cet esprit équipe de France olympique se retrouve aussi au pôle médical, et que tous collaborent dans un même lieu pour que les sportifs puissent récupérer physiquement, mais aussi mentalement. Car, si le staff médical est avant tout présent pour soigner “des corps”, il se retrouve aussi souvent en première ligne pour prêter une oreille bienveillante aux états d’âme des sportifs.

Une autre précision importante : tout le personnel médical est au service de la délégation, d’abord de son équipe, mais aussi de tous en cas de besoin. Les sports d’équipe qui mènent une vie de groupe, même s’ils ont des espaces dédiés pour leur médical, apprécient de venir se mêler aux autres pour vivre pleinement ces JO.

Si vous n’avez pas entendu parler du service médical de la délégation, c’est que les jeux se sont bien passés pour nous. Les JO d’été terminés, il nous faut maintenant penser à la préparation des prochains jeux d’hiver en Corée, à Pyeongchang, en 2018.