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Traumatologie du kitesurf : un sport extrême en plein essor

Dr Ivan Prothoy (Responsable pédagogique des séminaires « Médecine et Vent » ; Polyclinique des Alpes du Sud, Gap) - Dr François Duchenne de La Motte (Médecin fédéral national Fédération française de vol libre (FFVL) et Fédération française de voile (FFV))

Le kitesurf est un sport extrême en plein essor. L’épidémiologie des traumatismes est toutefois mal connue. Quelques enquêtes prospectives ou rétrospectives permettent de déterminer une incidence moyenne des lésions de 6 à 7 pour 1 000 heures de pratique. Pour autant, des incidences allant de 2,7 à 105 lésions pour 1 000 heures sont retrouvées dans la littérature, en fonction de la définition même de la lésion et du mode de recueil.

Historique

Utilisation d’un cerf-volant de traction sur l’eau

L’utilisation d’un cerf-volant comme moyen de locomotion semble remonter au XIIIe siècle en Chine, mais aussi en Polynésie.
Dès l’après-guerre, on peut retrouver divers documents qui évoquent l’utilisation d’un cerf-volant de traction sur l’eau. On retrouve notamment dans les archives de la Nasa et de la marine américaine des études sur des ailes de cerf-volant permettant aux naufragés ou aux astronautes de se déplacer dans des embarcations de secours gonflables. Dans les années 1975, au moment du premier choc pétrolier, plusieurs compagnies, notamment pétrolières, relancent des études afin de diminuer la consommation de leurs bateaux. Ainsi, John Bridge dépose un brevet pour un spinnaker aérien le 7 mai 1979, Dieter Strasilla pour une voile de traction commandée le 16 août 1975 ou British Petroleum pour une voile sustentée marine le 21 mai 1981. En parallèle, la firme Zodiac, spécialisée alors dans le matériel de sécurité et de secours d’aviation, reprend les études de la Nasa. C’est ainsi que plusieurs projets d’ailes de traction autostables voient le jour.

Premières utilisations sportives

À la suite de ce travail d’expérimentation pour améliorer les ailes, les frères quimperois Dominique et Bruno Legaignoux, ingénieurs, ont l’idée d’une utilisation « sportive » et ils déposent le brevet de l’aile courbe (C shape) à structure gonflable le 16 novembre 1984.
À cette époque, il y a toute forme d’ailes de traction, certaines sont des dérivés des cerfs-volants dont nous avons l’habitude, triangulaires, et d’autres n’ont pas ou peu de structure rigide.
Au plan sportif, le développement se fait essentiellement par les surfeurs et la pratique terrestre du buggy et en France par les pratiquants de planche à voile.

Développement et évolutions

En 1992, Laurent Ness (champion de France 1997 de char à cerf-volant) se fait tracter par un cerf-volant delta sur une planche de funboard à La Grande-Motte. Bill et Cory Roeseler inventent le kiteski, ski nautique tracté par cerf-volant, qu’ils commercialisent en 1994.
Les Legaignoux créent la société Wipika en 1993 pour commercialiser un petit bateau gonflable accompagné d’une aile de traction. Ils l’arrêtent en 1995, mais Manu Bertin teste leurs voiles à Maui avec Laird Hamilton. En février 1997, il fait la une de Wind Magazine, magazine de planche à voile, sur les vagues de Hawaï. Raphaël Salles, véliplanchiste, crée la société française F-ONE en 1994 au départ pour commercialiser la planche à voile puis pour développer des planches directionnelles inspirées du funboard, avec la mise au point par Laurent Ness qui développe du matériel de char à voile. Dans le même temps que Damien Richard, Franz Olry développe des planches twin-tip. En effet, quelques surfeurs et véliplanchistes croyaient dès cette époque à l’avenir de l’aile de traction (kitesurf) et commençaient à mettre au point des produits adaptés, comme Robbie Naish et Pete Cabrhina.

