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Sport et handicap mental et psychique : promouvoir des solutions adaptées

Dr Dominique Hornus-Dragne (Médecin fédéral national adjoint de la Fédération Française d’Escrime) Pr Daniel Rivière (Président de la Société Midi-Pyrénées de Médecine du Sport)

La loi de février 2005 inscrit définitivement le droit à la pratique des activités physiques et sportives pour toutes les personnes handicapées, terme auquel il faut aujourd’hui préférer celui de personne en situation de handicap. Celles pour lesquelles cette situation concerne un handicap mental ou psychique représentent une population hétérogène pour laquelle des solutions adaptées à chaque forme de handicap devront être trouvées. Les bienfaits, tant physiques que psychiques, de ces activités sont aujourd’hui démontrés, sous réserve comme pour toutes les populations que la prise en compte de certaines contreindications ou restrictions ait été faite au cours d’une visite de non contreindication. Les propositions de pratiques sont de plus en plus nombreuses et les médecins du sport qui sont les praticiens du “Sport pour tous” doivent aujourd’hui s’investir pleinement auprès de cette population éminemment réceptive (1).

Introduction

La population des personnes en situation de handicap mental ou psychique est hétérogène (2). La déficience intellectuelle peut être :

  • légère, les personnes sont proches de l’autonomie ;
  • moyenne où certains actes nécessitent un accompagnement ;
  • lourde nécessitant un accompagnement pour l’ensemble des actes de la vie quotidienne et impliquant le plus souvent un placement en institution.

 

La notion de handicap psychique a été ajoutée plus récemment, afin de prendre en compte les troubles de l’adaptation tels que les troubles de la personnalité, les troubles du comportement, certaines maladies mentales (névroses, psychoses), l’autisme et troubles autistiques.

Actuellement, c’est le terme de situation de handicap mental et psychique qui devrait être utilisé afin de prendre en compte le caractère non forcément irréversible de la pathologie et donc la possibilité d’évolution favorable.

Environ 650 000 personnes sont aujourd’hui concernées en France et près de 6 000 enfants naissent annuellement avec un handicap mental et/ou psychique !

Si, à l’heure actuelle, un certain pourcentage de déficients intellectuels vit en institution, nombreux sont ceux qui ont une vie sociale, familiale et professionnelle, le but du projet éducatif, au sein duquel on doit inclure la pratique des Activités Physiques et Sportives (APS), étant leur autonomie.

 

Bienfaits et limites des APS

Sur le plan de la santé, les bénéfices seront les mêmes que ceux observés dans la population générale, en particulier dans la lutte contre la sédentarité, l’obésité et donc la morbidité qui en découle (diabète, hypertension artérielle, insuffisance respiratoire majorée par l’hypotonie musculaire) (3). Un travail réalisé en Midi-Pyrénées avait montré que, dans les établissements accueillant les personnes en situation de handicap mental ou psychique sévère, la prévalence de l’obésité peut atteindre le triple de celui de la population générale, en fonction du type de structure d’accueil (4) !

En dehors des effets strictement sanitaires, la pratique sportive doit faire partie intégrante du projet de vie du déficient intellectuel car elle permet de lutter contre l’isolement et le mal-être.

Régulière et adaptée, elle participe à l’amélioration des fonctions sensorimotrices et cognitives (représentation du schéma corporel, maîtrise du corps, traitement des informations sensorielles, automatisation de certaines actions) ainsi que de la coordination et de la précision des gestes. C’est un facteur déterminant de l’amélioration de la sociabilité et des interactions positives avec les “Autres“ !

Les bienfaits ne doivent pas occulter les difficultés à la réalisation de la pratique !

Certaines difficultés sont fréquemment retrouvées chez les personnes atteintes de handicap mental et ces particularités doivent être prises en compte dans l’élaboration du projet sportif.

En dehors des anomalies et déficiences de certains appareils, conduisant à une aptitude physique faible et une difficulté d’adaptation à l’exercice (5), on peut citer à des degrés divers, en fonction du type de handicap, les troubles de l’attention, de la compréhension et de la mémorisation et les difficultés à hiérarchiser les informations reçues, à s’orienter dans le temps et l’espace, à apprécier les vitesses, des difficultés de coordination et une maladresse des gestes entraînant un geste technique imparfait.

Il faut mentionner la spécificité de l’autisme qui est un trouble envahissant du développement dans trois domaines : la communication verbale et non verbale, les interactions sociales et le comportement, les intérêts et activités restreints et stéréotypés, avec une résistance au changement. Un retard mental, des troubles sensorimoteurs et des comportements répétitifs et compulsifs peuvent être associés. L’autisme atteindrait 0,5 à 1 % de la population en France (6). Le syndrome d’Asperger est une forme d’autisme associée à des niveaux intellectuels élevés dans certains domaines où s’exprime une passion hors normes dans son type et son intensité. L’enfant Asperger n’a pas de déficience mentale, et l’apprentissage du langage se fait normalement.

