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Surentraînement : comment le détecter et quels sont les risques ?

Si le surentraînement est une notion désormais admise, il n’en reste pas moins complexe à diagnostiquer. Et bien souvent, lorsqu’on parle de surentraînement, il est déjà trop tard. Le Dr Jean-Michel Serra, médecin de l’Équipe de France d’Athlétisme et médecin à l’hôpital Salvator-CHU Sainte Marguerite de Marseille, nous aide à y voir plus clair…

Quelle est votre définition du surentraînement ?
C’est le fait d’aller au-delà de ses capacités physiques d’assimilation de l’entraînement, au point de n’être plus performant. Mais en pratique, c’est très complexe car cela se met en place de manière insidieuse pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. L’état général de l’athlète peut être fluctuant, tout comme les résultats, sans qu’il n’y ait rien d’alertant. Cela dépend de chaque athlète, de sa façon de réagir au plan d’entraînement, mais aussi de sa vie personnelle, d’éventuelles blessures, de sa rapidité de récupération…

Comment détecter un athlète en surentraînement ?
Les blessures doivent alerter en premier lieu, notamment celles qui surviennent sans explication particulière.
Mais bien que le surentraînement soit une notion aujourd’hui bien connue, il reste difficile à appréhender par les entraîneurs, les athlètes et les médecins eux-mêmes. Il faut donc être le plus vigilant possible. Malheureusement, la dynamique de performance fait qu’il est souvent difficile de remettre en question les plans d’entraînement établis. Les sportifs eux-mêmes peuvent aussi être dans le déni. Souvent, quand on s’aperçoit qu’il y a surentraînement, les choses sont déjà bien installées. Ce qui est difficile, c’est donc de diagnostiquer la période qui va mener au surentraînement.

Les sportifs de loisir peuvent-ils être concernés par le surentraînement ?
Oui, le surentraînement peut survenir chez les sportifs de loisir, très passionnés, qui ont une pratique intensive, avec des objectifs importants, comme ceux qui préparent un marathon. En général, ils suivent des plans d’entraînement, sans pour autant avoir le regard d’un professionnel du sport sur leur évolution.

Quels sont les sports à risque ?
Le surentraînement survient préférentiellement dans les sports avec des enjeux chronométriques ou métriques comme l’athlétisme. Pour les sports de jeu (volleyball, basket-ball…), le surentraînement est plus rare, en tout cas pour les pratiquants de loisir.

Quels sont les risques du surentraînement, en plus des conséquences sur la performance ?
Je dirai que le plus gros souci rencontré par les athlètes en surentraînement est la dépression. Il ne faut pas oublier que le sport est avant tout une passion pour ces sportifs, et ne plus pouvoir la réaliser engendre un état dépressif relativement long et difficile à récupérer. Le surentraînement peut également être à l’origine de l’abandon des rêves et des objectifs, donc de l’arrêt de la compétition et le passage à un niveau inférieur.
Le surentraînement est aussi pourvoyeur de blessures.

Conseils de prévention

• Être à l’écoute de son corps

• Bien récupérer

• Dormir suffisamment

• Avoir une alimentation équilibrée

• Mettre en place un plan d’entraînement adapté à l’état général

Il existe des questionnaires pour évaluer le surentraînement. Sont-ils efficaces ?
Les athlètes inscrits sur la liste des sportifs de haut niveau sont en effet amenés à chacune de leur visite médicale (deux par an) à répondre à un questionnaire (exemple : questionnaire de la Fédération d’athlétisme). Toutefois, ces questionnaires présentent deux limites :
• À partir du moment où on va avoir des critères aussi ciblés qui orientent vers un surentraînement, on est déjà dans un état qui est, à mon sens, largement dépassé.
• L’athlète doit répondre en toute honnêteté, ce qui n’est pas forcément toujours le cas.

En tant que médecin de la fédération d’athlétisme, diriez-vous que le phénomène de surentraînement est fréquent ?
Honnêtement, il n’y a quasiment pas de « vrai » cas de surentraînement. Néanmoins, je pense qu’on a beaucoup de cas « limite ». Mais souvent, ces sportifs vont être un peu freinés soit par la blessure, soit par la fatigue, ce qui fait qu’ils ne vont pas aller jusqu’au surentraînement. Mais ils restent quand même très limites, et c’est problématique à gérer au quotidien. C’est le lot de bon nombre d’athlètes de haut niveau. La question est de savoir si, pour être performant, il est nécessaire d’être dans ces limites-là ? C’est l’avis parfois du monde technique, ce n’est pas forcément celui du monde médical.

Entraîneur/entraîné : l’importance d’un bon relationnel
« Plutôt que de vouloir se concentrer, comme c’est souvent le cas, sur des bilans sanguins et autres pour détecter un surentraînement, il faut surtout qu’il y ait un bon relationnel entre entraîneur et entraîné. L’entraîneur doit prendre en compte l’aspect psychologique du sportif, et ne doit pas craindre de changer complètement un plan d’entraînement si l’athlète n’est pas dans les meilleures dispositions.
En cas de surentraînement, il faut ouvrir la discussion entre l’athlète et son entraîneur pour comprendre : « Pourquoi en est-on arrivé là ? ». Une relation de confiance doit s’établir. Le sportif ne doit pas cacher ses problèmes personnels qui ont un impact sur l’entraînement et la concentration. Les charges d’entraînement doivent être adaptées et non mises en place de manière robotisée. »

Entretien du 11 mai 2015.