Le kitesurf en France

Les Legaignoux lancent Wipika en juin 1997 pour commercialiser des barres de traction et ailes produites par NeilPryde en France, fabrication transférée en 1998 chez Lam Sails, fabricant de parapente en Chine. Une licence est accordée à Naish en 1999, NeilPryde en 2000 puis Slingshot, Ricci et Bic avec Takoon en 2003.
Dès 1995, la Fédération française de vol libre (FFVL), qui a été créée pour développer le deltaplane puis le parapente, accepte d’envisager de prendre la délégation du ministère des Sports pour développer le cerf-volant puis un groupe de pratiquants passionnés demandera à la Fédération de voile (FFV) (qui refusera) et à la FFVL d’accepter cette nouvelle discipline, le kitesurf, encore peu répandtu en 1998. La FFVL accepte et elle crée la formation de moniteurs dès 1997 dans les trois disciplines (terre, neige, eau), utilisant l’École nationale de voile (ENV). En 2002, la FFV envisage de prendre la délégation pour le kitesurf, mais le ministère de la Jeunesse et des Sports renouvelle la délégation de la gestion à la FFVL, le 3 janvier 2003.

Le kitesurf à l’international

En novembre 2001, l’International kiteboarding organisation (IKO) est créée par des moniteurs de la première heure en reprenant les principes issus du Wipika school network établi en 1999, c’est-à-dire des petites sessions multiples qui permettent d’évoluer pas à pas aussi bien comme élève que formateur.

Sport à risque et sécurisation

Lors du développement de 2000 à 2003, quelques accidents graves (tétraplégies) et mortels incitent la FFVL à demander la qualification de sport à risque en environnement spécifique. Il est identifié dès cette époque un problème d’impossibilité à larguer les ailes lors des situations de tractions excessives et des instabilités des ailes dans certaines configurations. La FFVL initie une norme française pour les sécurités publiée par l’Afnor en 2005 : un largueur de barre qui neutralise (ou du moins réduit) la traction de l’aile puis un second largueur de voile en cas extrême. Les ailes continuent à s’améliorer de 2003 à 2009 : en 2005, l’aile de type bow (brevet « Legaignoux ») permet une traction plus équilibrée en corrigeant les configurations les plus dangereuses.
La FFVL développe également l’aile de traction (KITE) sur la terre (montainboard et char à voile « léger ») et sur la neige (snowkite).

Compétition

À chaque étape, la FFVL développe des formats de compétition sur chacun des supports, spécifiquement sur l’eau, du freestyle (saut), de la longue distance (régate) et de la vague (surf), vitesse (speed).
Elle aide les fabricants au développement et, en parallèle, plusieurs tours internationaux verront le jour (KPWT de Frédéric Gravoille…).
En 2009, Alex Caizergues, demande un rapprochement avec la Fédération internationale de voile (ISAF) pour permettre l’homologation de ses records de vitesse.
C’est ainsi qu’est créée l’IKA (International kiteboarding association) et pour la France l’AFCK (Association francaise de classe kite).

Améliorations et ouvertures

Dès cette année, à Maui, apparaît le premier foil (Carafino) sous une planche de kite pour surfer dans les vagues avec peu de vent. La FFVL développe également, avec la société Hobbie Cat, le premier kiteboat dans le cadre d’un projet destiné à permettre l’accès au kite pour les handicapés moteurs.
En 2008, Bruno Sroka est le premier et le seul homme à avoir traversé le Cap Horn sur une distance de 100 miles nautiques (186 km).
En 2008 toujours est constituée la première équipe de France de kitesurf. Dans les années 2010, apparaît une déclinaison améliorée des foils qui marque le lancement de cette nouvelle discipline avec la création de formats de courses spécifiques compte tenu de la rapidité de ces supports. C’est avec les perspectives d’Olympisme que la délégation ministérielle bascule en janvier 2017 à la FFV, le ministère des Sports ne souhaitant pas la création de nouvelles fédérations olympiques.

Principe, matériel et améliorations

Le “moteur” est constitué par le kite maintenu par le vent. Selon la position de l’aile, le kitesurfer peut se déplacer latéralement, ou s’élever dans les airs. Il y est aidé par un harnais, comme en planche à voile, qui l’attache solidement aux lignes (de 3 à 5) le reliant au kite.

Les améliorations

En 1998 apparaissent les premiers systèmes de largage permettant au kitesurfer de se désolidariser d’une aile située à 20-25 m de lui, système bien utile quand les choses tournent mal. Une autre amélioration apparaît en 2004-2005 : le depower. Cette ligne centrale permet de réguler l’assiette du kite dans les airs, donc la puissance du moteur. On comprend dès lors que toute étude publiée avant 2006 est à considérer avec prudence (il faut laisser le temps aux kitesurfers de s’équiper d’un nouveau matériel plus sûr, mais coûteux). Ces deux améliorations majeures ont largement modifié la prise de risque liée à la pratique du kitesurf.

