Accueil / Sports / Autres sports / Prévention de la lombalgie en voile olympique : le Core Stability, nouveau concept de gainage intelligent ?

Prévention de la lombalgie en voile olympique : le Core Stability, nouveau concept de gainage intelligent ?

Philippe Le Tilly (kinésithérapeute, Pôle France Voile de Marseille, enseignant Core Stability à l’IFMK de Marseille)

Le rachis lombaire est particulièrement sollicité en voile olympique. Afin de prévenir les lombalgies, il convient donc d’adopter des méthodes de prévention efficaces, en mettant l’accent sur la rééducation des mouvements plutôt que sur la rééducation du muscle en lui-même. Dans cette optique, un programme de rééducation spécifique s’appuyant sur le concept de Core Stability a été mis en place.

La voile, sport multisupport, est olympique depuis 1908 (JO de Londres). Les séries ont considérablement évolué et nous sommes très loin aujourd’hui des quillards en bois qui régataient sur la Tamise. Lors des JO de Tokyo en 2020 régateront donc sur le plan d’eau d’Enoshima dix séries :
 Le 470 : dériveur double destiné à un équipage masculin ou féminin.
 Le Laser : dériveur solitaire destiné à un homme (laser standard) ou une femme (laser radial).
• Le Finn : dériveur solitaire destiné à un homme.
• Le 49er : dériveur haute performance double destiné à un équipage masculin (49er) ou féminin (49erFX).
• Le Nacra 17 : catamaran haute performance destiné à un équipage mixte.
• La RSX : planche à voile destinée à un homme ou une femme.
Afin que le support aille le plus vite possible, le “voileux” doit à la fois s’opposer à la poussée vélique (poussée du vent dans la voile) afin de garder le gréement le plus vertical possible et transmettre au flotteur la même poussée vélique.
Pour cela, et selon son poste et le support sur lequel il évolue, il pourra utiliser le rappel ou le trapèze. La planche à voile sera traitée à part.

Le rappel (Fig. 1)

Pendant la phase de rappel, les pieds sont dans les sangles de rappel, le liston est situé au niveau des creux poplités, et le reste du corps est à l’extérieur du bateau. Le rappel engendre certaines contraintes sur le rachis lombaire (contraintes de cisaillement).

Figure 1 – Contraintes sur le rachis lombaire au rappel.

Le trapèze (Fig. 2)

En position trapèze, le voileux est muni d’une ceinture de trapèze. Le câble est placé en tête de mat, la boucle est située au niveau du rachis lombaire, les pieds sont positionnés sur le bateau, et les mains tiennent une écoute. Il existe également des contraintes sur le rachis lombaire (en compression et de cisaillement).

Figure 2 – Contraintes sur le rachis lombaire au trapèze.

La planche à voile (Fig. 3)

Le planchiste est relié à son gréement par ses membres supérieurs et les bouts du harnais. La boucle de harnais est située au niveau de la vertèbre L5. Le voileux transmet la poussée vélique au flotteur par l’intermédiaire de son corps (idem que pour le ski nautique). En planche à voile, il existe surtout des contraintes de compression.

Figure 3 – Contraintes sur le rachis lombaire en planche à voile.

Le rachis lombaire, fortement sollicité dans cette discipline

De ces trois analyses biomécaniques rapides, il résulte que la région lombaire est particulièrement sollicitée en voile olympique. La figure 4 nous montre un aperçu de la répartition des lésions dans ce sport.

Figure 4 – Répartition des lésions en voile olympique.

Les volumes d’entraînement et le niveau des régates ne faisant qu’augmenter, la mise en place d’une politique de prévention s’avère plus que jamais nécessaire, les périodes de mise au repos indispensables à la guérison des blessures permettant à la concurrence de prendre un peu plus d’avance.
Les bilans médicaux et kinésithérapiques classiques (étude morphostatique, mesures des restrictions de mobilité, etc.) ont été complétés depuis quelque temps par l’utilisation du score FMS.
Le score FMS (Functional Movement Screen) est le résultat de la somme des scores donnés aux sept mouvements représentés sur la figure 5.

Figure 5 – Functional Movement Screen (FMS).

Chaque mouvement se voit attribuer une note de 0 à 3 selon qu’il soit impossible à réaliser ou qu’il le soit parfaitement, et ceci selon des critères très précis. La note maximum est donc de 21. Le cut off a été fixé à 14. Dès lors, deux stratégies vont se mettre en place : soit le sujet a un score supérieur à 14, ce qui signifie qu’il peut poursuivre son travail de préparation physique habituel, soit il a un score inférieur à 14, ce qui nécessite la mise en place d’un programme spécifique.
Ce programme spécifique doit permettre à la région lombaire de conjuguer deux impératifs qui peuvent sembler contradictoires : stabilité et mobilité, voire stabilité dans la mobilité. Il s’appuie sur le concept de Core Stability.

