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Le squash : rencontre avec Camille Serme

Propos recueillis par Clémentine Vignon

Camille Serme est loin de regretter son choix d’abandonner le mini-tennis à l’âge de 7 ans au profit d’une autre discipline sportive qu’elle juge plus ludique, le squash. Désormais numéro 1 française, victorieuse en 2017 de deux World Series, l’équivalent des tournois du Grand Chelem au tennis, et des Jeux mondiaux, elle rayonne sur les courts, et n’a pas encore dit son dernier mot…Nous l’avons rencontré à l’US Créteil Squash, sa « deuxième maison ».

Médecins du sport : Comment as-tu découvert le squash ?
Camille Serme : J’ai commencé le mini-tennis à l’âge de 4 ans. À 7 ans, ma meilleure amie de l’époque a voulu essayer le squash et je l’ai suivie. Nous avons toutes les deux accroché rapidement avec ce sport, qui nous amusait plus que le tennis. Désormais, je suis numéro 1 française et cette amie en question, Coline Aumard, est numéro 2 ! C’est assez marrant comme histoire…

Médecins du sport : Le squash est un sport exigeant qui demande notamment beaucoup d’endurance. Quelles sont les clés de la réussite selon toi ?
Camille Serme : En effet, le squash fait appel à l’endurance, mais nécessite aussi de la vitesse et de l’explosivité. C’est un sport tonique et mental, avec un adversaire physiquement très proche et qui partage le même terrain que toi. Il faut donc savoir gérer cette proximité, d’autant plus que le squash est un sport tactique qui implique de s’adapter très vite au jeu de l’adversaire, surtout si celui-ci ne joue pas comme prévu et conformément à la stratégie élaborée avant le match. Les balles s’enchaînent rapidement, le temps de réflexion est très court et ne laisse pas de place au doute.

Médecins du sport : Justement, comment fais-tu pour gérer tes émotions sur le court ?

Camille Serme : Je travaille depuis quelques années avec un préparateur mental spécialisé dans le sport, Makis Chamalidis. Au départ, je le voyais assez régulièrement, toutes les2 semaines. Aujourd’hui, nous ne planifions plus les séances. Je le contacte uniquement quand j’en ressens le besoin, que ce soit pendant les tournois ou les entraînements. Il est vraiment disponible et je sais que je peux compter sur lui à n’importe quel moment. Mais je souhaitais également trouver d’autres solutions pour mieux maîtriser mes émotions sur le court, alors je me suis tournée vers le yoga il y a 9 mois, que je pratique à raison de 1 heure par semaine.

Médecins du sport : En quoi consiste ton entraînement ?

Camille Serme : Je m’entraîne 6 jours par semaine environ 5 heures par jour. L’entraînement consiste en des sessions de squash ou en des exercices de préparation physique. Il y a une certaine stabilité dans mon entourage sportif puisque Philippe Signoret, mon coach, me suit depuis le début, et Frédéric Roualen, mon entraîneur sportif, depuis une quinzaine d’années. Par ailleurs, je m’entraîne toujours au Centre sportif Marie-Thérèse Eyquem de l’US Créteil squash, là où j’ai fait mes premiers pas… c’est un peu ma deuxième maison ! À côté des séances d’entraînement classiques, je fais également du Pilates deux fois par semaine pendant 1 heure dans l’optique de renforcer ma ceinture abdominale suite à des problèmes de dos.

Médecins du sport : À ce propos, comment s’organise ton suivi médical ?

Camille Serme : C’est un peu compliqué en squash. Étudiante, j’avais une carte qui me permettait d’accéder facilement au département médical de l’Insep. Ainsi, pendant mes études de journalisme, mon suivi médical se faisait via l’Insep. Désormais c’est plus compliqué, car je suis totalement extérieure à l’Insep. Il n’y a pas de staff médical au centre d’entraînement, c’est à nous de nous déplacer. J’ai tout de même un suivi médical au moins une fois par an avec le Dr Philippe Le Van et j’ai également la possibilité de voir les kinésithérapeute et ostéopathe de l’équipe de France de squash. Je vois l’ostéopathe très régulièrement, au moins une fois par mois, surtout depuis que je me suis fait mal au dos il y a 5 ans.

Médecins du sport : Et pendant les matchs ?

Camille Serme : Tout dépend des compétitions. Lorsque l’on se déplace en équipe de France sur des tournois comme les Championnats d’Europe ou du monde, nous sommes accompagnés du kiné de l’équipe de France. En revanche, pour les autres tournois du circuit professionnel mondial des tournois PSA [Professional Squash Association], la présence d’un kinésithérapeute est plus aléatoire. De plus, aux États-Unis par exemple, les “kinés” s’avèrent plutôt être des masseurs, donc ce n’est pas toujours évident d’avoir une bonne prise en charge en cas de souci.