La planche

La planche ressemble à une planche de wakeboard, mesurant entre 130 et 140 cm en résine ou en carbone, avec deux emplacements sanglés pour les pieds.

Pratique

Si le nombre de pratiquants licenciés est faible, ce sport connaît un succès énorme avec une progression de 30 % par an du nombre de pratiquants.
Plusieurs types de pratique coexistent dans ce sport :
• le freestyle qui consiste à enchaîner divers sauts et figures,
• le racing qui consiste à naviguer le plus rapidement possible au sein d’un parcours comme lors d’une régate en voile,
• le surf dans les vagues, usage dans les vagues déferlantes d’une planche sans strap pour les pieds,
• la vitesse,
• le foil, usage d’une planche avec un aileron très profond permettant de naviguer à haute vitesse en réduisant les frottements de la planche sur l’eau, car seul l’aileron en carbone prend appui dans l’eau.

Risques

Le kitesurf est considéré comme un sport extrême du fait de la possibilité de lésions importantes, voire mortelles, durant sa pratique. Les vitesses atteintes peuvent avoisiner, pour les spécialistes, les 55 noeuds, et les sauts peuvent atteindre 15 m de haut pour 30 m de longueur.
Les études épidémiologiques sont peu nombreuses et souvent difficiles à comparer. Les accidents dépendent directement de la prise de risque du pratiquant, mais aussi de la qualité du matériel utilisé (neuf ou usagé avec rupture d’une partie du matériel durant la pratique), de l’environnement (obstacles sur le lieu de décollage ou sur l’eau), des conditions météorologiques (vent rafaleux, orages…).

Revue de la littérature

Une revue systématique a été effectuée sur Pub Med et Google Scholar à la recherche d’articles publiés dans des revues à comité de lecture. Les mots clés utilisés en combinaison ont été ceux-ci : kitesurfing, accident, epidemiology, injury, safety, prevention. Nous avons ainsi retrouvé 20 articles, une thèse et un chapitre de livre.

Résultats

Biomécanique

Deux types de pratique sont analysés : le racing et le freestyle.

Le racing

En racing (course), le kitesurfer se déplace latéralement par rapport au sens du vent sur une eau plus ou moins clapoteuse. L’effort est quasi isométrique (seuls de petits mouvements d’amortis avec les genoux et les hanches sont observés) avec une torsion de la ceinture scapulaire par rapport à la ceinture pelvienne (on regarde où l’on va). Du fait de secousses liées à l’amortissement actif du clapot et surtout des vibrations transmises par les lignes reliées au kite, et la position lordosante induite par le harnais qui tire soit sur le bassin (harnais culotte), soit sur la colonne lombaire (harnais ceinture), le rachis lombaire, les muscles abdominaux et les muscles des cuisses sont très sollicités.

Le freestyle

En freestyle (discipline d’expression), discipline entrecoupant les traversées de nombreux sauts plus ou moins hauts et incluant des figures réalisées dans les airs ou sur l’eau, les chocs en réception sont parfois très importants, contraignant les membres inférieurs des pieds au rachis. En cas de pratique de saut « déhooké », donc détaché du harnais, les contraintes sont assimilables à celles induites par un palonnier de ski nautique, mais la tension de la barre de kitesurf n’est pas constante, car dépendant directement du mouvement du kite. Les contraintes sont alors maximales en tractions au niveau des membres supérieurs avec des accélérations mesurées à près de 4 g.
Les vibrations induites par la tension des lignes auxquelles est accroché le pratiquant et les vibrations induites par la planche rebondissant sur le clapot sont responsables de contraintes physiques. Le kite est soumis à des variations rapides des flux d’airs, et l’élasticité des lignes amplifie encore l’amplitude des vibrations transmises au pratiquant. La fréquence des vibrations principales est de 0,5 Hz. Valsecchi (1) a enregistré les contraintes durant la pratique en utilisant un accéléromètre tridimensionnel. Plus de 200 km de tests sur quatre emplacements différents ont été effectués avec un unique kitesurfer et une unique planche. La vibration dominante est située selon l’axe z (des pieds à la tête à une valeur moyenne de 5,51 m/s). Cette valeur de vibration est indépendante du clapot ou de la force du vent, mais dépend directement de la vitesse sur l’eau du kitesurfer.