Allier mobilité et stabilité : le concept de Core Stability

La région lombaire est délimitée en haut par le diaphragme thoracique, en bas par le bassin et le diaphragme périnéal, en arrière par les vertèbres et les masses musculaires postérieures et en avant et sur les côtés par les muscles abdominaux (grand droit, grands et petits obliques et transverse de l’abdomen).
Les structures anatomiques mises en cause dans les lombalgies sont nombreuses et les causes d’apparition de ces lombalgies le sont plus encore. La faiblesse et l’incompétence des muscles de cette région ont toujours été mises en cause et les programmes de rééducation et de réentraînement ont été nombreux, du verrouillage lombaire de Troisier au gainage, en passant par le renforcement des extenseurs du rachis sur des modes concentrique et excentrique, etc.
Dans les années 1980, se basant sur plusieurs sources et s’appuyant sur cette idée que désormais, il fallait probablement mieux rééduquer un mouvement avant de rééduquer un muscle, est apparu le concept de “Core Stability” (CS). Il s’agit d’un terme anglo-saxon qui peut se traduire par “stabilité du noyau central” ou “stabilité lombo-pelvienne”.
Le CS se distingue de son cousin le gainage par cette approche dynamique et une recherche de stabilité dans le mouvement pour tenter de répondre aux impératifs d’un rachis lombaire en bonne santé : mobilité et stabilité.
Avant d’aller plus loin, il convient ici de donner une définition la plus précise possible d’un concept aux contours un peu flous. Parfois appelé Core Strengthening ou stabilité lombo-pelvienne, il ne répond en effet pas toujours à la même description. Dans cet article, nous limiterons volontairement le CS au réentraînement et à la reprogrammation des quatre muscles suivants – le périnée, le transverse de l’abdomen, le multifidus lombaire et le diaphragme – dans une position physiologique et non douloureuse du bassin.

Description d’un programme de Core Stability

Dans un premier temps, il conviendra de faire prendre conscience au patient de l’existence et du fonctionnement de ces quatre muscles.
La séance se déroule en deux temps :
• En décubitus dorsal : éducation à la mobilité abdomino-diaphragmatique. Le patient inspire par le nez en laissant son ventre se gonfler et souffle par la bouche en rentrant le ventre. On lui demande de souffler le plus loin possible en rapprochant le nombril de la colonne vertébrale. Il ne doit en aucun cas rétroverser son bassin et plaquer la région lombaire contre la table. Durant toutes les étapes du programme, le bassin devra rester en position neutre et non douloureuse. Cette première étape permet au patient d’apprendre à se servir correctement de son diaphragme et de son transverse de l’abdomen.
• En position debout : on demande au patient de contracter son périnée en l’incitant à retenir une envie d’uriner, par exemple. On lui demande par ailleurs de s’autograndir. Cette étape permet au patient d’apprendre à se servir de son périnée et de son multifide.
La séance se termine par l’enchaînement suivant : inspirer en laissant son ventre se gonfler, contracter son périnée, commencer à souffler en rentrant le ventre, puis se grandir et souffler jusqu’à vider tout l’air.
La description de cette séance peut paraître simple, voire simpliste, mais la réalité du terrain est tout autre. Ces quatre muscles souffrent à l’évidence d’une très faible représentation corticale et de schémas moteurs très mal identifiés, même chez des sportifs de haut niveau.
À l’issue de cette première étape absolument essentielle, le sportif est donc capable de se servir de ces quatre muscles et de coordonner volontairement leur activation. Cet enchaînement lui sera demandé lors de la réalisation de tous les mouvements du programme, jusqu’à son intégration dans le geste sportif.
Après cette première étape de prise de conscience, le programme de CS va se décomposer en quatre niveaux (I, II, III et IV) de difficulté croissante.
I – Exercices statiques sur plan stable (Fig. 6).
II – Exercices dynamiques sur plan stable (Fig. 7).
III – Exercices statiques sur plan instable.
IV – Exercices dynamiques sur plan instable.

Figure 6 – Exercices simples.

Figure 7 – Exercices avancés sur plan stable.

Aucune étape ne doit être ignorée, le passage d’un niveau à l’autre ne pouvant se faire que lorsque tous les exercices du niveau inférieur sont parfaitement réalisés. Il est essentiel de comprendre qu’il ne s’agit pas là d’un programme classique de renforcement musculaire au cours duquel la charge augmenterait graduellement et le muscle sollicité serait de plus en plus fort. Il s’agit ici d’une éducation à la qualité de réalisation des mouvements. Ainsi, l’évaluation sera qualitative et non quantitative, et l’œil expérimenté et attentif du praticien le seul outil d’évaluation permettant de valider le passage au niveau supérieur. Chaque niveau dure ainsi le temps nécessaire, sans qu’il soit possible d’en prévoir la durée.
Aucune étape ne doit être ignorée, le passage d’un niveau à l’autre ne pouvant se faire que lorsque tous les exercices du niveau inférieur sont parfaitement réalisés. Il est essentiel de comprendre qu’il ne s’agit pas là d’un programme classique de renforcement musculaire au cours duquel la charge augmenterait graduellement et le muscle sollicité serait de plus en plus fort. Il s’agit ici d’une éducation à la qualité de réalisation des mouvements. Ainsi, l’évaluation sera qualitative et non quantitative, et l’œil expérimenté et attentif du praticien le seul outil d’évaluation permettant de valider le passage au niveau supérieur. Chaque niveau dure ainsi le temps nécessaire, sans qu’il soit possible d’en prévoir la durée.
À chaque séance, le praticien doit avoir à cœur de créer des exercices sollicitant toutes les chaînes musculaires du tronc : antérieures, postérieures, latérales, et croisées.
Tous les exercices de tous les niveaux peuvent être réalisés sans matériel, mais il serait aujourd’hui dommage de se passer d’un ballon, d’un BOSU (both side up), de sangles de suspension (TRX par exemple), de matériel de pilates, etc.
On voit ici que seules l’inventivité et la capacité de création du praticien seront les limites à la réalisation d’un programme complet, ludique et performant.
À partir du niveau III, il conviendra d’orienter les exercices dans le sens du geste sportif responsable de la lésion (Fig. 8). 

Remerciements à William Vanbiervliet, médecin du pôle France Voile de Marseille, Bastien Chastre, kinésithérapeute au Pôle France Voile de Marseille et Élise Bardiaux, kinésithérapeute et enseignante Core Stability à l’IFMK de Marseille.

Figure 8 – Exercices spécifiques à la pratique.