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La natation, c’est bon pour le dos

Dr Patrick Middleton (Clinique les grands chênes, Bordeaux)

Dr Patrick Middleton

Mou.P est nageur. Il a 17 ans. Depuis quelques semaines, il se plaint d’une lombalgie basse de type mécanique. Sa spécialité est la nage papillon. Il fait partie des meilleurs nageurs de sa catégorie d’âge.

Diagnostic

Le bilan clinique retrouve une tendance à l’hyperlordose lombaire, une douleur en extension du rachis, une rétraction des muscles ischio-jambiers et psoas-iliaque. Sa sangle abdominale est faible, comme souvent chez le nageur. Il n’a pas de Lasègue, le bilan neurologique est normal.

 

C’est le bilan radiographique qui permet le diagnostic de spondylolisthésis de stade I.

 

Le cliché de profil (Fig. 1), outre le glissement de L5 sur S1 inférieur à 25 %, met en évidence une cunéïformisation de L5, un aspect en S du plateau de S1 et une pente sacrée augmentée.

Les clichés de 3/4 visualisent l’image des lyses isthmiques au niveau du cou du “petit chien”.

Figure 1 – La radiographie de profil met en évidence la lyse isthmique et le glissement antérieur de stade I de L5 sur S1.

Suivi

Un traitement de rééducation est mis en place, accompagné pendant quelques jours d’un traitement par AINS et antalgiques. Le travail de rééducation associe :

● un travail d’assouplissement des structures postérieures (ligaments inter-épineux et inter-transversaire, musculature para-vertébrale), des muscles ischio-jambiers et psoas-iliaques ;

● un travail de renforcement de la sangle abdominale en délordose et des exercices d’auto-étirement axial actif réalisés en position assise ;

● un apprentissage de la rétroversion pelvienne.

L’activité sportive a été poursuivie tout en évitant le papillon pendant 6 semaines. Des conseils d’auto-rééducation ont été donnés au nageur qui poursuit son activité sans difficultés notables.

 

La pratique de la natation est conseillée chez le patient lombalgique, notamment la nage sur le dos. Le crawl et surtout le papillon ont tendance à favoriser une surcharge des structures postérieures du rachis, ce qui, lors d’une pratique intensive peut s’avérer iatrogène.

Discussion

On estime à 6 % la fréquence du spondylolisthésis dans la population générale. Elle augmente avec la pratique sportive. Elle est estimée à 15 % chez le nageur. La lésion se produit sur le mode micro-traumatique et reste longtemps asymptomatique.

Chez le sportif, 95 % des lyses isthmiques se produisent au niveau de L5 et dans 85 % des cas l’atteinte est bilatérale, la lésion se produisant d’un côté puis, après un intervalle libre, de l’autre.

 

La cunéïformisation de L5 est progressive et traduit l’ancienneté de la lésion qui est favorisée, outre la pratique sportive, par la verticalisation de la pente sacrée.

 

Dans les stades I (85 % des spondylolisthésis retrouvés chez le sportif) le traitement est conservateur (rééducation). Dans les formes très algiques et dans le stade II (déplacement compris entre 25 et 50 %), le port d’un corset plâtré est indiqué pendant 3 semaines. Cette immobilisation est prolongée par le port d’un corset en polyéthylène après la pratique sportive et pendant la nuit.

 

La rééducation est le traitement de choix pour notre nageur. Elle a pour objectif de lutter contre la surcharge postérieure par des exercices d’étirements des muscles para-vertébraux et sous pelviens et par des exercices musculaires à visée délordosante.

 

La pratique de la natation n’est pas anodine pour le rachis. Surtout connue par la pathologie de la coiffe et la gonalgie du brasseur, il faudra évoquer l’existence d’une lyse isthmique chez un jeune nageur en cas de lombalgie basse et réaliser pendant sa croissance, une fois le diagnostic établi, un suivi clinique et radiographique biannuel. On est cependant loin des taux de spondylolisthésis retrouvés chez le plongeur : 50 %.