Épidémiologie des traumatismes

Les études

Les études sont disparates et peu nombreuses. Nous n’avons retrouvé que 20 études sur les accidents de kitesurf :
• 3 prospectives,
• 10 rétrospectives,
• 3 case reports,
• 1 étude internet en ligne,
• 3 revues de littérature (Tab. 1).

Les déclarations d’accident

Les déclarations adressées à la Fédération française de vol libre sont limitées, du fait du nombre limité de licenciés, estimé à moins de 20 % des pratiquants réels. Par ailleurs, nombre d’assurances excluent de leurs garanties les sports aériens, poussant les accidentés à déclarer des accidents de kitesurf dans d’autres rubriques (autres sports, accidents domestiques…).

Incidence des lésions

L’incidence des lésions est définie par le nombre de lésions survenues au décours de la pratique rapporté au nombre d’heures de navigation, fixé à 1 000 heures. En général, sur une pratique de loisir, il est rapporté 5,9 à 7 lésions pour 1 000 heures de pratique (2-4). En pratique de compétition, le risque est beaucoup plus élevé et atteint 16,6 lésions pour 1 000 heures durant les compétitions (5).
Toutefois, dans l’étude rétrospective de Wegner et Wegener, une incidence bien plus élevée de lésion est rapportée. Ceux-ci rapportent 31 lésions/1 000 h chez le grand débutant, et 19,6 lésions/1 000 h chez le débrouillé, contre seulement 6,1 lésions/1 000 h chez le pratiquant expert (5). Les lésions chez l’expert semblent plus graves que celles des débutants dans cette étude.
L’étude de Lundgren retrouve elle aussi un sur-risque chez le débutant plutôt que chez l’expert, mais avec une incidence nettement moindre (2,7 lésions/1 000 h) (4).
Certaines études publient des chiffres impressionnants, comme cette étude menée par questionnaire sur le web retrouvant 105 lésions/1 000 h, mais qui prend en compte tous types de lésions y compris les excoriations cutanées (6). Une étude rétrospective récente menée par Baumbach sur 202 kitesurfers retrouve une incidence de lésion de 18,5/1 000 h de pratique, avec un net sur-risque féminin (41,7/ 1 000 h). Là aussi, coupures et simples hématomes sont répertoriés. Si l’on élimine cette traumatologie très bénigne, les auteurs rapportent 10,6 lésions/ 1 000 h, mais avec là encore un sur-risque féminin (21,2/1 000 h versus 9,6/1 000 h) (7). Seuls 9,5 % des kitesurfers interviewés ont consulté un médecin suite au traumatisme, mais, dans 80 % des cas, la prise en charge a été chirurgicale (fracture de cheville, entorse du ligament collatéral latéral au genou, fracture ouverte du tibia, lésion du complexe triangulaire au poignet, fracture de clavicule,…). L’étude de Turpin réalisée durant une étape de la Coupe du monde chez les compétiteurs élite retrouve un risque plus marqué en course racing (68 %) plutôt qu’en freestyle (32 %). Il retrouve aussi des lésions plus fréquentes à l’entraînement (76 %) qu’en compétition (24 %) (8).

