Accueil / Sports / Autres sports / Sport Universitaire : Du sport pour tous !

Sport Universitaire : Du sport pour tous !

Forte de ses 85 000 étudiants licenciés, la Fédération française du sport universitaire est une fédération particulière… Entre intégration sociale, ambition éducative, loisir et partage, ses objectifs diffèrent de ceux d’une fédération classique. Pour comprendre comment s’organise la pratique du sport universitaire en France, Médecins du Sport est allé à la rencontre de Vincent Rognon, directeur national adjoint à la coordination “compétitions internationales”…

A la rencontre de Vincent Rognon, directeur national adjoint, coordination “compétitions internationales”

“Répondre au mieux à la réalité du monde étudiant”

Médecins du Sport : Qui est concerné par le sport universitaire ?

Vincent Rognon : Pour être affilié à la FFSU et participer aux compétitions, il faut être possesseur d’une carte d’étudiant. Quand nous parlons de sport universitaire, cela ne concerne pas que l’université mais également les grandes écoles, les BTS et tous les établissements post-bac. Il y a environ 3 millions d’étudiants en France, nous comptons 85 000 licenciés et nous pouvons considérer qu’il y a dix fois plus de pratiquants en réalité, certains étant uniquement adhérents de l’association sportive. Seuls ceux participant aux compétitions sont obligés d’être licenciés.

 

Médecins du Sport : Comment s’organise la pratique du sport à l’université ?

VR : Au niveau de l’université, il y a plusieurs structures :

  • les Services universitaires des activités physiques et sportives, les SUAPS, qui gèrent les cours d’EPS pour tous les étudiants, ainsi que l’animation sportive ;
  • la Fédération française du sport universitaire, qui fédère l’ensemble des associations sportives présentes dans les établissements d’enseignement supérieur.

 

Médecins du Sport : S’agit-il d’une prolongation du sport scolaire ?

VR : Tout à fait. C’est un peu la même organisation, sauf que l’UNSS est très impliquée dans les établissements et que “l’association sportive” devient quasiment obligatoire pour un prof d’EPS. Notre objectif est d’avoir des passerelles entre les jeunes qui quittent le lycée et les étudiants qui arrivent en fac, via l’UNSS par exemple.

Dans l’enseignement supérieur, le président de l’université n’est pas Président de droit de l’association sportive. Ce qui nous différencie de l’UNSS où le chef d’établissement est le Président de droit de l’AS. De même, le Ministre de l’EN est Président de droit de l’UNSSS, alors que chez nous non, il y a de véritables élections. Les associations sont beaucoup plus autonomes : ainsi, c’est la vie associative de l’université qui est mise à l’honneur au travers de nos compétitions.

 

Médecins du Sport : Quelle est la place des associations sportives ?

VR : Dans l’enseignement supérieur, l’association sportive est très autonome et les étudiants font partie intégrante de son organisation. Les différents comités directeurs, dans les associations mais également à la fédération, sont paritaires et sont constitués, pour moitié, d’étudiants. Ceuxci prennent part de manière importante à la vie associative de leur établissement mais aussi des comités régionaux et de la fédération. Les associations sportives ont, hormis l’organisation des compétitions, des missions plus conviviales comme l’organisation de stages.

 

Médecins du Sport : Quel est votre rôle ?

VR : Je suis directeur national adjoint du sport universitaire, en charge d’une dizaine de sports pour lesquels je gère, de façon paritaire avec les fédérations, l’activité sportive des étudiants : développement de la pratique, organisation des championnats… Nous coordonnons les calendriers et les axes plus particuliers de pratiques avec, dans certaines disciplines, des formules sportives originales, très “universitaires”, comme les pratiques mixtes permettant à tout le monde de participer à nos championnats.

Pour chaque sport, nous travaillons sur deux axes : le développement, qui permet au maximum d’étudiants de pouvoir pratiquer le sport en compétition et de rencontrer d’autres établissements, sans oublier la pratique de compétition de haut niveau. Pour cette dernière, tous les deux ans, ont lieu les Universiades (d’été et d’hiver) qui sont notre grande compétition mondiale et multisport. Au niveau de la fédération, j’ai également en charge la coordination de la partie internationale : inscription, mise en place, gestion des budgets…

 

Médecins du Sport : Vous travaillez en réseau avec les fédérations étrangères ?

