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Le rugby à 7 : du rugby haut débit

Dr Patricia Martel

Entretien avec le Dr Nicolas Barizien

Médecin fédéral au Centre National de Rugby en charge du Pôle France Rugby et de l’équipe de France à 7

C’est lors d’un tournoi local de rugby en Écosse en 1883 que fut créé le rugby à 7 ou « rugby sevens ». Les organisateurs eurent l’idée de réduire le nombre de joueurs et la durée des matchs afin de rendre le jeu plus spectaculaire. Une belle idée qui fit son chemin, puisque le rugby à 7 connaît aujourd’hui une formidable popularité dans le monde entier. Les clés de ce succès : la vitesse et l’intensité des matchs, qui en font l’un des plus impressionnants spectacles sportifs actuels. Quelles sont les particularités techniques et les qualités physiques requises pour le jeu à 7 ? Le point avec le Dr Barizien.

De nombreux pays ont une équipe féminine de rugby à 7, un des critères nécessaires pour être éligible aux compétitions olympiques.

Nouvelle discipline olympique en 2016

Depuis sa création, le rugby à 7 s’était surtout développé dans les pays anglo-saxons, jusqu’à s’imposer ensuite peu à peu dans le monde entier.

 

« Dans les pays anglo-saxons le jeu à 7 fait aujourd’hui partie intégrante de la culture du rugby au même titre que le jeu à 15 », explique le Dr Barizien. C’est le cas dans le Pacifique (Nouvelle-Zélande, Australie, Samoa, Fidji), en Afrique du Sud et au Royaume-Uni.

 

« Dans ces pays, le rugby à 7 est souvent un moyen de former les joueurs, il est utilisé dans la préparation physique des joueurs à 15. »
Par ailleurs, dans les pays qui n’avaient jusqu’à présent aucune culture du rugby à 15, le jeu à 7 commence très fort. Citons l’exemple du Kenya qui se place actuellement au 5e rang mondial. « Le rugby à 7 s’est imposé très rapidement au niveau international,
d’une part pour son côté spectaculaire, mais aussi pour sa facilité de pratique puisqu’il nécessite peu de joueurs. »

 

Le rugby à 7 est donc à l’heure actuelle une discipline universelle et de nombreux pays possèdent également leurs équipes féminines, deux critères nécessaires pour être éligible aux compétitions olympiques.
« Cette éligibilité lui a d’ailleurs été attribuée en 2009 et le rugby à 7 fera son entrée aux prochains Jeux de Rio en 2016 », confirme le Dr Barizien.

 

En France, le rugby à 7 commence à se faire connaître grâce aux résultats de l’équipe de France.

Les principales différences avec les règles du rugby à 15

• C’est l’équipe qui vient de marquer l’essai ou la pénalité qui doit engager.
• Une mêlée comprend trois joueurs de chaque équipe.
• Toutes les pénalités et transformations doivent se faire en coup de pied tombé (drop-goal).
• Il n’y a pas de temps additionnel à la fin du match. Le chronomètre est arrêté à chaque interruption de jeu.

Les règles du rugby à 7

Le rugby à 7 se joue sur le même terrain que le rugby à 15, mais la pratique diffère par trois points principaux : la durée des matchs, le nombre de joueurs et le format des compétitions.

 

Au rugby à 7, un match se joue en deux mi-temps de 7 minutes avec 2 minutes de pause, contre 80 minutes pour le rugby à 15. La finale se joue quant à elle en deux mi-temps de 10 minutes.

 

Le rugby à 7 se joue à sept joueurs, dont trois avants qui forment les mêlées et quatre arrières, dont un libero. L’équipe dispose de cinq remplaçants par match comme pour le rugby à 15, avec seulement trois changements par match. En cas de match nul à la fin du temps réglementaire, des prolongations d’une durée de 5 minutes chacune sont prévues après une pause d’une minute. La première équipe qui marque est alors déclarée gagnante et le match s’arrête.
En cas de faute, l’arbitre peut délivrer un carton jaune qui exclut temporairement le joueur pendant 2 minutes, ce qui pénalise considérablement l’équipe sur une si courte durée de match.
Enfin, le format des compétitions de rugby à 7 comprend sept à huit matchs par compétition, étalés sur 2 à 3 jours.

 

Le championnat de rugby à 7 est international. Il est organisé pour les compétitions mondiales par l’IRB (International Rugby Board), et pour les compétitions européennes par la FIRA (Fédération internationale de Rugby amateur). Les tournois font donc le tour du monde, ce qui implique, pour les joueurs, des contraintes de gestion des décalages horaires.

 

La Coupe du monde, à laquelle la France a participé, a eu lieu à Moscou en juin dernier.

Les spécificités du jeu à 7

Ces particularités en termes de durée, de nombre de joueurs et d’enchaînement des matchs expliquent les différences physiques et énergétiques entre les deux types de rugby : « À 7, les matchs sont plus courts, mais la vitesse et l’intensité du jeu sont décuplées », commence le Dr Barizien. On sait qu’à 15 le temps de jeu effectif, c’est-à-dire le temps de jeu pendant lequel le ballon circule est de 40 à 50 % (40 minutes de jeu effectif), celui-ci atteint 80 à 90 % dans le jeu à 7. Même chose pour le
temps de course : de 50 à 55 mètres par minute de jeu pour le rugby à 15, il passe à environ 100 à 110 mètres par minute pour le rugby à 7. On estime par ailleurs que 27 % de la distance totale parcourue pendant le match se fait à haute intensité, c’est-à-dire à plus de 4 mètres par seconde.