Classification des lésions

La classification des lésions permet de distinguer diverses catégories :
• catastrophique (invalidité permanente ou décès), • sévère (plus de 6 semaines d’arrêt sportif),
• moyenne (plus de 1 jour d’arrêt sportif),
• bénigne (incapacité de s’entraîner normalement).
Dans l’étude de Petersen, observant 31 accidents dans un échantillon de 72 pratiquants durant une saison de kitesurf, cinq sportifs présentaient des lésions moyennes (une fracture/ 1 000 h de pratique), alors que la majorité ne nécessitait pas de consultation médicale (5/1 000 h) (3).
L’étude de Nickel rapporte 124 lésions chez 235 sportifs sur une période de 6 mois. Un accident fatal est retrouvé (polytraumatisme : 0,8 % soit 0,05/1 000 h) et 11 lésions sévères (3 % soit 0,2/1 000 h). La majorité des lésions étaient classées en :
• bénignes (77 % ; 5,4/1 000 h),
• ou moyennes (19 % ; 1,4 /1 000 h) (2).
Dans la thèse de Grimault, sur un recueil de 6 mois aux urgences d’un hôpital de Bretagne, il est retrouvé 40 admissions, dont 33 dossiers exploitables. Parmi ceux-ci :
• 13 % ont dû être transporté par un SMUR,
• 23 % par une ambulance ; 45 % ont dû être hospitalisés et 13 % ont été opérés le jour même (9).
L’étude de Wegner, sur 653 accidents d’une cohorte de 335 kitesurfers de niveau très varié suivis durant 12 mois, rapporte 78 sportifs indemnes de toutes lésions (23,3 %), et des lésions multiples chez les autres :
• 533 lésions sont considérées bénignes (82 % ; 10/1 000 h),
• 99 lésions moyennes (15 % ; 1,9/ 1 000 h),
• 20 lésions sévères (3 % ; 0,4/1 000 h),
• une catastrophique (5).
L’étude de Turpin a retrouvé 39 lésions sur un échantillon de 38 kitesurfers de haut niveau suivis durant 12 mois et utilise une classification différente, fondée sur les jours d’absence du terrain d’entraînement (1 à 3 jours, 4 à 7 jours, ou 8 à 21 jours). Les lésions à l’entraînement apparaissent moins sévères que celles survenant en compétition :
• 1-3 jours d’absence : 31 versus 0 %,
• 4-7 jours : 34,5 versus 33 %,
• 8-21 jours d’absence : 34,5 versus 66,7 % (8).
Dans l’étude de Exadktylos, sur un suivi de 7 mois et 30 missions de secours en mer, deux kitesurfers sont retrouvés en hypothermie et un en état d’épuisement (10).
Dans l’étude de Kwiatkowski, 74 lésions sont retrouvées dans un échantillon de 143 sportifs sur une période de 4 mois, dont 20,6 % sont classées sévères (11)
Dans l’étude de Van Bergen (12), sur un suivi de 24 mois comportant un échantillon de 32 sportifs, 28 lésions sont rapportées :
• 19 % bénignes,
• 35 % moyennes,
• 39 % sévères,
• 8 % catastrophiques.

Nombre de lésions

Grunner (13), dans une étude internet rétrospective de 36 sujets interrogés sur 13 ans de pratique, retrouve 48 lésions. 25 % des sportifs se sont blessés plus d’une fois. Deux sujets ont été victimes de lésions catastrophiques avec fracture du crâne et hémorragie intra-crânienne.
Lundgren (4) tout comme Berneira (14) rapportent 251 lésions sur un suivi de 3 mois dans une cohorte de 206 répondeurs à une enquête sur le web, et 73 lésions dans une cohorte de 50 participants sur une période de 2 mois. Ils retrouvent de multiples lésions chez certains, tout comme Nickel (2) qui décrit 10,6 % de sportifs avec des lésions multiples :
• 8,5 % ont deux lésions,
• 1,3 % ont trois lésions,
• 0,1 % ont quatre lésions.
Dans l’étude de Pikora (6) :
• 52 % des participants ont été victimes d’un seul accident,
• 27 % de deux accidents,
• 14 % de trois accidents,
• 6 % de quatre accidents sur une période de 12 mois.
Parmi les études de cas, on retrouve une dissection bilatérale des carotides, une fracture du bassin, une fracture du crâne (15).
Les lésions rencontrées semblent plus souvent aiguës (76 %) que chroniques (24 %) dans un échantillon de 38 compétiteurs (8). Des résultats proches sont retrouvés dans une étude rétrospective sur 32 pratiquants de tous niveaux (69 et 31 % respectivement) (12).

Localisation des traumatismes

Les sites lésionnels

Les diverses études retrouvent une prédominance des lésions des membres inférieurs (45-70 %) (2, 4, 11, 12, 14, 16). La cheville, le pied et le genou sont les plus souvent atteints, dans des proportions variables d’une étude à l’autre.
Les membres supérieurs représentent le deuxième site lésionnel (16-22 %) suivis par le tronc (4-15 %) et la tête (2-34 %) (2, 4, 6, 8, 12, 14, 16). Les porteurs de casque sont toutefois indemnes de lésion de la tête dans une étude (2).