Si ces troubles peuvent être nettement améliorés par une pratique sportive régulière, ils imposent une réflexion avant le début de la pratique et une formation spécifique des entraîneurs sportifs. De ce fait, l’activité sportive pratiquée devra être adaptée à chaque cas (type de handicap mental et sa sévérité, handicap physique ou sensoriel associé, maladies et traitements pris, aspirations propres à chacun…).

En pratique, tout commence par une visite de non contre-indication

Préalable indispensable à toute pratique sportive, la visite de non contre-indication doit privilégier les possibilités plutôt qu’énumérer les interdits. A ce titre, elle devrait constituer une véritable “prescription médicale“ qui devrait être évolutive et réévaluée régulièrement.

Elle nécessite une connaissance approfondie des sports proposés et du handicap lui-même. Elle s’attachera à prodiguer des conseils de nutrition, d’hydratation, de récupération mais surtout à vérifier le bon état de santé du futur sportif.

Elle se fera selon la démarche habituelle d’une consultation de non contre-indication (1).

 

L’examen devra ici être particulièrement précis sur les points suivants :

  • L’appareil cardiovasculaire, dans la recherche de cardiopathies en particulier dans les différentes formes de trisomies. Une échocardiographie sera demandée à la moindre anomalie auscultatoire.

 

  • L’appareil locomoteur à la recherche d’une instabilité de l’articulation atloïdo-axoïdienne (10 à 20 % des porteurs de trisomie 21, 1 à 2 % symptomatiques) ; une radiographie de la colonne cervicale centrée sur C1-C2, de profil, en position normale, et en flexion et extension forcée, appréciant la distance entre odontoïde et atlas est préconisée vers l’âge de 6 ans dans cette population (7). On s’attachera aussi à la recherche d’hypotonie musculaire et d’hyperlaxité ligamentaire, particulièrement dans la trisomie 21 et à l’inverse de raideur musculaire chez les infirmes moteurs cérébraux chez lesquels une spasticité, souvent douloureuse, est fréquemment retrouvée. L’étude de la statique vertébrale pourra souvent mettre en évidence une scoliose ou une attitude scoliotique, majorée par l’hypotonie musculaire et l’hyperlaxité ligamentaire. On n’oubliera pas l’examen des pieds (effondrement de la voûte plantaire, dans la trisomie 21). La prescription de semelles orthopédiques est souvent nécessaire.

 

  • L’appareil neuro-sensoriel à la recherche de comitialité ou d’absences. L’équilibre sous traitement sera indispensable à la pratique de certains sports, d’autres seront contre-indiqués a priori. On n’oubliera pas de rechercher un déficit auditif ou visuel associé. Une cataracte congénitale passe parfois inaperçue. Une hypoacousie altère fortement le succès d’un apprentissage par la difficulté de communication. Un entraîneur sportif formé au langage des signes peut alors être un atout essentiel.

 

On précisera bien sûr les traitements suivis, susceptibles d’altérer la vigilance (anxiolytiques, neuroleptiques, antiépileptiques…).

Quelles APS pour les personnes en situation de handicap mental et psychique ?

La pratique des activités physiques et sportives chez la personne en situation de handicap mental et psychique pourra se faire dans un cadre traditionnel, auprès de quelques fédérations et associations sportives, pour les personnes les plus “intégrables“ et au sein des activités proposées par la Fédération Française du Sport Adapté (FFSA) pour tous.

 

Dans tous les cas, la coordination entre la famille, les équipes médicales et enseignantes est capitale pour une bonne pratique sportive.

La pratique dans un cadre “intégré“

De nombreuses associations investies dans le handicap mental mettent en place des activités sportives pour leurs “protégés” (par exemple, l’association « Un club, un autiste », qui oeuvre dans le milieu du rugby).

 

Certaines fédérations ajoutent leur contribution en déléguant des entraîneurs formés qui permettent la découverte d’un sport spécifique à ce type de population (par exemple, la fédération française d’escrime). Quelques clubs intègrent des jeunes handicapés mentaux légers à modérés parmi leurs pratiquants habituels (écoles de danse ou de gymnastique, par exemple).

 

Certaines collectivités territoriales incluent la pratique sportive chez les personnes handicapées mentales au sein de leur projet sportif (conseils généraux, mairies).

Le but principal de toutes ces actions est de favoriser l’autonomie des handicapés mentaux légers et de permettre leur insertion dans la communauté.

La fédération française du sport adapté (8)

Créée en 1971, la fédération française du sport adapté a délégation du ministère de la Santé et du Sport pour organiser et coordonner la pratique des activités physiques et sportives pour les personnes en situation de handicap mental et psychique. Sa devise est : « A chacun son défi ».

 

Elle propose :

  • Des activités motrices organisées sous la forme :

– de parcours moteurs, qui sont réservés aux personnes les plus en difficulté sur le plan intellectuel ou physique ; ils enseignent les gestes de base des activités physiques et sportives (se déplacer, lancer, franchir, faire une passe…) ;

– de parcours orientés, qui s’adressent aux personnes en grande difficulté sur le plan intellectuel et physique ; ils développent plutôt la coordination des gestes de base dans la logique d’une discipline (athlétisme, basketball, football, judo, tennis…).