 

« À 7, on note globalement des temps de jeu effectif plus importants avec des intensités proportionnelles plus élevées qu’à 15 », résume le Dr Barizien.

 

Ces particularités sont à la base des programmes d’entraînement des joueurs du rugby à 7 qui s’attacheront à développer spécifiquement la vitesse et l’explosivité.

 

On note enfin autant de plaquages dans les deux types de rugby, proportionnellement au temps de jeu.

La préparation physique des joueurs à 7

La vitesse est l’une des qualités primordiales du rugby à 7.

Les joueurs de rugby à 7 reçoivent donc un entraînement visant à développer spécifiquement la vitesse et les capacités à reproduire de nombreux sprints courts, mais à vitesse élevée. Par ailleurs, lors des tournois imposant la répétition de trois à quatre matchs dans une même journée, un travail des capacités de récupération musculaire et physiologique est nécessaire.

« Les séances de préparation physique des joueurs à 7 sont basées sur le travail des filières anaérobies lactiques et alactiques, confie le Dr Barizien. Différentes séquences d’entraînement sont possibles, précise-t-il. Il peut s’agir de séquences de courses dans lesquelles les joueurs répètent les sprints (où l’on travaille donc la vitesse pure). Il peut aussi s’agir de séquences combinées incluant des circuits d’abdos, de pompes et des sprints, ces séquences se rapprochant du jeu à 7. On propose enfin aux joueurs des séquences de jeu à haute intensité contrôlées par cardiofréquencemètre et GPS. Le but de cet entraînement est de les faire travailler à haute intensité, c’est-à-dire à plus de 4 mètres par seconde pendant au moins 30 % de l’entraînement en contrôlant leur temps de récupération.»

 

Au programme également de la préparation des joueurs à 7 : beaucoup de musculation afin d’augmenter la puissance et l’explosivité (c’est-à-dire la capacité à développer une puissance élevée sur une très courte durée).

 

L’entraînement comprend enfin beaucoup de phases de combats (boxe au sac, plaquages, rucks…), ainsi qu’un travail de la vitesse gestuelle. « On cherche non pas à obtenir de la puissance brute, mais à mettre en oeuvre cette puissance rapidement et de manière répétée. »

 

Enfin, en dehors de la préparation physique spécifique, il est fondamental pour le joueur de rugby à 7 de savoir bien gérer la récupération entre les matchs.

Cette récupération optimale passe par l’apprentissage du retour au calme musculaire et cardiovasculaire, par la récupération alimentaire et hydrique, et enfin par le traitement rapide des petites blessures (entorses bénignes, contusions musculaires…).

Le rugby à 7 se joue sur le même terrain que le rugby à 15, mais la durée des matchs, le nombre de joueurs et le format des compétitions diffèrent.

Des sportifs hors normes

Les joueurs de rugby à 7 sont souvent des joueurs d’exception, issus de l’élite du rugby à 15.
Le jeu à 7 requiert encore plus de vitesse, d’adresse et de créativité que le jeu à 15 car le temps est limité, mais surtout la pratique du rugby à 7 nécessite des capacités physiques hors normes.
« Ce sont des athlètes capables de développer un effort physique d’une intensité phénoménale et de le répéter trois à quatre fois dans une même journée ! Le jeu à 7 est plus intense, et la récupération plus courte. »

 

Les joueurs de rugby à 7 se doivent donc de posséder une solide connaissance de leurs capacités individuelles et des moyens d’optimiser la récupération.
Sur le plan morphologique, les joueurs de rugby à 7 sont des athlètes qui, de par la nature de leur sport et de l’entraînement, possèdent un très faible pourcentage de masse grasse : « Tous ont des taux de masse grasse autour de 10 %, précise le Dr Barizien. Au niveau physique, on pourrait comparer le profil d’un joueur de rugby à 7 à celui d’un décathlonien qui serait capable de faire du judo… ».

 

On retrouve en outre, comme pour le rugby à 15, des grands et des petits, en fonction du poste occupé.

« Les petits très rapides se retrouvent généralement aux postes d’ailiers, et les grands de plus de 1,90 m et de plus de 100 kg sont devant. »

La vitesse est l’une des qualités primordiales du rugby à 7.

Les pathologies spécifiques du jeu à 7

Sur le plan médical, on distingue les pathologies de compétition et les pathologies d’entraînement. « Les pathologies de compétition sont les mêmes à 7 et à 15 ».
Elles comprennent bien sûr toute la pathologie traumatique, les fractures et entorses de toutes sortes et les traumatismes crâniens.
Les pathologies dues au combat comprennent, quant à elles, surtout les entorses de cheville, de genou, les entorses acromio-claviculaires, les luxations d’épaule, ainsi que de nombreuses contusions musculaires.

 

« Les pathologies plus spécifiques du rugby à 7 sont liées à l’entraînement. » Cet entraînement étant principalement basé sur la vitesse, il génère davantage de pathologies musculaires intrinsèques que le rugby à 15. On constate généralement beaucoup d’étirements, d’élongations et de déchirures musculaires, en particulier des ischiojambiers et du triceps sural.

 

Sur le plan articulaire, sont relevés des problèmes de microtraumatologie du pied et de la cheville liés à la course, comme des tendinopathies d’Achille et d’autres tendons de la cheville et du pied.

 

Les exercices de musculation génèrent quant à eux beaucoup de tendinopathies du membre supérieur et des épaules. « La fréquence de ces pathologies est due au volume de musculation que nécessite le jeu à 7 mais aussi à l’explosivité requise, ce qui implique une vitesse d’exécution rapide. La maîtrise de cette gestuelle est nécessaire pour éviter les blessures. »