Les types de lésions

Les entorses (18-40 %), contusions (13-34 %), dermabrasions (18-28 %), lésions musculo-tendineuses (17- 18 %) et plaies (17-18 %) sont le plus souvent rencontrées. Les fractures sont retrouvées dans 5 à 48 % des cas (2, 4, 11, 13, 14, 16).
Des lésions plus rares sont rapportées avec des traumatismes dentaires, du nez ou des yeux, en général chez les pratiquants utilisant un leash de planche (13).
Parmi les lésions chroniques, les lombalgies ou les tendinopathies du genou sont fréquentes (16). Les fractures de fatigue costales sont rapportées par Kristen, et touchent les 7e, 8e et 9e côtes (17). Dans l’étude de Baumbach, la pratique du kitesurf semble toutefois améliorer les lombalgies (7). Des tendinopathies du coude sont aussi signalées (7).

Circonstances des accidents

Le non largage de l’aile

Le non largage de l’aile est très souvent rapporté. Ce paramètre est retrouvé chez 69 % des blessés (12). Si l’on associe au paramètre précédent l’impossibilité de redécoller la voile tombée dans l’eau, en particulier par vent faible, et les traumatismes par retour de planche (liés en général à la présence d’un leash), nous retrouvons là 83 % des causes de secours en mer rapportées en Afrique du Sud (10).

La proximité avec la plage

Dans plusieurs études, nombre d’accidents sont repertoriés proche de la plage (24 %) ou sur la plage (20-42 %) (2, 12).

Les sauts et figures

Dans d’autres études, les accidents semblent surtout fréquents en réception de saut, de figure ou de transition (4, 6, 14). 74 % des lésions seraient liées à des facteurs environnementaux (vent rafaleux, vagues) ou matériel (casse de matériel) (4).

Les facteurs associés

Concernant les facteurs associés de façon indépendante au risque traumatique, Baumbach retrouve un surrisque des pratiquants mesurant plus de 170 cm, ou pesant moins de 60 kg. Les pratiquants en mer sont plus exposés que les pratiquants en lac. De même, les plus expérimentés (plus de 200 h de pratique) ou qui pratiquent durant plus de 2 h sont surexposés. L’usage d’un leash de planche expose aussi à un risque traumatique, alors que les kite avec une cinquième ligne semblent être protecteurs (7). Les ailes à caisson étaient plus souvent impliquées dans des accidents que les ailes gonflables. Le vent rafaleux, en particulier au décollage de l’aile ou en réception de saut et les chutes en eau peu profonde étaient la cause des accidents les plus fréquents et les plus graves.

Discussion

Incidence et gradation des lésions

Il est difficile de comparer l’incidence des accidents d’une étude à l’autre, car celles-ci sont le plus souvent rétrospectives ou conduites par questionnaires administrés sur le web. De plus, la gradation des lésions n’est pas la même d’une étude à l’autre. L’incidence des lésions chez le kitesurfer de loisir est de 5,9 à 7/1 000 h de pratique. Il existe un sur-risque chez le débutant, mais aussi chez le compétiteur du fait de la prise de risques (4, 5). Ces lésions sont le plus souvent de gravité bénigne ou moyenne (3, 5, 8). L’étude de Van Bergen, tout comme la thèse d’Olivier Grimault, retrouve des lésions de gravité importante et catastrophique plus fréquentes, mais sont liées au recrutement aux urgences de leurs hôpitaux respectifs (9, 12).
L’incidence des lésions en kitesurf est assez proche de ce qui est retrouvé en ski alpin de loisir ou en snowboard (4,5 et 5,4 lésions/1 000 h respectivement) (18).
Toutes les études retrouvent une prédominance de lésions des membres inférieurs.

Type de pratique

Toutefois, la différence entre les divers types de pratique n’est pas indiquée. Les kitesurfers pratiquant sur un surf non sanglé sur la planche présentent probablement moins de lésions de la cheville, en dehors des experts qui sautent et retombent de façon hasardeuse sur le surf. De même, les pratiquants de freestyle en chaussures de type ski nautique/wakeboard ont une relative protection des chevilles, au détriment des genoux.

Lésions des membres inférieurs

Les entorses de genou peuvent être sévères avec 0,8 % de lésions du LCA et 0,8 % de lésions du LCP dans l’étude de Nickel (2), et 15 % des lésions dans l’étude plus récente de Grunner (13). Ces entorses de gravité croissante sont probablement liées à l’évolution du matériel (système de largage, depower) permettant aux sportifs de prendre plus de risques lors des sauts. Toutefois, la comparaison entre études est malaisée. L’une est prospective, l’autre rétrospective par enquête sur le web.
Les lésions du pied sont fréquentes, souvent par plaie sur le fond rocheux, les oursins, les coraux ou sur la planche elle-même. En eau tropicale ou en milieu pollué, la surinfection est fréquente et le traitement doit être réalisé avec le plus grand sérieux.