Médecins du sport : Tu as mentionné plusieurs fois un problème de dos. Peux-tu nous en dire plus ?

Camille Serme : J’ai eu deux grosses blessures depuis le début de ma carrière. La première, une fracture du tibia péroné de la jambe droite, remonte à plus de 10 ans, j’avais alors 16 ans. La plus récente est survenue il y a 5 ans lors d’une compétition aux États-Unis. Au cours d’une séance d’entraînement la veille du premier match, j’ai soudainement ressenti une douleur intense au niveau du dos qui m’a contrainte à me retirer du tournoi. Les examens qui ont suivi ont mis en évidence une discopathie L4-L5. Dans mon malheur j’ai eu plutôt de la chance puisque je m’en suis tirée avec seulement quelques semaines d’arrêt ! Depuis, je reste très vigilante et redouble d’efforts lors des échauffements en veillant à bien chauffer ma ceinture abdominale avec un peu de gainage. Malgré tout, ce problème de dos m’a de nouveau empêché d’aller au bout d’un tournoi cette année, la première fois depuis 5 ans. Il s’agissait du Championnat de France, je n’étais pas au mieux de ma forme et devais ensuite enchaîner avec 2 gros tournois aux États-Unis. Cette faiblesse du dos m’impose de faire des choix…

Médecins du sport : De manière générale, quelles sont les blessures fréquemment rencontrées au squash ?

Camille Serme : On retrouve surtout des tendinites au niveau des avant-bras. Bien que la raquette soit légère, avec un poids variant de 120 à 140 g, on fait beaucoup de petits mouvements secs du poignet en squash. On joue surtout avec les avant-bras, contrairement au tennis qui mobilise plutôt le bras entier. Les blessures graves restent rares cependant.

Médecins du sport : Un match dure environ 45 minutes, avec très peu de temps morts. Comment fais-tu pour récupérer après ?

Camille Serme : Il est vrai qu’au squash il n’y a pas autant de temps morts qu’au tennis entre chaque point. Le match se joue en 3 jeux gagnants, chaque jeu étant composé de 11 points avec possibilité d’aller jusqu’au tie-break, et nous avons seulement 2 minutes de pause entre les jeux. J’ai plusieurs astuces pour bien récupérer après un match. Depuis quelques années, j’utilise des chaussettes de contention et le Veinoplus pour aider le retour veineux. Plus récemment, mon ostéopathe m’a conseillé Life+TM, un petit boîtier que l’on peut disposer à n’importe quel endroit du corps et qui délivre de la lumière naturelle dans le but de stimuler le processus naturel de régénération. C’est assez bluffant ! Depuis quelques mois, j’ai également recours aux ventouses [méthode du cupping] pour améliorer la circulation sanguine et lymphatique après l’effort. Ça laisse des traces, mais c’est efficace ! Quand je suis en compétition, j’essaye aussi de faire un bain froid entre les matchs.

Médecins du sport : Quels sont tes projets pour la suite ?

Camille Serme : Actuellement, je suis numéro 3 mondiale, la numéro 1 étant une Égyptienne. L’Égypte est une nation phare en squash, suivie de près par l’Angleterre et la France. J’ai toujours rêvé d’être championne du monde et numéro 1 mondiale, donc je vais continuer à m’entraîner dans cet objectif. Mais je me suis aussi aperçue que je jouais à mon meilleur niveau quand je me concentrais sur ma manière de progresser plutôt que sur la victoire, donc j’évite de me focaliser sur mon ambition de devenir numéro 1 mondiale. Ce que j’aime dans ce sport, c’est la montée d’adrénaline, les émotions qui surgissent sur le court. Les victoires, bien sûr, mais également les défaites, qui sont certes parfois difficiles à encaisser, mais qui nous font vivre des émotions qu’on ne ressentirait pas non plus dans la vie de tous les jours.

Médecins du sport : Et le squash aux Jeux olympiques, c’est pour quand ?

Camille Serme : On espère pour 2024… Depuis la rentrée, nous avons entamé une grosse campagne de candidature auprès du Comité international olympique (CIO). Mais nous avons déjà essayé pour 2012, 2016, 2020… en vain. Les raisons de l’absence du squash aux JO restent mystérieuses, car nous remplissons tous les critères. C’est un sport international ! Personnellement, en 2024, j’aurai 35 ans. Même si le squash est un sport à maturité tardive – certaines filles du top 10 ont actuellement 34 ou 35 ans –, je ne sais pas encore si je pousserai jusque-là. Tout dépendra peut-être de la présence ou non du squash aux JO !