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La force athlétique : Placer la barre toujours plus haut

Philippe Le Van (INSEP, Paris)

La force athlétique ou power lifting est un sport de force issu de l’haltérophilie et de la musculation dont elle reprend les mouvements de base qui ont donné lieu à des compétitions à partir des années 1970.

La force athlétique consiste à réaliser le meilleur total de poids sur 3 mouvements. 

 

  • La flexion de jambe (squat) : exercice qui consiste à poser une barre chargée de poids sur ses épaules et à réaliser ensuite une flexion sur les jambes jusqu’à amener la cuisse en dessous de l’horizontale. 
  • Le développé-couché (bench press) : allongé sur le dos, les bras tendus à la verticale avec une barre chargée à bout de bras, il faut alors effectuer une flexion des bras jusqu’à faire toucher la barre sur la poitrine et à nouveau tendre les bras, la barre toujours horizontale. 
  • Le soulevé de terre (deadlift) : debout, jambes écartées, il faut décoller du sol une barre chargée jusqu’à avoir les genoux tendus.

 

C’est un sport à catégorie de poids :

  • il existe 10 catégories chez les hommes : 56, 60, 67.5, 75, 82.5, 90, 100, 110, 125, +125 kg ; 
  • il existe 9 catégories chez les femmes : 48, 52, 56, 60, 67.5, 75, 82.5, 90, +90 kg.

La pesée est effectuée 2 heures avant la compétition.

 

Les différents mouvements sont réalisés dans l’ordre suivant : flexion de jambe, développé-couché et, enfin, soulevé de terre, avec 3 essais par exercice, suivant une modalité appelée round system. C’est-à-dire qu’un tirage au sort désigne l’ordre de passage des concurrents et, qu’ensuite, les essais sont réalisés suivant cet ordre sans une progression constante du poids de la barre, comme en haltérophilie. En fait, on assiste à un ballet incessant de chargeurs qui chargent ou déchargent la barre à chaque essai, suivant la barre demandée par l’athlète et ses entraîneurs. Le classement se fait sur le meilleur total dans la même catégorie de poids. En cas d’égalité, c’est le concurrent le plus léger qui l’emporte. Des abaques appelés “tables de Wilks” permettent de comparer les différentes catégories de poids et de désigner le Champion des champions.

LE MATÉRIEL

Les barres, de 29 mm de diamètre, pèsent 20 kg et sont en acier plus rigide que celles utilisées en haltérophilie. En effet, l’élasticité de la barre, utile en haltérophilie, est un frein à la performance en force athlétique. De plus, les charges supportées sont beaucoup plus importantes, jusqu’à plus de 450 kg en squat. Les disques de poids sont en fonte : 10 kg vert, 15 kg bleu, 20 kg jaune, 25 kg rouge. Il existe des disques en fonte pour les petits poids : 0,5 kg, 1 kg et 2,5 kg.

Pour s’aider, les compétiteurs utilisent des combinaisons différentes suivant les mouvements à réaliser. Pour les squats, il s’agit d’une combinaison qui maintient le dos droit avec des bandes élastiques au niveau des genoux qui empêchent la flexion. Celle-ci ne peut être réalisée qu’avec le poids de la barre. L’énergie accumulée lors de la flexion est restituée à la remontée, ce qui permet d’augmenter la performance. Pour le développé-couché, la combinaison utilise le même principe. La combinaison remonte sur les coudes et empêche leur flexion par sa construction en fibres élastiques très raide. Le poids de la barre permet la flexion des deux coudes. Pour le soulevé de terre, la combinaison rigidifie le dos et permet de redresser le buste. Les spécialistes estiment que l’apport de la combinaison est d’environ 20 %, ce qui peut représenter 50 à 60 kg.

LA FORCE ATHLÉTIQUE DANS LE MONDE

La fédération internationale IPF (International Powerlifting Federation) existe depuis 1972 et les premiers championnats du monde ont eu lieu en 1973. Les championnats féminins ont commencé en 1980.

Lors des championnats du monde 2008, la France s’est située à la 6e place, derrière l’Ukraine, la Pologne, les USA, le Japon et la Chine Taïpei pour les hommes, et à la 11e place chez les femmes.

Le powerlifting est très populaire dans les pays scandinaves, au Japon et en Chine Taïpei où les compétitions sont retransmises à la télévision.

LA FORCE ATHLÉTIQUE EN FRANCE

Cette discipline fait partie de la FFHMFAC (Fédération Française d’Haltérophilie, Musculation, Force Athlétique et Culturisme). Au total, la fédération compte environ 46 000 licenciés dont 11 000 licenciés en force athlétique et 2 500 en culturisme. Elle est une discipline reconnue de haut niveau par le secrétariat d’Etat au sport depuis 2005 et compte des champions français, du monde et d’Europe, aussi bien masculins que féminins.