Lésions des membres supérieurs

Les lésions des membres supérieurs sont particulièrement fréquentes en freestyle, dans les sauts déhookés (manoeuvre consistant à se décrocher du harnais lors d’un saut afin de faire tourner son corps autour de la barre).
Les accidents sont fréquemment liés au non largage de l’aile (2, 3, 10, 19, 20). Les systèmes varient d’un modèle de barre à l’autre et d’une marque à l’autre, rendant difficile la mémorisation du geste à effectuer en cas d’urgence. De plus, certains artifices, comme une caméra étanche fixée sur les lignes, peuvent rendre inefficace le système de largage.

Études et méthodes

La prévalence des accidents varie énormément d’une étude à l’autre, et est certainement influencée par :
• les méthodes employées (prospectives, rétrospectives, questionnaire sur internet),
• le type de pratiquants (compétiteurs versus sportifs de loisir, débutants versus avancés…),
• l’environnement géographique (plage large sans obstacle ou plage étroite proche des maisons, plage de sable ou départ entre les rochers, température de l’eau impliquant un port de combinaison et de chaussons ou non),
• la météo (vent rafaleux ou régulier, vent tirant le pratiquant au large, ou vers la plage et ses obstacles). De plus, les traumatismes mineurs peuvent être oubliés dans les études rétrospectives ou les enquêtes sur le web. Enfin, la définition de la gravité des lésions n’est pas rapportée dans la plupart des études, rendant hasardeuse toute comparaison.

Sauts et figures

De nos jours, les lésions en course racing sont moins élevées qu’en freestyle. La réception de saut est devenue une des causes majeures d’accident (4, 6). Les lésions du rachis en particulier en foil peuvent être importantes, avec des fractures vertébrales liées à des chutes dans l’eau à partir d’une planche surélevée au-dessus du niveau de l’eau et des vitesses importantes atteintes. Des fractures de côtes et du sternum sont aussi rapportées dans cette discipline, mais non publiées.

Lésions chroniques

Concernant les lésions chroniques de type lombalgie ou tendinopathie, la préparation physique montre une nette efficacité préventive (16). Ces lésions sont particulièrement fréquentes en régate, du fait d’une position adoptée lors de la navigation peu ergonomique, et d’un âge plus important des compétiteurs de course racing que des freestylers, en général.

Conclusion et prévention

Si la prévalence des accidents varie beaucoup d’une étude à l’autre, les conseils de prévention sont assez consensuels.
• Utiliser un casque, en particulier si l’on utilise un leash de planche (qui est toujours déconseillé). Ce casque doit être lisse afin de limiter l’accrochage d’une ligne dans celui-ci (éviter les caméras embarquées fixées sur le casque).
• S’entraîner à larguer l’aile pour maîtriser le geste en toute circonstance. Porter sur soi un coupe-ligne, permettant de se libérer manuellement du kite si le système de largage ne fonctionne pas correctement.
• Passer au large des obstacles afin d’éviter toute collision et turbulence dans les flux d’air.
• Porter un gilet de sauvetage amortissant les chocs dans l’eau ou sur un obstacle, et utile en cas de longue dérive en mer.
• Porter une combinaison néoprène pour les mêmes raisons, mais aussi pour protéger les membres des coupures.
• Utiliser des chaussons lors de la pratique dans des eaux comportant des oursins, des coraux…
• Penser à la protection contre les UV.

Bibliographie

  1. Valsecchi M. Whole body vibration in kitesurfing [master’s thesis]. Milan, Italy: Politecnico di Milano. 2010. Disponible sur : www. politesi.polimi.it/handle/10589/8162.
  2. Nickel C, Zernial O, Musahl V et al. A prospective study of kitesurfing injuries. Am J Sports Med 2004 ; 32 : 921-7.
  3. Petersen W, Hansen U, Zernial O et al. [Mechanisms and prevention of kitesurfing injuries]. Sportverletz Sportschaden 2002 ; 16 : 115-21.
  4. Lundgren L, Brorsson S, Osvalder AL. Comfort aspects important for the performance and safety of kitesurfing. Work Read Mass 2012 ; 41 : 1221-5.
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