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La raquette de tennis : quelles évolutions ?

Dr Jacques Parier (Médecine physique, Paris)

Depuis les débuts du tennis, la raquette a fait l’objet de nombreuses modifications, tant au niveau de sa forme que de sa composition. Retour sur les changements majeurs.

Au XIe siècle en France, l’ancêtre du tennis se joue à la main (jeu de paume), puis avec un bâton ou un tambourin. La raquette du jeu de paume fait son apparition au tournant du XIVe et du XVe siècle.
La 1re grande révolution survient avec l’arrivée de la raquette en bois laminé (association de plusieurs essences), plus solide. Parmi les exemples les plus célèbres : la Dunlop Maxply – lancée en 1938 – équipe Laver, puis celles de John McEnroe jusque dans les années 1980 (Fig. 1).

Figure 1 – Apparition des raquettes en bois, très appréciées de John McEnroe (photo reprise avec l’aimable autorisation de Tennis magazine).

Du bois à la raquette intelligente

En 1963, René Lacoste – inventeur du grip et de la machine à lancer les balles – crée la première raquette en métal. Commercialisée par Wilson, la T2000 sera l’objet fétiche de Jimmy Connors (Fig. 2).

À partir des années 1960, les équipementiers de ski (Head, Fischer ou Rossignol) introduisent de nouveaux matériaux dans le tennis. La raquette est renforcée par un cadre en aluminium. Combinant plastique et métal, Howard Head développe les premiers modèles composites en 1969.
Puis, en 1976 un modèle extralarge (710 cm2) est mis au point par Howard Head dont le brevet est refusé à deux reprises. La surface de contact augmente de 30 à 50 %.
Ce n’est que secondairement que des avantages insoupçonnés seront découverts. Le tamis de 430 cm2 augmente pour certains modèles jusqu’à 680 cm2. La zone dite de confort passe, pour un tamis de 680 cm2, de 21 cm2 à 186 cm2, soit huit fois plus.
L’année 1980 marque l’avènement du graphite (Prince Graphite, Wilson Pro Staff, Dunlop Max 200 G…). Les raquettes deviennent plus grandes, plus légères et plus rigides. En un mot : plus faciles à prendre en main, et donc plus performantes !
La raquette en bois – en moyenne 420 cm2 de tamis pour un poids global de 370 à 425 g – vient de prendre un sacré coup de vieux.
Années 2000 : les nouveaux modèles sont toujours plus rigides et encore plus légers, sans pour autant perdre en solidité. Les modèles peuvent peser moins de 300 g, comparés aux 414 g de la raquette de Borg en 1980 ou aux 378 g d’Edberg en 1990.
Que dire de la raquette anti-tennis elbow. Souvent annoncée, elle n’a pour le moment pas vu le jour, et cette pathologie des épicondyliens semble avoir encore de beaux jours devant elle.
La raquette intelligente fait son apparition. La Head Ti Extrême Compétition est équipée en manche d’une puce électronique, qui transforme les vibrations absorbées en impulsions électriques, afin de rigidifier le tamis (plus de puissance).
Depuis quelques jours, une puce électronique amovible ultra légère de 8 g peut s’adapter sur certaines raquettes. Elle permet d’analyser des données telles que le type de coup, le centrage, la vitesse du swing et de la balle.
La raquette connectée de Babolat utilisée par Rafael Nadal, Babolat Play, possède inclus dans le manche un système connecté qui permet de déchiffrer le jeu du joueur : zone d’impact, coups par minute, temps de jeu (Fig. 3)

Figure 2 – La première raquette en métal, commercialisée par Wilson
(photo reprise avec l’aimable autorisation de Tennis magazine).

Figure 3 – Rafael Nadal et sa raquette connectée, face à Novak Djokovic en quarts de finale à Roland-Garros, le 3 juin 2015.

Et la balle

Au Moyen-Âge, la balle du jeu de paume est faite de bourre (son + sciure). Un vrai projectile dangereux ! Dans les années 1875-80, la petite sphère est faite de caoutchouc, d’après un procédé mis au point par Charles Goodyear : la vulcanisation. Une feutrine vient l’entourer. L’utilisation de tubes pressurisés, à partir des années 1920, augmente considérablement la durée de vie de la balle.
En 1978, la balle jaune que l’on connaît se généralise. L’ancien feutre blanc, maculé de rouge sur terre et de vert sur herbe, rendait le jeu illisible sur petit écran…

Le boom des performances.

 

  • Record de vitesse au service à la sortie de la raquette

– Ivo Karlovic (Croatie) : 251 km/h (2011)
– Samuel Groth (Australie) : 263 km/h (2012)
– Andy Roddick (États-Unis) : 249 km/h (2004)
– Greg Rusedski (Royaume-Uni/Canada) : 240 km/h (1998)
– Sabine Lisicki (Allemagne) : 211 km/h (2013)
– Venus Williams (États-Unis) : 207 km/h (2007)

  • Record français

– Gaël Monfils : 235 km/h
– Jo-Wilfried Tsonga : 232 km/h

  • Puissance moyenne du lift (en tours par minute)

– Rafael Nadal : 3 200 (record à 4 900)
– Roger Federer : 2 700 (record à environ 4 000)
– Moyenne des joueurs professionnels en activité : 2 500
– Pete Sampras, Andre Agassi : 1 700

1997 : la révolution des cordages synthétiques

Le cordage existe dès l’invention de la raquette de jeu de paume. Il est d’abord fait en boyau de mouton, puis de morceaux d’intestin de boeuf, traités chimiquement, séchés puis calibrés.
Afin de réduire les coûts, les premiers cordages synthétiques sont créés dans les années 1950. Ce sont les polymères : polyamide (nylon), polyester et aramide (kevlar), soit sous forme de multifilaments, soit de monofilaments (plus rigides).
Inconvénients : moins d’élasticité, de toucher, et une perte de tension plus rapide. Mais une longévité et un prix sans comparaison ! De nombreux analystes situent l’avènement d’une nouvelle génération de cordes synthétiques lors de la victoire de Kuerten à Roland Garros en 1997. Son cordage, un copolymère monofilament fabriqué par Luxilon, fait partie de ces nouveaux matériaux permettant de frapper plus fort et de trouver des angles très courts croisés, tout en gardant la balle dans le court, notamment grâce à un lift supplémentaire ! Ces cordages très rigides ne sont cependant pas dénués de risques. Ils peuvent être pathogènes pour un organisme en croissance, en particulier au niveau du coude ou de l’épaule.