LES SPORTIFS

Les champions de force athlétique sont des sportifs de la maturité : l’âge moyen des meilleurs se situe entre 30 et 35 ans. Le leader actuel français de la discipline est Hassan El Belghiti, âgé de 34 ans. Il concourt dans la catégorie de poids des 67,5 kg. Il a commencé par la musculation à l’âge de 17 ans puis est passé à la force athlétique. Son palmarès est impressionnant :

  • champion du monde open 2008 ; 
  • vice-champion du monde open 2007 ; 
  • champion du monde 2007, 2008 ; 
  • vice-champion du monde 2009.

Il a obtenu une médaille de bronze lors des derniers Jeux Mondiaux qui ont eu lieu en Chine Taïpe en juillet dernier. Son mouvement de prédilection est le soulevé de terre où il est actuellement parmi les meilleurs mondiaux avec 312 kg 500 réalisés. Ses autres records sont 280 kg en flexion de jambe et 160 kg au développé-couché.

 

Pour les féminines, la meilleure Française est Bénédicte Lepanse, âgée de 31 ans, dans la catégorie des 48 kg. Elle a commencé par la gymnastique puis est venue à la musculation, l’haltérophilie puis la force athlétique où elle obtient son premier titre de championne de France à 17 ans. Ses records sont : 

162 kg en flexion de jambe ; 

97,5 kg en développé-couché ; 

155 kg en soulevé de terre.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site Internet de la FFHMFAC : http://www.ffhmfac.fr/

Les pathologies

Les pathologies les plus fréquentes sont les lésions des genoux, tendinites et chondropathies, en rapport aux contraintes énormes qui existent sur les genoux en flexion de jambe. Les pathologies des poignets par compression lors du développé-couché ne sont pas rares et peuvent aller jusqu’à des lésions ligamentaires et/ou cartilagineuses qui peuvent nécessiter une stabilisation chirurgicale. Enfin, si les lésions lombaires musculaires sont assez fréquentes, les lésions discales sont très rares, du fait de la protection musculaire et de l’excellente technique des compétiteurs.

mds98-sport-entretienEntretien avec Hassan El Belghiti,

vice-champion du monde 2009 de force athlétique

« Ce qui compte, c’est l’envie, l’envie de gagner, l’envie d’aller au-delà… »

 

Avec ses 11 podiums internationaux, Hassan El Belghiti est le joueur français le plus titré de toute l’histoire de la force athlétique.

 

MDS : Comment êtes-vous arrivés à la force athlétique ?

Suite à une blessure à 14 ans, j’ai arrêté le football. Je voulais faire un sport de combat, de la boxe thaïlandaise. Comme j’étais un petit gabarit (53 kg), j’ai commencé à fréquenter la salle de musculation de l’USV (Union Sportive du Velay) dans l’objectif de me renforcer musculairement. Le président du club m’a remarqué et m’a proposé de pratiquer la force athlétique. J’ai mis le pied à l’étrier et les résultats sont arrivés très rapidement.

 

MDS : Comment vous entraînez vous ?

Je pratique les trois mouvements de base et des exercices d’assistance associés à chacun des mouvements. Si l’on veut rester bon longtemps, il faut également travailler la technique. Si on ne travaille que la force, on est vite limité ou bien on s’expose à la blessure.

 

MDS : Qu’est-ce qui est le plus difficile pour vous dans ce sport ?

Une des choses les plus dures, c’est le poids de corps. Chez les masculins, il y a 10 catégories différentes. Je concours dans la catégorie de poids des moins de 67 kg 500 alors que mon poids de forme est 70 kg, voire 70 kg 500. Pour perdre les 3 kg avant chaque compétition, je suis un régime draconien et c’est ce qu’il y a de plus dur.

 

MDS : Quelle est la qualité principale selon vous ?

Le mental et l’envie de gagner ! Ce qui compte, c’est l’envie, l’envie de gagner, l’envie d’aller au-delà… Pour réussir, il y a trois facteurs essentiels : ténacité, régularité dans le travail et assiduité.

 

MDS : Votre prochain objectif ?

Battre le record du monde du soulevé de terre. Il est à 318 kg 500 dans ma catégorie de poids. Pour l’instant, je détiens le record de France à 312 kg 500. Aucun Français n’a jamais eu de record du monde en soulevé de terre. Cela mettra le temps qu’il faudra mais c’est mon objectif, et ce sera une grande étape dans l’histoire du powerlifting français.