VR : Effectivement, nous sommes affiliés à la Fédération internationale du sport universitaire (FISU) pour laquelle je suis le référent France, avec la directrice technique nationale. Nous sommes également affiliés à la Fédération européenne du sport universitaire (EUSA) qui organise des championnats d’Europe, non pas par équipe nationale mais par établissement. En plus des championnats par équipe traditionnels, il existe des formules adaptées (championnats par équipe dans les sports individuels) permettant à la plupart des pays de participer.

Médecins du Sport : Quelles sont les spécificités du sport universitaire ?

VR : Pour commencer, nous sommes une fédération multisport et notre ministère de tutelle est le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Nous sommes également subventionnés par le ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports et de la Vie Associative pour nos événements internationaux mais également sur des thématiques particulières de communication : sport et santé, développement durable, étudiants handicapés, étudiants boursiers…

Ensuite, une autre spécificité est que les directeurs, qu’ils soient régionaux ou nationaux, sont des personnels de l’Education nationale mis à disposition de la fédération.

Enfin, nous sommes une fédération multisport qui couvre largement l’ensemble des sports olympiques, ainsi que des disciplines originales en développement (bowling, karting) qui plaisent aux étudiants et sont faciles d’accès.

 

Médecins du Sport : Comment s’organise le suivi médical des sportifs ?

VR : Nous avons un médecin fédéral qui est en charge d’une grosse équipe médicale se déplaçant régulièrement sur tous les championnats importants, les Universiades et les rencontres internationales. Il faut tout de même veiller à la santé des sportifs de haut niveau et nous sommes très sensibles à l’encadrement médical de nos équipes de France. Sur l’ensemble des compétitions, la FFSU est structurée comme une vraie fédération et fait appel à des médecins, notamment pour le contrôle antidopage.

Le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a également beaucoup communiqué sur les enjeux de santé dans le sport universitaire, sachant qu’il s’agit d’un milieu particulièrement festif, dont on n’a pas l’habitude dans le sport. Lors des fêtes, à l’issue des championnats, nous essayons de contrôler la consommation d’alcool par exemple.

 

Médecins du Sport : Quelles sont vos relations avec les fédérations unisport ?

VR : Il s’agit d’un fonctionnement bien particulier et nous sommes structurés de façon paritaire pour chaque sport. La commission nationale est mixte. Généralement, il y a trois membres de la FFSU et trois membres de la fédération du sport concerné. Avec certaines fédérations, nous avons également une commission mixte nationale de développement qui permet de réfléchir à l’évolution d’un sport dans le milieu universitaire. Nous pouvons ainsi adapter nos organisations pour répondre au mieux à la réalité du monde étudiant. Sur les grands événements internationaux, nous sommes présents de manière paritaire : chaque fédération fournit un entraîneur national et la FFSU fournit un spécialiste impliqué dans le sport universitaire.

“Nous proposons des disciplines originales faciles d’accès pour les étudiants”.

Médecins du Sport : Comment sont gérés les sportifs de haut niveau ?

VR : La loi oblige les universités à gérer spécifiquement les sportifs de haut niveau en mettant en place des aménagements d’études. Chaque université est autonome pour aménager les études et gérer la question du sportif de très haut niveau, selon les pôles France qui existent dans l’académie. Il peut y avoir des adaptations en terme de temps avec, par exemple, la licence en 5 ans. En ce qui concerne les contraintes liées au sport de haut niveau telles que les stages ou les compétitions, nous avons l’exemple des skieurs qui sont sur Annecy et ont fait leurs études par blocs de deux mois pour les Universiades d’hiver en Chine.

Les sportifs de haut niveau ont une double licence : la licence de la fédération du sport concerné avec les compétitions fédérales et la licence de la FFSU avec les championnats universitaires.

 

Médecins du Sport : Quelle est le rôle de la FFSU dans la gestion de ces sportifs de haut niveau ?