 

  • Des activités dans le cadre du sport scolaire adapté.

 

  • Du sport loisir, sans objectif compétitif, tel que des activités de marche privilégiant le plaisir de la pratique en groupe. Un des buts est de permettre une pratique régulière en institution pour une population de plus en plus vieillissante, pour laquelle se pose les problèmes de maintien de l’équilibre et de prévention des chutes.

 

  • Des pratiques compétitives : diverses compétitions de niveau local, régional ou national sont organisées dans une multitude de sports. Les pratiques compétitives sont organisées en trois divisions dans chaque discipline sportive :

– Division 1 : règlement très proche de celui de la fédération d’origine avec un encadrement renforcé,

– Division 2 : règlement simplifié en particulier sur le plan technique,

– Division 3 : règlement aménagé mais respectant la logique de la compétition.

Le choix de la pratique sportive

Le choix du sport doit tenir compte du souhait et de la motivation de chacun mais aussi de la disponibilité d’éducateurs formés et d’infrastructure sportives.

Des précautions doivent être prises, relatives au matériel et aux conditions de pratique (protections +++).

 

Les sports individuels

Ils sont préférés par les personnes avec difficultés de communication et de socialisation, comme les autistes. Une grande majorité de sports peut être pratiquée. La liste donnée ici est non exhaustive et ne devrait que s’étoffer avec la meilleure prise en compte du handicap mental par la société.

 

La natation favorise la coordination et la notion de position du corps dans l’espace. La gymnastique agit sur la coordination et l’équilibre.

L’escalade a l’intérêt d’utiliser les informations cutanées, de favoriser l’équilibre et la connaissance des propriétés mécaniques du corps, de coordonner les appuis manuels et plantaires.

L’équitation est très appréciée par les enfants et les adolescents. C’est un sport d’échange avec l’animal favorisant coordination et équilibre. L’équithérapie fait partie de certaines formes de thérapie, admettant la présence du cheval comme médiateur thérapeutique. L’objectif est d’agir sur le fonctionnement psychique du patient par des moyens en même temps psychiques (sentiment, émotion, ressenti) et corporels (sensorialité, mouvement, expression gestuelle).

D’autres sports sont actuellement pratiqués : tir à l’arc, athlétisme, pétanque, vélo…

Les sports duels

Ils permettent de découvrir que l’autre existe, qu’il réagit à ses propres actions et que les actions ne peuvent s’effectuer que par rapport à lui.

Le judo implique un contact avec le corps du partenaire et permet donc de construire une meilleure perception de son propre corps et de ses limites.

L’escrime peut paraître peu indiquée à cause de l’utilisation d’une arme. Pourtant, l’expérience de la Fédération Française d’Escrime est ancienne en sport adapté et les différentes évaluations montrent une nette amélioration de la coordination, de la précision du geste, de l’équilibre, de la réponse aux consignes et de la relation à l’autre. La gestuelle complexe dans ce sport qui sollicite tous les muscles, le port du masque (idéal pour les timides) et la situation de face à face (attaque-parade-riposte) paraît être la raison des excellents résultats obtenus, en particulier dans l’amélioration des gestes de la vie quotidienne. Certains handicapés mentaux légers ont pu s’intégrer dans une salle d’armes classique.

Le tennis de table a montré son efficacité sur la coordination, la précision et la vivacité.

 

Les sports collectifs

Le problème le plus difficile dans les sports collectifs est la compréhension des règles du jeu ainsi que les intéractions avec les autres dans les différentes phases de jeu. L’intégration d’un handicapé mental dans une équipe de valides peut poser le problème de sa lenteur de geste et d’analyse et du ressenti des coéquipiers face à cette lenteur. A l’inverse, la participation des enfants autistes à une activité commune avec d’autres enfants leur procure le sentiment valorisant d’appartenir à un groupe. Un éducateur spécialisé est souvent nécessaire dans ce contexte ainsi qu’une information aux pratiquants et à leurs familles.

Des équipes composées uniquement de handicapés mentaux modérés pratiquent une multitude de sports collectifs : rugby, football, volley-ball, basket-ball, hockey…

 

Les activités physiques et sportives artistiques

La danse associe les mouvements du corps, la musique et l’expression corporelle. Elle favorise l’équilibre et la coordination. Des spectacles sont mis en place incluant des handicapés mentaux parmi d’autres danseurs, chacun trouvant dans la chorégraphie le rôle qui lui convient. L’effet sur la socialisation, le sentiment d’appartenir à un groupe est ici évident.

 

Certains sports restent contre-indiqués de façon absolue : les sports automobiles et mécaniques, le parachutisme, la plongée, le vol libre. Mais là encore, la pratique “accompagnée” se développe et des dérogations exceptionnelles dans certains cas particuliers (syndrome d’Asperger) ont pu être accordées.

Conclusion

« L’activité physique et sportive pour tous » doit devenir une réalité ! La pratique des activités physiques et sportives est non seulement possible chez les personnes en situation de handicap mental et psychique mais est indispensable pour leur santé, leur qualité de vie et leur autonomie. C’est un des défis actuels de la médecine du sport !