VR : Ce sont surtout les universités et fédérations unisport qui s’en occupent, et nous avons peu de temps pour entraîner nos équipes de France universitaires. Par exemple, en rugby, nous organisons avec les fédérations britanniques du sport universitaire, un tournoi parallèle au Tournoi des six nations. Dans ce cas, nous n’effectuons un stage avec les rugbymen que quelques jours avant le match, car ces étudiants bénéficient des entraînements dans des centres de formation de clubs professionnels. En ce qui concerne le sport individuel, les athlètes font déjà partie des équipes de France fédérales et sont généralement intégrés aux pôles de haut niveau “France” ou “INSEP”.

Le rugby est un sport en pleine expansion à l’université.

Médecins du Sport : Les championnats sont-ils accessibles à l’ensemble des universitaires ?

VR : Oui. Tous nos championnats d’académie comprennent une partie compétition et une partie animation. Par exemple, en tennis de table, de nombreux étudiants participent aux animations académiques, mais seulement 30 % d’entre eux seront qualifiés pour les finales nationales. Les autres 70 % sont des jeunes qui viennent faire de la compétition pour le plaisir, pour être avec les autres étudiants ou parce qu’il y a une soirée ensuite…

 

Médecins du Sport : Comment se répartissent les licenciés ?

VR : La moitié de nos licenciés sont des étudiants de grandes écoles, alors qu’ils représentent moins du quart du nombre d’étudiants en France. Culturellement, dans les grandes écoles, il existe un véritable esprit de corporation, leur équipe de football ou de rugby est une manière de promouvoir leur école. Il est beaucoup plus facile de libérer les étudiants car les écoles sont réunies au sein des groupes APS (activités physiques et sportives) qui gèrent la pratique sportive et l’organisation des compétitions, en collaboration avec notre fédération. Certaines grandes écoles ont des départements de très haut niveau avec des aménagements d’études. Nous avons un championnat de France universitaire spécifique aux grandes écoles.

 

Médecins du Sport : Y a-t-il des sports qui sont plus universitaires ?

VR : Le rugby est un sport en pleine expansion chez nous. Il y a une grosse imprégnation universitaire dans le rugby et nous souhaitons développer cela, non seulement en terme de haut niveau, avec une équipe de France dans la continuité de la filière fédérale mais également en terme de développement. Après la Coupe du Monde de rugby, en 2007, il y a eu une explosion de notre nombre de licenciés qui est passé de 10 000 à 14 000.

Joël Corbeau, directeur national adjoint, “coordination sports collectifs et individuels”

 

(ancien directeur du haut niveau à l’INSA de Toulouse) INSA : la culture du sport universitaire

 

A l’INSA la politique du sport universitaire de haut niveau a commencé avec Bruno Marie-Rose, à Lyon. Ensuite, les autres INSA ont développé des départements de sport de haut niveau, avec un recrutement spécifique des athlètes où l’étudiant est évalué à la fois sur son dossier scolaire et sur ses performances sportives. Il existe divers aménagements pour ces étudiants, notamment en ce qui concerne le temps de travail : par exemple, à Lyon, les deux premières années se font sur trois ans. L’échéance sportive devient quasiment prioritaire sur celle des études, le planning des examens et des cours étant réalisé en fonction des dates de compétitions.

 

Au départ, c’est une volonté du conseil d’administration et du directeur, mais les enseignants se sont rapidement rendus compte qu’il s’agissait d’une population intéressante pour travailler, ayant l’habitude de gérer des emplois du temps difficiles. Par exemple, nous avions Sophie Balmary qui allait ramer sur la Garonne avant 8 h le matin, suivait ses cours durant la matinée, faisait de la musculation au CREPS entre midi et deux, suivait les cours l’après-midi et repartait ramer sur la Garonne après 18 h.

 

A l’INSA de Toulouse, nous avons vu passer un certain nombre d’athlètes de haut niveau : Thomas Castaignède, David Skrela, Jean Bouilhou (actuel capitaine du Stade toulousain), Pierre Bondouy, Marc Biboulet, ou encore Romain Mesnil, qui ont tous eu leur diplôme d’ingénieur. Malgré les adaptations, le niveau de l’enseignement proposé et des examens est le même que pour les nonsportifs, ils bénéficient simplement de davantage de temps pour finir leurs études.

 

Il faut savoir également qu’à l’INSA, comme au lycée, il y a deux heures de cours d’éducation physique obligatoires, ce qui incite les étudiants à s’investir dans des associations sportives, tout comme la présence de sportifs de haut niveau dans l’école qui est motivante pour eux.